La faim du monde

25 janvier 2012,

Comme je l’avais mentionné brièvement dans un texte précédent, Hugues Stoeckel vient de publier un livre dont le titre alternatif était initialement « Le siècle des famines ». Catastrophisme (comme le suggère la couverture noire) ou lucidité ?

Je crois que le message principal porté par le livre est que nous mangeons du pétrole. Nous dépensons au moins dix calories du précieux liquide pour une calorie alimentaire produite.

Alors que le pic de production mondiale de pétrole conventionnel a probablement été atteint il y a 5 ans, la plupart des responsables politiques se comportent comme si nous n’avions pas atteint ce « pic » pétrolier (un pic qui comme prévu ressemble à un plateau ondulé, voir ici).

La semaine dernière, un des candidats bien placé pour la présidence de la République a même préconisé de bloquer le prix de l’essence, ignorant les plaidoyers pour la taxe carbone. Il aurait pourtant été dans la droite ligne de sa culture de dire que face à la montée du prix du pétrole, il faut aider les ménages les plus démunis. Ici nous n’avons pas un simple problème de redistribution de la richesse : si c’était le cas on pourrait aider la consommation d’essence de tout le monde, des riches comme celle des pauvres et reprendre aux riches par l’impôt. Non, l’objectif doit être de se préparer la transition énergétique et de faire face à la réalité que même les pauvres vont devoir diminuer leur consommation d’essence.

Bien entendu il ne s’agit pas que du pic pétrolier, nous aggravons notre cas en détruisant les sols fertiles par le labour profond et les intrants de synthèse (voir ici) et en transformant le climat d’une manière qui sera très probablement défavorable à la production alimentaire mondiale.

Une belle citation de Hans Jonas pour conclure : « La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle se réalise; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme, en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé, serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. »

Ghislain Nicaise