Archive pour avril 2010

Michel Bosquet/ André Gorz

16 avril 2010,

Comme nous tous Gérard, Michel Bosquet, (un pseudo prémonitoire ?) André Gorz, arrivait du Rift africain via Lucie. Mais, malgré un détour par les Balkans, lui se souvenait du long voyage de l’Espèce humaine et des souffrances endurées.

Gérard était un petit corps, une grosse tête et un gros cœur.

Je me souviens d’un repas organisé par Claude Perdriel, avec des Polytechniciens de la direction d’EDF, boulevard Saint-Germain dans un restaurant aujourd’hui disparu, au coin de la rue du Dragon,. Gérard écoutait le chœur des anges technocrates nous prêcher l’innocuité du Nucléaire. Il écoutait modestement, puis on entendait sa voix basse qui claquait comme une serrure bien huilée : il ne les croyait pas.

Lui-même avait été ingénieur.

Gérard n’était pas un intellectuel arrêté. Il avançait en silence.Je me souviens d’une conférence de presse dans une chambre de l’hôtel Bersolys rue de Lille, en 1970. Gérard était assis par terre et écoutait un des prophètes de l’écologie américaine David Brower, qui venait de quitter la direction du Sierra Club et de fonder Friends of the Earth à San Francisco. Il débarquait à Paris pour saluer la création des Amis de la Terre. Il égrainait ces constats qui sont devenus des banalités et que Paul et Anne Erhlich venaient d’énoncer : l’épuisement des ressources, la prolifération humaine, l’empoisonnement des milieux de vie, l’emballement des technologies. Il reprenait la formule de Buckminster Fuller du Vaisseau Spatial Terre…

Gérard se taisait. Il appartenait à un cercle de pensée marxiste, parisien où aucun de ces concepts n’était considéré, ni même soupçonné. Mai 68 avait laissé d’autres échos.

Lui il réfléchissait.

Dans les années qui suivirent, dans le Nouvel Observateur et dans le Sauvage, il développa des idées scandaleuses, extrémistes, « écologiques »pour les tenants de l’orthodoxie de la croissance, qu’ils soient de gauche ou de droite.
Il les théorisa ensuite dans des livres fondateurs dont « Ecologie et politique ».

Jamais il ne se laissa intimider par les aparatchiks de l’extrême gauche qui considéraient l’écologie comme réactionnaire, avant de se peindre à leur tour en vert pour entreprendre la reconquête d’un électorat qui leur échappait.

Pas plus qu’il ne se soucia des accusations d’être un ennemi du progrès par les tenants de l’establishment économique et financier.

Je me souviens de Gérard et de sa femme Dorine dans le bureau des éditions Galilée rue Linné, où elle travaillait, me lisant les dernières et ébouriffantes envolées d’Illich sur l’école, la santé, l’urbanisme…

La dernière injure faite à Gérard fut la construction d’une centrale nucléaire dans la région de Vosnon, où il avait décidé de se retirer avec Dorine.

Là s’est terminée avec grandeur, leur migration depuis le Rift.

Alain HERVE

Complément communiqué par Daniel PAUL :

L’ «  errance identitaire » de Gorz est vraiment étonnante. Il en a été « victime » dès son enfance : né Gerhard Hirsch, il devient Gérard Horst en 1930 quand son père  se convertit au catholicisme. Au Nouvel Obs, on lui conseille de changer ce nom à consonance germanique et il prend le nom de Michel Bosquet. C’est je crois à la publication d’Ecologie et politique qu’il bascule volontairement sur le pseudonyme d’André Gorz en posant son regard sur les jumelles de son père…qui portaient ce nom de fabrique. Notons en passant qu’il avait « quitté » sa langue maternelle pour le français, une façon, disait-il de « divorcer » d’avec cette mère dominatrice et antisémite. (voir l’interview de Noudelmann sur France-Culture). Daniel PAUL

Cohn-Bendit : mais pourquoi tant de haine ?

15 avril 2010,

Mais pourquoi tant de haine ? C’est la question que l’on pose en lisant Cohn-Bendit, l’Imposture (éditions Max Milo). Ce pamphlet enlevé est l’oeuvre de Paul Ariès, théoricien reconnu de la décroissance et directeur du journal Le Sarkophage, et Florence Leray, philosophe et journaliste spécialisée en environnement. Les auteurs partent en guerre contre Daniel Cohn-Bendit, coupable à leurs yeux de complaisance envers le capitalisme, l’Europe (dans sa conception habituelle) et le « développement durable ». Et, pire sans doute encore, de fréquenter la Coupole, que nos deux pamphlétaires prennent à tort pour un établissement de luxe. !

