21 septembre 2011,

« Culture et écologie », car les écologistes ne sont pas des obscurantistes.

LE SAUVAGE N0 9 JANVIER 1974

LE SAUVAGE N0 9
JANVIER 1974

Voilà maintenant neuf ans que le Sauvage reparaît sur Internet. Près de deux mille articles sont désormais disponibles, dans lesquels vous trouverez une réflexion écologique fondamentale commencée en 1973 . Vous affichez en haut à droite le sujet, la rubrique ou l’auteur que vous voulez consulter et vous cliquez. Fouillez le Sauvage en profondeur… Ce sont aussi bien des reprints de l’ancien Sauvage, que des articles d’actualité qui s’y ajoutent désormais chaque jour. Nous représentons d’une certaine manière la mémoire de l’écologie pour avoir été les premiers à réfléchir sur le sujet dès les années 70. Les soixante treize numéros du Sauvage
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Jean-Marc Jancovici, le thermodynamique pragmatique

18 février 2020,

Jean-Marc Jancovici , dessiné par Manon Riera, extrait.

Jean-Marc Jancovici* est un personnage incontournable pour la compréhension des enjeux actuels et à venir liés aux ressources et au climat. Entouré par de nombreux analystes qui dissèquent et étudient les flux d’énergie et de matière, naturels comme anthropiques, il développe une vision thermodynamique et pragmatique de la société. Ces cours et ses conférences, librement disponibles sur Internet depuis des années, vulgarisent parfaitement de nombreux mécanismes d’interdépendance entre énergie, industrie, économie et climat. Son discours est particulièrement important pour rappeler aux décideurs et au grand public qu’il existe des principes physiques incontournables qui régissent directement nos activités.

Au premier rang, le constat simple et pourtant évacué du champ décisionnel, est que la terre est composée de ressources naturelles, énergétiques et minières en quantités faibles et finies. En à peine deux siècles de consommation irraisonnée, nous arrivons à l’épuisement définitif de certaines ressources et à une décroissance inévitable des activités liées. Cette conscience de la décroissance inévitable est indispensable.

Autre principe essentiel qui est le socle de tous ses discours et conférences: l’activité économique et industrielle est interdépendante des flux énergétiques, ce que minimise la quasi-totalité des économistes et des politiciens. JMJ expose point par point les relations entre les ressources et les flux, et les conséquences sociétales de leur perturbation anthropique ou climatique. Ce décryptage est essentiel pour envisager les choix à mener en urgence devant les crises émergentes.

Comme tous les spécialistes des ressources et du climat, comme tous les écologistes, JMJ déplore les 50 dernières années de mise en garde des scientifiques sans aucun effet sur le champ politique. A la différence d’intervenants scientifiques au discours nécessairement neutre et plus spécialisé, il remet en perspective sociétale tout phénomène physique, chimique, énergétique, industriel, économique ou biologique. Accompagné de ses équipes, notamment du groupe de réflexion, d’information et d’influence sur les enjeux énergie-climat, The Shift Project, il réalise des études comparables aux travaux des chercheurs du MIT ayant produit l’incontournable Rapport Meadows en 1972, qui modélisait le développement anthropique à long terme dans une équation intégrant les activités, la démographie et les ressources. Le Shift Project développe cependant une analyse plus sectorielle, plus localisée, plus ancrée sur le réel, détaillant les interactions, permettant de visualiser des prospectives à court et moyen terme. Il propose également des solutions, des voies alternatives, des régulations à effectuer, des politiques à mener. Ce travail de vulgarisation des enjeux permet aux décideurs de hiérarchiser les problématiques, mais aussi d’évaluer les perspectives en fonction des différents scénarios de développement imaginés pour l’avenir: business as usual, croissance verte, décroissance, changement de paradigme profond, effondrement, etc.

