L’eau va manquer

12 décembre 2011,

Réponse à l’article de Jean-Claude Villain

par Patrick Laine
Nous passons beaucoup de temps à discuter ce à quoi l’avenir ressemblera selon différents  modèles d’énergie de pointe, de sécurité alimentaire, de pénurie de ressources, de migrations massives provoquées par les changements climatiques, etc.  Le scénario le plus effrayant (à mon avis) est le problème de l’eau. L’humanité a complètement manqué la gestion de l’eau, l’agriculture y causant le plus grand gaspillage. Les systèmes d’eau sont si pollués, endigués, détournés, que nous sommes déjà dans un état critique avancé. C’est un problème pour lequel la technologie ne propose pas de solution. (Le dessalement est une réponse infime par rapport à l’ampleur du problème). Les Chinois sont les premiers à le prendre en compte et ils planifient déjà la migration forcée de millions de personnes uniquement pour cause de pénurie d’eau.

Ainsi, tu cites la  pénurie d’énergie dans les mégalopoles comme le déclencheur de perturbations massives. Je crois que le déclencheur sera la pénurie d’eau.

Contrairement à toi, je ne suis pas sûr qu’il y aura des survivants sous forme de « peuples premiers » capables de continuer l’humanité Je me demande si nous ne sommes pas entrain de précipiter les conséquences inévitables de la deuxième loi de la thermodynamique. Cette loi dit que chaque fois que nous transformons l’énergie ou la masse d’une forme en une autre forme (par exemple la construction de villes) nous créons un désordre (une dispersion d’énergie) dans un autre endroit (par exemple la forêt). Le système fonctionne in fine hors de l’énergie. C’est ainsi que notre système planétaire s’achèvera : un équilibre sera finalement atteint quand il n’y aura plus de transfert d’énergie supplémentaire  -et aucune vie ne sera plus possible. Je me demande si l’activité humaine n’accélère pas ceci : je citerai la désertification croissante ou la mort de nombreux récifs coralliens comme premiers éléments de preuves. Ceux-ci ne vont pas se reconstituer. La différence avec ton modèle est que nous avons déjà dépassé des seuils critiques et que les dommages irréversibles sont faits. Réel scénario de cauchemar !
Je suis souvent sollicité par les entreprises dont le modèle commercial est préjudiciable à la planète et qui me questionnent : «Quel intérêt y a-t-il à promouvoir un changement ? » C’est une question triste, mais courante. Je passe beaucoup de temps à les aider à comprendre les aspects économiques de l’éco-efficacité, mais c’est un exercice plutôt insatisfaisant. Une autre façon de voir est de leur dire qu’un enfant qui naît aujourd’hui à Paris ou à Londres, devrait normalement vivre 100 ans. Nous possédons la technologie pour prolonger la vie jusqu’à cet âge. Cependant pensez aux défis que ce bébé souriant devra relever durant ses 100 années : la pénurie du pétrole, la rareté de l’eau, la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique, les migrations de masse, la pénuries des ressources ….. Notre génération n’a pas eu à faire face à l’une quelconque de ces questions. La prochaine génération devra composer avec chacune d’elles. Avez-vous vraiment besoin d’u intérêt commercial pour modifier vos pratiques destructrices? Les visionnaires le font.

Patrick Laine, environnementaliste, Londres

(traduit de l’anglais par Jean-Claude Villain)