Par ailleurs, ce livre passe sous silence l’ancienneté de l’engagement écologiste de Daniel Cohn-Bendit, qui avait été interviewé par Charlotte Vinsonneau dans le Sauvage en 1978 (si ma mémoire est bonne), sous le titre (souvent repris par la suite) Dany le Vert. Mais l’erreur des auteurs est surtout de considérer « DCB » comme un penseur, alors qu’il est avant tout un empêcheur de tourner (et de penser) en rond, et un passeur d’idées. D’où ses contradictions et ses vérités successives, que Paul Ariès et Florence Leray, persuadés d’incarner la « ligne juste », prennent un malin plaisir à décortiquer. Au-delà du « cas » Cohn-Bendit, ce livre est symptomatique d’une certaine dérive de la pensée écologiste qui dénonce tout écart par rapport à la doctrine comme une trahison et un ralliement à l’« ennemi ». Bref, une conception intolérante de l’écologie, dont je me sens personnellement très éloigné.

Suppression de la taxe carbone

12 avril 2010,

Jean-Marc Jancovici a publié sur le site du journal Les Echos un article à ne pas manquer

L’article est concis, clair, pédagogique comme pratiquement tout ce que publie l’auteur. Inutile de le résumer, il faut tout lire, c’est vite lu, ça frappe. Comme souvent lorsque je lis un article de ce consultant froid et brillant, je voudrais l’avoir écrit. Vous ne perdrez jamais votre temps en consultant son site.

JMJ n’a qu’un défaut il est pro-nucléaire. Ce peut être aussi un avantage car cela lui donne une audience auprès d’élites techniciennes qui ne voient les écologistes que comme des doux rêveurs ou des rouges à peine camouflés sous leur écorce verte. Il suffit de voir à ce sujet les commentaires de l’article cité ci-dessus.

Ghislain Nicaise

Cine-club Claude-Jean Philippe

11 avril 2010,

Si vous êtes Parisien ou passez par Paris ne manquez pas le dimanche matin au cinéma l’Arlequin à 11h les séances du ciné-club de Claude-Jean Philippe. Vous y verrez des merveilles du cinéma récent ou ancien des Marx à Resnais, suivis d’un débat en général passionnant. Justement on vient de revoir un chef d’oeuvre de Resnais : « On connaît la chanson » avec Azema, Arditi, Dussolier, Lambert Wilson, Jaoui et Bacri qui sont aussi les auteurs du scénario et des dialogues. Un régal pour les yeux et les oreilles. La meilleure des chansons étant comme d’habitude celle de Dutronc: « J’aime les filles ». Longtemps après avoir vu le film on se souviendra qu’Agnès Jaoui travaille sur une thèse intitulée: « Les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru ».

A bientôt au ciné-club du dimanche matin à 11h.

Arrêtez les bébés

9 avril 2010,

par Sophie Chauveau

« Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique, c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains. Si nous ne soignons que les symptômes du cancer, le malade peut en être soulagé quelques temps : mais tôt ou tard il mourra, souvent après d’atroces souffrances. Tel sera le destin d’un monde atteint d’explosion démographique si les symptômes seuls sont traités. Nous devons reconvertir nos efforts et tenter l’ablation du cancer. Cette opération demandera de nombreuses décisions qui sembleront brutales et sans pitié. La douleur pourra être intense. Mais la maladie a fait de tels progrès que seule la chirurgie la plus énergique pourra désormais sauver le malade. »

Paul Ehrlich. La bombe P. publié en 1968 aux USA, en 72 en France.

 

Pourquoi font-ils tant d’enfants ?

Et le plus souvent sans réfléchir.

Par automatisme pour faire comme leurs parents.

Par conformisme, tout le monde en fait, non ?

Parce que « c’est une loi de nature ».

Par négligence. Ils ne l’ont pas fait exprès. N’ont pas fait attention.

Pour avoir quelqu’un de plus faible à dominer et sur qui se passer les nerfs.

Par peur du vide, pour avoir un but dans la vie : gagner de quoi nourrir ses mômes.

Pour avoir quelqu’un à aimer. Et surtout qui les aime.