Les calculs énergétiques associés à ces perspectives nous donnent les taux de gaz à effet de serre émis, et nous amènent donc aux différentes modélisations de réchauffement global quantifiées par le GIEC. Malgré cet énorme travail d’analyse et de proposition, destiné aux décideurs, le champ politique et économique ne semble pas encore réagir à la gravité des perspectives énoncées. JMJ lui-même, se plaint du manque de cohérence et de courage du champ politique, quand ce n’est pas d’une incompréhension totale. De ce point de vue, l’impact à court terme des conférences de JMJ auprès du grand public et des étudiants semble plus efficace pour un changement de société venant d’en bas.

Jean-Marc Jancovici et le nucléaire

Les écologistes reprochent à JMJ son amour inconditionnel pour l’énergie nucléaire, basé sur une vision purement thermodynamique de la concentration d’énergie par gramme de matière, par énergie grise & ressources dépensées pour la mettre en place, et probablement basé également sur un formatage culturel issu de Polytechnique, le grand lobby du nucléaire en France, avec les Mines.

Certes, le nucléaire produit immensément moins de CO2 que les énergies carbonées et consomme moins de ressources minières que l’industrie liée à la mise en place des ENR. C’est ce qui place la France en championne du CO2 par rapport aux autres nations industrielles. Mais cette position ralentit tout ce que nous devrions faire si nous étions moins bien placés…!

Les réacteurs nucléaires en Europe et à l’Est

La question cruciale du carbone est elle suffisante pour donner crédit au nucléaire ? JMJ évacue trop rapidement plusieurs aspects liés à la résilience de la filière nucléaire face aux crises émergentes.  Le démantèlement, les déchets à surveiller pour des (dizaines de) milliers d’années. La problématique de la surveillance technique et sécuritaire des plus de 400 réacteurs de l’hémisphère Nord, au moment où des troubles géo-politiques, climatiques, ou sanitaires divers, menacent la stabilité nécessaire à l’ensemble de la chaîne industrielle du nucléaire. Regardons la carte ci-dessus: quelle est la viabilité de la sécurité de ces centrales et de leur déchets, la viabilité de la filière, dans l’effondrement en cours, dans le bouleversement climatique et démocratique en cours, dans l’inévitable décroissance industrielle/énergétique/économique amorcée ?

Enfin, nous attendons également avec impatience une analyse précise de la viabilité estivale du nucléaire hexagonal et mondial, dans le contexte des températures extrêmes annoncées pour les prochaines décennies. Alors que l’on ferme depuis longtemps des centrales en France, en période de sécheresse ou de canicule, ou bien que l’on réduit drastiquement leur puissance, pour des températures sympathiques comme celles de 2003, 2015, ou 2019, qu’en sera-t’il pour les températures extrêmes annoncées d’ici une à deux décennies à peine, où les thermomètre vont grimper autour de 50° et plus, 55° degrés en Alsace par exemple ? je rappelle ici le record de 46° en France en juin 2019. Nous n’en sommes plus très loin.

En effet, les climatologues et les hydrologues nous annoncent des étiages fréquents et longs, y compris dans les grands fleuves de France qui sont bordés de centrales, avec un peu moins de préoccupation à court terme pour le débit du Rhône, potentiellement lissable par le lac Léman si les glaciers alpins veulent bien avoir l’obligeance de ne pas fondre. Il se pourrait donc que le manque de diversification du mix électrique français nous mette en tension énorme dès cette décennie. Ce manque de résilience climatique est à additionner aux inquiétudes de RTE dans son dernier rapport prospectif de 2019, concernant l’approvisionnement électrique pendant la période critique de 2022 à 2023. C’est demain. Ces pénuries, annoncées entre les lignes, auront pour avantage de lancer de vraies réflexions sur la décroissance et sur la politique énergétique à mener dans un cadre résilient.

