Archive pour octobre 2010

Oiseaux de nuit

31 octobre 2010,

Le Jeu commençait avec le vent du soir, celui qui venait des Paludes.
Papa y excellait, nous étions fiers de son adresse et nous l’encouragions.
On apportait les provisions et des couvertures car la nuit serait longue et tumultueuse.
A l’aube, nous revenions par le chemin des Tournelles, mais cette année là, je sus que c’était pour la dernière fois.

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Le petit siècle de Rochefort…

31 octobre 2010,

Douze ans que Christiane est morte et je ne m’en console pas.

Toutes ces années d’absence, d’éclipse, c’est trop long.

Son dernier livre, CONVERSATION SANS PAROLE commence par ces mots terribles : Je vais te faire un aveu, ma mère me manque. Eh bien, on en est tous là, même si on n’en a que moindrement conscience. Par les temps qui courent, Christiane nous manque !

Alors je lis, relis, ressasse. Me souviens et m’en rie en essuyant une absence de larme, une larme d’absence. Retrouve quelques perles,  à porter au mémorial de son escamotage :

« Je peux me mettre dans la peau du cerf, dans sa crainte, dans la peau de la taupe qui fouit sans voir, dans le dernier loup, condamné qui se terre quand il voudrait sauter et mordre, dans l’éphémère mortel dont les ailes battent leur dernier vol, dans la mouche prise à la toile, dans l’araignée qui attend en vain. Dans le lion qui n’a pas trouvé de proie, dans le chacal errant, dans le serpent dont la moitié du corps est écrasé, dans la grenouille sous le scalpel, dans l’aigle qui a fait son nid trop haut, dans le migrateur que le vent a perdu et dérouté, dans tout ce qui a peur et s’affole et résiste et se bat et meurt, mais je ne peux me mettre dans le peau de l’homme, dans la mienne ».

(suite…)

Il est un temps pour pondre… ( l’Ecclésiaste)

29 octobre 2010,

ça avait commencé par une chute de tension normale.Il s’était allongé, le potassium en berne… Puis ça s’est prolongé quelques heures…des journées, des mois passèrent… On quittait Vendémiaire, on subissait Brumaire… Et, juste le jour anniversaire de la naissance d’Halley ( l’homme de la comète) il s’est levé, s’est éclipsé. Sur le canapé encore tiède il a laissé un oeuf gros comme une balle de baby-foot… Faute de le couver, Georges l’a gobé, l’oeuf…

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La vie brève. Le retour

28 octobre 2010,

Après cette longue absence, Georges est revenu au jardin. Il a prit goût aux choses délicates :
L’affolement des feuilles des saules dans le vent, le puzzle mouvant de l’ombre et de la lumière, le glockenspiel des bambous, la palpitation d’un lézard…

Il songe au potimarron qui cuit dans la cendre, à la pulpe chaude qu’il dégustera à la cuillère, avec crème fraîche et coriandre hachée…

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Jean-Léon Gérôme au musée d’Orsay à Paris

23 octobre 2010,

En ce temps là on s’appelait Léon. On portait de mâles moustaches. On peignait avec science, précision, rêve.

Oui le rêve pour sublimer l’Histoire.

Curieux homme que ce metteur en scène de la Grèce antique et d’un Orient exotique.

Cette exposition est un régal provocateur qui défie le terrorisme de l’histoire de l’art qui prétend imposer une seule vision progressiste de l’expression.

Arrêtez vous devant le tableau intitulé « Phryné devant l’Aéropage »

Phryné est une femme très belle qui vend ses charmes très cher. Mise en accusation par les sages elle va être condamnée lorsque son avocat en dernier recours lui  arrache sa tunique et révèle son admirable nudité. Les sages béent devant le spectacle et l’acquittent.
On remarquera les multiples expressions des hommes vieux dont la libido se réveille soudain devant la perfection d’un corps féminin dépourvu de sexe malgré sa nudité. En effet Gérôme amoureux des femmes a peint et sculpté des tanagras et des esclaves « à poil » mais sans poils, ni fente.

Courbet n’était pas encore passé par là. Ni le « Dialogue du vagin ».

Gérôme eut la maladresse ou la courte vue de dénoncer les impressionnistes: « le déshonneur de l’art français ». Certes on le désignait comme « académique ». Oui il l’était, mais bravo pour son académisme et bravo pour leur impressionnisme. Ils ont les uns et les autres enrichi l’art.

Merci aux organisateurs de cette exposition de réhabiliter un grand peintre français. Les Etats Unis plus clairvoyants que nous l’ont apprécié et acheté en son temps. Nous leur devons de pouvoir aujourd’hui nous régaler des visions orientales et néo-grecques de Gérôme. Voir aussi sa statuaire colorée.

On regrettera que les légendes des tableaux soient presque illisibles. Mais c’est une erreur persistante de la muséographie moderne.

Christophe Chelten