Hockney Du bout des doigts.

18 novembre 2010,

Voilà une exposition rafraîchissante et étonnante: Le David Hockney des piscines, des motels, des portraits ingresques, des paysages-décors californiens, des photomontages panoramiques qui, du bout des doigts, (des pouces, dit-il) dessine, peint, esquisse, grave (le vocabulaire est inusité!) des bouquets de fleurs fraîches, des couchers de soleil, la lumière filtrant des jalousies… mais tous ces dessins sont tracés sur des écrans d’Ipod et d’Ipad et c’est lumineux!
Une vingtaine ou plus de ces ipad-ipod sont alignés. Sur leurs écrans, des bouquets au graphisme totalement libre bien que savant, certains s’animent et rejouent la partie: effacement, recouvrement, superpositions, hachures, zébrures, ça cavale, ça se bouscule tout en étant harmonieux. C’est joyeux, jamais vu et spontané.
Ces images, on les retrouve dans l’autre salle sur grand écran en triptyque et le bonheur continue, c’est Matisse, Picasso, Dufy, Vlaminck, ça éclate, on jubile, oubliant même la maîtrise du trait et la virtuosité, on est à la fête, on se dit que quelque chose s’expérimente et s’invente là… et c’est le fait d’un artiste de 74 ans à la carrière bien remplie qui s’amuse comme un gamin.
Il envoie ses fleurs, ses ciels, ses couchers de soleil à ses amis, de son lit sans se tacher les doigts ni les couvertures, il continue d’en envoyer à l’expo. C’est la même jubilation que Dubuffet ou Picasso découvrant les feutres, ou Henry Miller l’aquarelle…
Allez-y, vous ne regarderez plus ces instruments (si vous en avez) du même oeil…
En prime, dans la brochure (gratuite) un texte bilingue du « maître » qui précise ses intentions, raconte la manière dont il s’approprie ces écrans, s’interroge sur ces images au statut bizarre, sans matière, sans épaisseur, sans format et sa surprise de revoir le dessin se faire. On songe au « Mystère Picasso » le film qu’avait réalisé H.G. Clouzot avec ses artifices et son dispositif compliqué, là, c’est tout simple: on effleure des doigts…
Daniel Maja

Exposition du 20 octobre 2010 au 30 janvier 2011
à la fondation Bergé-Yves Saint-Laurent 5 avenue Marceau Paris16