L’analyse des interactions entre nucléaire et incertitudes des « temps à venir » reste donc à mener, elle est nécessaire, et on espère que le Shift Project va s’y coller: c’est justement la proximité de JMJ avec l’industrie nucléaire qui pourrait nous permettre d’avoir des paramètres précis, associables aux prospectives climatiques, stratégiques, hydrologiques et biologiques (l’eutrophisation estivale des cours d’eau est augmentée par la température due aux déversements). La France en particulier, tellement dépendante du nucléaire, ne peut pas se passer d’une telle analyse. Nous faisons confiance au pragmatisme, au bon sens, et à la curiosité de JMJ, pour dépasser prochainement son attirance aveugle pour la fission et la fusion.

Une vulgarisation efficace et directe.

Dans ces trois dernières années, JMJ a donné de nombreuses conférences longues en grandes écoles, dont les vidéos et les diaporamas sont disponibles sur Internet. Habitué aux multiples réactions des étudiants, JMJ est parfaitement conscient des interrogations et angoisses qui secouent son public, et aborde sans complexe les problématiques sociétales autour des choix à mener. Son langage est parfois cru et brutal, dans un humour cynique qui, paradoxalement, dépathologise la gravité des constats énoncés. C’est une singularité très opportune, qui tranche avec le panel habituel d’activistes climatiques parfois angoissants, déprimants ou culpabilisants. De ce point de vue, l’exposition froide des faits, des paramètres, des interactions, et de leur historique, est bien plus efficace pour la compréhension des enjeux locaux et globaux. On aimerait tant que les décideurs technologiques, économiques et politiques écoutent les conférences de JMJ, et en tirent les conclusions qui s’imposent…

Jean-Noël Montagné

 


 

Après les Mines, Sciences-Po, Télécom, Centrale, AgroParis Tech, et d’autres, voici ci-dessous une de ses conférences récentes pour des étudiants d’HEC, le 5 février 2020, dans laquelle on découvre que les étudiants en économie sont enfin conscients de l’incontournable décroissance, même s’ils n’en maitrisent encore aucune clé:

[ N.B. Cette conférence étant de 50 minutes, plus une heure de questions, on peut l’écouter à vitesse plus élevée, ( Roue Dentée « paramètres » en bas à droite de l’image) en vitesse 1.25 ou même 1.5 pour les cerveaux les plus performants. A noter que JMJ propose toutes ses vidéos sous définition réduite pour limiter l’impact énergétique redoutable du numérique. Voir Rapport du Shift en ce sens.]


La même thématique en bien plus approfondi à Centrale Nantes, avec 2H40 de conférence …! et 20mn de questions:


Les questions pertinentes des étudiants d’AgroParis Tech en septembre 2019:


Quelques liens pour explorer les travaux de JMJ et de ses partenaires:

*JMJ est ingénieur Polytechnicien, enseignant à l’École des Mines, président du groupe de réflexion, d’information et d’influence sur les enjeux énergie-climat, The Shift Project, co-fondateur d’un cabinet de conseil sur les enjeux Carbone, Carbone 4, membre du Haut Conseil pour le Climat et intervenant dans de nombreux collectifs consacrés à l’énergie et à la société.

Claire Bretécher

11 février 2020,

Nous rendons hommage à Claire Bretécher (1940-2020) en republiant une de ses premières planches pour Le Sauvage, dans le numéro 3, de Juin-juillet 1973. Claire a participé à l’aventure du Sauvage dès ses premiers numéros. Elle y invente un personnage, le Bolot Occidental, sorte de chien qui ne pense qu’à se reproduire, dans une époque où l’on modélise déjà que la surpopulation accélère l’impact d’un modèle consumériste destructeur.

 

PIVisme

7 février 2020,

Sur le site de Terrestres, un article de Nelo Magalhães intitulé « Combien pour sauver la Planète ? La fuite en avant des investissements verts »

Comment en vient-t-on à penser que la catastrophe écologique nécessite prioritairement des gigantesques investissements verts ? Cet article déconstruit méthodiquement cette façon de concevoir et de répondre aux enjeux écologiques. Il montre en quoi le paradigme des investissements verts, qui tend à devenir hégémonique, prolonge une vision économiciste du monde.

