Archive pour novembre 2010

La caverne

27 novembre 2010,

Les derniers jours de novembre, nous allions à la Grotte-des-pis, ses stalactites mamelliformes nous rappelaient les temps heureux des tétées roses, de la satiété douce qui précédait le sommeil, de la plongée vers des inconscients océaniques.
Nous voguions, béats, allongés sur le sol tiède vers la « regressio ad utero ».
Quand on se réveillait, il ne nous fallait pas plus d’un quart-d’heure pour rejoindre le « Café des Sports », y ingurgiter un café trop corsé, plutôt Robusta amer qu’Arabica suave, mais ça remettait sur pieds.
On épluchait la presse locale, la nécro et les annonces matrimoniales, tandis que Georges dessinait sur les vitres embuées des figures énigmatiques…

Retrouvez Daniel Maja sur son blog

Terre de Liens

23 novembre 2010,

L’agriculture de notre pays est en crise : les agriculteurs ont du mal à rembourser les investissements imposés par une industrialisation toujours plus poussée, une calorie alimentaire produite nécessite aujourd’hui la consommation de 7 à 15 calories d’énergie fossile, nous importons plus d’aliments « bio » que nous n’en produisons, nous détruisons les sols (40 % des sols agricoles français sont estimés en érosion). Les terres les plus fertiles, celles qui entourent les villes, sont détournées de la culture de façon accélérée : on a calculé que l’équivalent de la surface d’un département français était soustrait à la production alimentaire tous les dix ans. Le nombre des agriculteurs diminue alors qu’il faudrait le retour à la terre d’une partie de la population pour réaliser la reconversion profonde nécessaire à la sécurité alimentaire des prochaines années . Un des obstacles principaux à l’installation de jeunes agriculteurs est l’accès à leur outil de travail principal : la terre.

L’association Terre de Liens sensibilise les citoyens et les élus sur la question du foncier agricole comme ressource commune à préserver. Elle propose de faire évoluer le rapport à la terre, à l’agriculture, à l’alimentation et à la nature.
Le mouvement Terre de Liens se présente en trois volets, outre l’association, à laquelle vous pouvez cotiser pour 20 € par an, la Foncière est un outil financier de l’Economie Sociale et Solidaire qui permet l’acquisition collective par souscription d’actions donnant droit à des avantages fiscaux. Elle loue ensuite les terres à des agriculteurs via un bail rural environnemental.
Enfin si vous préférez faire un don (tout en bénéficiant d’exonérations fiscales), le Fonds de Dotation permet à Terre de Liens de recevoir des dons pour préserver la terre à long terme. Cette dernière solution est préférable à l’acquisition d’une seule action de 100 €, qui entraînerait des frais de gestion disproportionnés.
De création relativement récente, le mouvement Terre de Liens est maintenant présent sur la plupart des régions de France et a un certain nombre de réalisations concrètes à son actif : 70 fermes sont acquises ou en cours d’acquisition, 50 nouveaux projets seront réalisés d’ici la fin de l’année. Tous ces projets sont sur le site www.terredeliens.org.

Hommage à Jean-Paul Gibiat

22 novembre 2010,

Jean-Paul Gibiat est décédé le 16 novembre 2010

Sa grande silhouette ne passait pas inaperçue. Dans les dernières années, elle lui donnait un petit air de Monsieur Hulot (celui de Jacques Tati).
Dans les années 70, Jean-Paul Gibiat fut l’une des plumes les plus talentueuses du « Sauvage », pour lequel il s’était penché sur des sujets aussi divers que les jumelles ou les excréments de bébé, et interviewé des personnalités comme le peintre Fromanger ou la philosophe Noëlle Châtelet.

Après l’arrêt du « Sauvage » en 1980, cet individualiste-né s’intégra – à la surprise de certains de ses amis – dans le cadre plutôt contraignant et formaté du groupe Prisma Presse. A « Ca m’intéresse », où j’eus le bonheur de travailler avec lui pendant plus de dix ans, cet urbain dans l’âme – ironie du sort ? – se retrouva en charge des animaux et de la nature. Après un bref détour au « Temps Retrouvé », mensuel destiné aux seniors, d’où il nous adressait ses « meilleurs vieux », Jean-Paul revint dans le giron Prisma, au sein de l’équipe de « Géo Histoire », où son fils Balthazar marche aujourd’hui sur ses pas.