Pour les alloc’, la sécu et la retraite. Dans la majeure partie du monde encore, seules les générations suivantes assurent les vieux jours de ceux qui ne peuvent plus travailler.

Ou parce que vraiment ils n’aiment pas les chiens.

 

Y pensent-ils seulement avant de se retrouver devant le fait accompli ?

Pourtant personne ne peut ignorer que 18 000 enfants meurent CHAQUE JOUR de faim; sans parler de ceux qui meurent de soif, de maladie, de maltraitance, de guerres accompagnées ou non de génocides ou autres petites tueries …

Comment s’imaginer que la peur de les voir mourir n’arrête jamais les futurs parents?

On ne donne pas la vie impunément. Un enfant, ça dure longtemps. En moyenne le temps d’une vie. Enfin, normalement, dans de bonnes conditions. Et ça demande bien plus que des soins, une attention unique, des projets extravagants, des rêves inouïs, un luxe de temps, de l’amour jusqu’à plus soif…

L’Occident qui prétend attacher tant de prix à l’enfant ferait bien de se doter d’outils d’apprentissage à la parentalité afin d’éviter que se commettent ces horreurs que la presse débite chaque jour, dont témoigne le sadisme ordinaire des scènes de rues… Partout dans l’espace public, l’on entend des parents mal parler à leurs enfants sous prétexte que ce sont les leurs, et qu’ils sont trop petits pour les planter là, alors sans vergogne au milieu des rues ils leur crient dessus, les insultent, les humilient il arrive même qu’ils les frappent. De la banalité du dressage.

 

Argument suprême de cet autre couple qui hante nos cités, la mendiante qui tient dans ses bras un bébé ou du moins un enfant très petit, morveux et haillonneux, de préférence au sein, le plus souvent endormi, dans les bras de sa pseudo-mère, tout aussi sale et misérable que lui, avec comme seule légende « s’il vous plaît, c’est pour nourrir mes enfants, s’il vous plaît… Au lieu d’avoir honte de les traiter de la sorte, de les laisser se traîner au sol en si misérables postures, elles les exhibent! Et s’en font un sujet d’orgueil, un argument pour exiger l’aumône. Un chantage au bon cœur de mère qui sommeille en tout homme.

Et l’on retient ce cri du cœur, muré par le politiquement correct: mais enfin quand on ne peut pas nourrir ses gosses, on se dispense d’en faire autant! Ce cri-là, personne n’ose le pousser. On est déjà bien assez meurtris par ce spectacle.

D’autant que nourrir n’a jamais suffi. Mieux vaudrait commencer par ne pas les exposer dans les rues ou les métros à tous les vents du mépris et de la misère.

À la façon qu’ont certains, même pas à la rue, de brandir leur bébé, on dirait que ça n’est pas de leur faute, que ça leur est tombé du ciel.

Aujourd’hui à force de luttes féministes, se retrouver enceinte n’a rien d’inéluctable. Je parle pour l’Occident, en espérant que l’Orient l’imite au plus vite. Quoique partout dans le monde, même en Orient, aucun homme n’est contraint à pratiquer le coït, encore moins le coït non protégé, non interrompu. Comme disait Camus, « un homme ça s’empêche »! Qui ne choisirait l’abstinence plutôt que de voir mourir son enfant ?

D’autant que plus personne n’ignore les nombreux moyens contraceptifs, chaque culture, chaque civilisation a généré les siens. Et dans le cas où tous auraient échoué, le monde entier sait les secrets des sorcières, la décoction d’herbes abortives. Tant de techniques abortives ont été mises au point… Depuis la nuit des temps, des femmes moins informées, moins instruites que celles de notre époque, ont su toutes seules éviter d’avoir des enfants non voulus. Et vous mes contemporaines, vous ne sauriez pas !

Les dames du temps jadis étaient-elles moins soumises aux hommes que vous aujourd’hui ? Étaient-ils moins violeurs ? Moins terrorisants ? Que diantre, pour nombre d’entre vous, ne vous êtes-vous pas libérées ?

La pulsion érotique n’impose pas la maternité, au contraire. L’éros est aux antipodes de la reproduction. Le plaisir n’est jamais synonyme de surpopulation, il préfère le silence et les chemins de traverse.

L’enfant ne donne pas de droit. Et ne saurait être un argument pour ne rien faire de sa vie.

 

Au XXIe siècle, il ne devrait plus être loisible de donner la vie sans l’avoir mûrement réfléchi.