Comment sauver la Planète ? Aux petits gestes individuels « éco-citoyens » s’ajoutent désormais les grandes résolutions : finance verte, marché carbone, taxes vertes, banque centrale verte, green bonds, GreenNew Deal, etc. Depuis au moins 25 ans, grandes institutions internationales, ONG, milliardaires, think tanks influents, etc., tous cherchent à réorienter les flux de capitaux vers le « secteur vert » pour qu’enfin advienne une économie « verte ». Pour cette communauté hétéroclite, le « changement de trajectoire » passe nécessairement et prioritairement par des « investissements verts ». Loin d’être inédite, la question « du financement » est largement débattue depuis le début des années 1990 et l’avènement du « développement durable » (puis de la « croissance verte ») comme concept clé des grandes messes internationales sur le thème de l’écologie : finance verte lors du One Planet Summit à Paris (2017), Fonds Vert pour le Climat à Copenhague (2009), marché du carbone à Kyoto (1997), écotaxe européenne (abandonnée) à Rio (1992), etc.

Combien ? Les chiffres varient de façon spectaculaire selon les trajectoires visées, les secteurs à verdir, les institutions et les périodes prises en compte. Il fallait trouver 100 Mds $ / an d’ici 2020 à Copenhague (2009), là où la Cour des Comptes Européenne préconise 1115 Mds € / an entre 2021 et 2030. Pour la France, la « stratégie bas-carbone », appuyée par la Programmation pluriannuelle de l’énergie de 2016, estime à 60 Mds € /an les investissements « nécessaires à la transition », en cela proche de l’Institute 4 Climate Economics. Le Green New Deal européen ? 1300 Mds € pour l’économiste Alain Grandjean, alors que la Commission Européenne propose 180 Mds € /an d’ici 2030. Le New Climate Economy monte à 270 Mds $ par an pour la période 2015–2030, là où Bloomberg New Energy Finance se contente de 200 Mds $ / an entre 2016 et 2040. Trop peu : l’agence internationale de l’énergie évalue à 900 Mds $ / an entre 2010 et 2020 ; pour la même période, l’Organisation des Nations Unies propose de « verdir l’économie mondiale » pour une fourchette qui va de 1050 à 2590 Mds $. Les trillions – plutôt que les billions – pour le « bas-carbone », voilà le titre d’un rapport du CIRED (Sirkis, 2015). Qui dit mieux ?

La suite (pour comprendre ce titre de PIVisme) ici.

La jungle des labels

27 janvier 2020,

Nous avons vu un petit mémo bien fait pour aider le citoyen-consommateur à savoir quels produits alimentaires sont bons pour l’environnement. En voici un extrait, sachant que ce guide de 2 pages indique également quelques faux-amis à éviter…. Le Sauvage

5G

25 janvier 2020,

En juin dernier nous vous avons exposé pourquoi la 5G était une erreur redoutable, ce qui était illustré par un appel international. Aujourd’hui nous vous donnons l’occasion de protester contre la facilité avec laquelle notre gouvernement en a autorisé le lancement sur le territoire national. Le Sauvage

Lu sur le site d’Agir pour l’Environnement :

Mélangeant vitesse et précipitation, le gouvernement a publié, le 30 décembre 2019 (!) un arrêté fixant les conditions de mise aux enchères des fréquences de la 5G en France. Et ce, sans débat public ni évaluation environnementale et sanitaire !

Pourtant, la 5G pourrait :

  • Tripler le nombre d’antennes relais ;
  • augmenter d’un facteur 8 le nombre de points où l’exposition des riverains serait très forte ;
  • accroître la consommation électrique du pays de 2% !
  • conduire à un renouvellement de tous les portables actuellement vendus, incompatibles avec la 5G, entrainant un immense gâchis de métaux rares !