Grand professionnel de l’écriture, Jean-Paul Gibiat était aussi un homme d’une immense culture. Littérature, musique, cinéma, photo et surtout peinture… Ses connaissances étaient immenses, sans qu’il les « étale » jamais. Et ses jugements, parfois féroces, étaient toujours solidement étayés.

Mais Jean-Paul était surtout un ami fidèle, parfois provocateur, mais toujours pudique. Un ami hélas lointain dans les dernières années, car sa santé s’était beaucoup dégradée et qu’il ne voulait pas le montrer…

Parmi ses amis, nous sommes sans doute beaucoup à regretter que Jean-Paul n’ait jamais écrit le(s) roman(s) qu’il aurait pu (dû ?) nous donner.

Mais son empreinte discrète et profonde restera à jamais marquée dans nos coeurs.
Laurent Samuel

Hockney Du bout des doigts.

18 novembre 2010,

Voilà une exposition rafraîchissante et étonnante: Le David Hockney des piscines, des motels, des portraits ingresques, des paysages-décors californiens, des photomontages panoramiques qui, du bout des doigts, (des pouces, dit-il) dessine, peint, esquisse, grave (le vocabulaire est inusité!) des bouquets de fleurs fraîches, des couchers de soleil, la lumière filtrant des jalousies… mais tous ces dessins sont tracés sur des écrans d’Ipod et d’Ipad et c’est lumineux!
Une vingtaine ou plus de ces ipad-ipod sont alignés. Sur leurs écrans, des bouquets au graphisme totalement libre bien que savant, certains s’animent et rejouent la partie: effacement, recouvrement, superpositions, hachures, zébrures, ça cavale, ça se bouscule tout en étant harmonieux. C’est joyeux, jamais vu et spontané.
Ces images, on les retrouve dans l’autre salle sur grand écran en triptyque et le bonheur continue, c’est Matisse, Picasso, Dufy, Vlaminck, ça éclate, on jubile, oubliant même la maîtrise du trait et la virtuosité, on est à la fête, on se dit que quelque chose s’expérimente et s’invente là… et c’est le fait d’un artiste de 74 ans à la carrière bien remplie qui s’amuse comme un gamin.
Il envoie ses fleurs, ses ciels, ses couchers de soleil à ses amis, de son lit sans se tacher les doigts ni les couvertures, il continue d’en envoyer à l’expo. C’est la même jubilation que Dubuffet ou Picasso découvrant les feutres, ou Henry Miller l’aquarelle…
Allez-y, vous ne regarderez plus ces instruments (si vous en avez) du même oeil…
En prime, dans la brochure (gratuite) un texte bilingue du « maître » qui précise ses intentions, raconte la manière dont il s’approprie ces écrans, s’interroge sur ces images au statut bizarre, sans matière, sans épaisseur, sans format et sa surprise de revoir le dessin se faire. On songe au « Mystère Picasso » le film qu’avait réalisé H.G. Clouzot avec ses artifices et son dispositif compliqué, là, c’est tout simple: on effleure des doigts…
Daniel Maja

Exposition du 20 octobre 2010 au 30 janvier 2011
à la fondation Bergé-Yves Saint-Laurent 5 avenue Marceau Paris16

Esturgeons

16 novembre 2010,

L’effet de surprise passé, nous nous habituâmes à leurs lentes reptations, à leur souffle rauque, à leur caractère placide.
Ils remontent du sud, depuis que les mers se sont réchauffées. Ils cherchent leur nourriture dans les zones d’épandage des bords des cités. Leurs chants, la nuit, semblent des sanglots étouffés.
Alors, ne résistant plus, toute la ville sort sur les terrasses et les balcons pour pleurer tout son soûl tandis que les fraternités entonnent les « lamentatios » et qu’aux barbacanes s’allument les feux.

Retrouvez Daniel Maja sur son blog