Archive pour février 2011

Harmonie

27 février 2011,

Une nouvelle façon de regarder le monde

par le Prince de Galles

23€90

On se prend à regretter que Charles prince de Galles ne postule pas aux primaires des Verts pour être candidat à la Présidence   de la République Française. Eva Joly devrait le lire d’urgence. Car lui, c’est un écologiste à cœur. Certes avec pochette de soie, chaussures à glands et Barbour. Mais aussi avec des centaines d’hectares en agriculture biologique. Et aussi une réflexion en profondeur sur les rapports de l’humanité avec la nature tout au long de son histoire.

Première phrase du livre : « Ce livre est un appel à une révolution… » Il analyse longuement l’histoire de la déconnexion de l’homme avec la nature avant de plaider pour … « une vision plus douce, plus holistique de la science et de la technologie… » Le livre est co-écrit avec Tony Juniper et Ian Skelly.

Les sujets de prédilection de Charles sont l’agriculture, l’urbanisme, le changement climatique, la disparition des forêts primaires.

Il ne dissimule pas sa préférence pour les approches traditionnelles qui doivent être sauvées. Il les a mises en pratique dans ses expériences architecturales à Poundbury dans le Dorset, en particulier. Ville conçue pour le piéton et non pas pour l’automobile. Ville témoin qui anticipe le mouvement des villes en transition.

Charles le mal aimé mérite notre estime. Sa démarche est cohérente, exemplaire. « Harmonie » la détaille au long de ses 325 pages abondamment illustrées. Le style n’est ni pittoresque, ni attrayant mais très clair. Ce n’est pas de l’Edgar Morin. On regrette d’ailleurs que l’éditeur Odile Jacob ait escamoté le nom du traducteur. Lisez Charles qui lit Shakespeare et le cite : « Trouve des voix dans les arbres, des livres dans les ruisseaux qui coulent , des sermons dans les pierres et du bien en toute chose. »

Alain HERVE

China: the Jasmine revolution, taking off the masks of deception.

26 février 2011,

C’est une première, nous publions en anglais l’article de notre correspondant en Chine Alex Ernouf. Nous considérons en effet que l’Anglais est un instrument incontournable à l’heure actuelle.

Nous poursuivons par ailleurs la vocation du Sauvage commencée en 1973 qui consiste apporter des textes de référence dans le domaine de l’écologie.

Les Sauvages associés

As the news of citizens in the Middle East taking back control over their destinies spreads around the world, the citizens in China take to their computers like bees to pollen to watch and dream. There is electricity in the air about Beijing and Shanghai, as the words: change, freedom, corruption, food, housing, justice buzz about the people’s heads, feeding their imaginations with what their beloved country would be like if they could vote, if they could speak their minds freely, if they didn’t have to live in a world of self-censorship and hypocrisy.

But the government is ready for the challenge, they have prepared countermeasures and strategies to contain what they are calling the « terrorism » of these citizens. They are prepared for anything in the name of their definition of harmony and stability. Yet they do not seem to understand that it’s precisely that which the demonstrators want, but according to non-Party definitions, according to universal definitions.

Harmony through democratic consensus, and stability through freedom and fair government representation. The jail bars in Liu Xiaobo’s prison cell are vibrating with the energy of freedom; and those of Ai Wei Wei; and Chen Guangcheng; and many lawyers; and many school teachers, and many, many others whose names are etched onto prison walls.

(suite…)

Le recours à la terre

25 février 2011,

Nous publions à nouveau les articles fondateurs de Pierre Lieutaghi  parus dans le numéro spécial »Le Jardin, modèle de gestion du monde » du Sauvage N° 71 Eté 1980

Chapitre I

Le jardin-miroir

Où le jardin ensemence le jardinier, où la jardinière devient sorcière, où les tondeuses annoncent les tanks, où la révolution commence dans les choux, où le jardin enfante la terre

Pour commencer, histoire d’aérer ses racines, je bine un peu le mot. Et qu’est-ce que je découvre ? Un lieu fermé. « Jardin », comme l’anglais garden et l’allemand garten, dérive de l’ancien haut-germain gart, « enclos », qui désigne aussi le pieu de la palissade (d’où encore le yard anglais, à la fois « cour » et mesure de longueur). Le latin hortus serait de la même parenté.

Les mythes, les contes de tous les pays, les chansons populaires auraient d’ailleurs pu me dispenser du détour étymologique : le jardin dont ils parlent est toujours un espace sinon fermé, en tout cas bien défendu contre le dehors. Qu’il héberge les arbres de la Connaissance et de la Vie éternelle ou un carré de choux, le jardin est le lieu d’un pacte symbolique ou utilitaire (ou les deux à la fois). Le désordre extérieur doit être tenu à distance de cet accord toujours fragile entre le créateur et sa création. Le jardin est à défendre contre le serpent et le chiendent. C’est par excellent le lieu différent, l’enclave la plus téméraire dans la nature chaotique. C’est l’anti-nature. (suite…)

El fin del mondo

20 février 2011,

Georges était parvenu à ce point extrême qu’on appelle « el fin del mondo ».
Il avait traversé des jungles de sabals, de syagrus géants, d’arécas à bétel, de pachiras macrocarpa, de quinquinas rouges, d’odorantes draculas, d’envoûtantes lycastes, accompagné des cris des tamarins labiés et des singes hurleurs, il avait fait fuir le raton crabier, s’était garanti des vampires à pattes velues, des mygales trondaines, avait croisé la route des pumas…
Et maintenant, face à l’Océan infini, à l’horizon mouvant, Georges prit la décision qui s’imposait:
Il marcha sur l’eau

Comment écologiser nos villes ?

18 février 2011,

Dans les années 70, le Sauvage avait consacré plusieurs dossiers à la ville écologique,  et même un numéro spécial à l’occasion des élections municipales de 1977 : Le pari des écologistes pour Paris. Un thème qui n’avait rien d’évident à une époque où le retour à la terre était à la mode et où les communautés rurales fleurissaient. L’auteur de ces lignes fut ainsi vilipendé par une poignée d’intégristes écolos pour avoir défendu, dans les colonnes de la Gueule Ouverte (l’autre grand titre écologiste de l’époque), l’idée que l’on pouvait « écologiser » la ville.

Trente ans plus tard, les écobilans montrent qu’un citadin usager des transports publics pèse moins sur la planète que l’habitant des campagnes contraint de se déplacer avec son automobile. Au point que le plaidoyer (que je partage au demeurant) de Maryse Lapergue en défense de la campagne, récemment mis en ligne sur le site du Sauvage, semble à contre-courant. ( Voir en rubrique Natura rerum)

Reste une grande question : comment vivre en ville tout en agissant pour l’écologie ? Carine Mayo, collaboratrice de longue date de magazines comme Ca m’intéresse ou Femme Actuelle, et présidente de l’Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), répond de façon claire et circonstanciée dans son livre Ecocitadins, paru aux Editions  Terre Vivante. Recyclage des déchets, économies d’énergie, énergies renouvelables… : rien n’échappe à sa vigilance. A chaque niveau (immeuble, quartier, école, entreprise…), Carine Mayo nous donne des conseils précis, appuyés sur des exemples concrets comme l’installation de panneaux solaires à Echirolles, la création d’un compost collectif dans un immeuble parisien, la mise en place d’un « pédibus » pour les enfants d’une école à Toulouse ou le lancement d’une AMAP à Aix-Marseille.
Ce livre nous montre ainsi l’importance et la variété des expériences positives pour l’environnement menées partout en France. Une lecture qui ragaillardit…

Laurent Samuel