Se reproduire n’est pas un droit de l’homme, ni de la femme. Et si jamais notre époque infantilisante s’y abîmait, ce dont elle prend le chemin, il faudrait le compter loin, très loin, derrière les droits de l’enfant. Si tant bafoués en tant de lieux sur la planète. S’opposent trop souvent le droit de mal faire des enfants, voire d’en abuser, de ne pas les protéger contre qui les instrumentalise…, aux vrais Droits des enfants[1].

On ne peut pas à la fois essuyer une larme devant le moindre enfant mort, blessé ou abandonné, comme ces bébés d’Haïti que l’Europe entière après le dernier cataclysme se précipite pour adopter, ceux réifiés, torturés, assassinés par des Dutroux et autres pédophiles meurtriers qui défient la raison, et tous les orphelins roumains du monde, et dans le même mouvement, si mal les élever à coup de correction, de roustes, branlées, dérouillées…, histoire de leur apprendre la vie ! Le tout assorti de phrases plus sadiques les unes que les autres, « non mais qu’est-ce que tu crois ? t’es pas là pour t’amuser ? C’est pas la vie, ça ! », et sans fléchir ni réfléchir plus avant, les enfermer des l’aurore de la crèche à l’école, en passant par l’armée, l’usine, le bureau, pour finir au mouroir…

Si c’est pour en arriver à ces vies-là, c’est vraiment pas la peine.

Donner la vie ?

Quelle vie ?

Déjà nourrir les siens c’est les mettre en danger de mort, de maladie, de dégénérescence…

Nos sociétés d’abondance, de liberté, de consommations excessives et de plaisir érigé en loi, démontrent à l’envi que le bonheur n’est pas inclus dans l’emballage. La preuve, il en faut toujours plus et ça ne marche toujours pas. Ça transforme juste la planète en égout.

Alors que franchement, n’était ce goût violent pour la joie, le plaisir, le partage de minutes heureuses, l’odeur des freesias, la beauté du chat qui passe, la naissance du printemps et quelques singuliers émois, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus personne à embrasser.

Le plus petit commun dénominateur de l’espèce n’est-il pas encore ce goût immodéré pour le bonheur? Et qu’on s’entête à le sauvegarder et à le transmettre, je comprends. Mais pourquoi ne vouloir le transmettre qu’à son sang? C’est d’ailleurs pour le simple bonheur de jouir de la beauté, que je m’insurge contre cette affolante, affolée démographie.

J’ai souvent une pensée souriante et même envieuse pour les enfants qui n’ont pas vu le jour et ne connaîtront pas les misères qui affligent, torturent, assassinent…, les vivants. Qui n’ont pas eu la chance d’avoir été avortés, empêchés, ou n’ont pas su s’escamoter d’eux-mêmes à des âges non-viables.

 

Au nom du bonheur, je réclame un moratoire sur les bébés.

Par amour pour les enfants désirés et heureux, je souhaite qu’on arrête d’en produire à la chaîne, sans conscience ni contrôle.

Arrêtez de vous reproduire, toutes, tous, comme des photocopieuses…

Arrêtez deux ans.

Cinq ans, ce serait mieux.

Arrêtez de faire naître des enfants sans y avoir réfléchi. Sans avoir envisagé la vie que vous rêveriez pour eux.

Deux ans, cinq ans de réflexion, et les trois quarts des problèmes d’environnements, de ressources, d’écologie, d’économie… seraient sinon réglés, du moins notablement diminués. Atténués. Et la planète épuisée reprendrait des forces.

Alors… Non je ne vais pas énumérer ce que chacun de vous pourrait faire durant ces années sans bébé. Chacun ses rêves, et les vôtres sitôt que vous vous serez libérés du prétendu diktat de la Nature, seront aussi riches que nombreux.

Ôtez les bébés de vos perspectives immédiates, et reprenez vos rêves là où les a plombés le conformisme, là où les a fait dévier le mimétisme du courant dominant…

 

Ceux qui naîtront ensuite seront plus heureux. Et vous aussi.

Je n’irai pas jusqu’à dire le monde sera sauvé, mais je pense qu’il sera plus beau, plus léger et se portera mieux.

Sophocle ne disait-il pas déjà en son temps où nous étions légèrement moins nombreux « Ne pas être né est peut-être un grand bienfait ».

Sophie Chauveau

 



[1] on peut le trouver dans la Convention internationale des droits de l’enfant, qui n’a que 54 articles, faciles à mémoriser