La décroissance au Sénat ?

18 juillet 2012,

Il a déjà été beaucoup dit et écrit sur l’ambition des nouveaux élus d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et leur subordination à un Parti socialiste essentiellement productiviste. Plus qu’un sentiment de victoire, ces élections ont jeté un trouble parmi certains adhérents de base d’EELV, et des critiques plus acerbes d’écologistes extérieurs au parti. A ce stade il nous semble trop tôt pour juger ces élus sur les résultats et établir un bilan entre les nécessaires (?) concessions et les petites victoires. On en est au stade des discours et pour le moment, certains font preuve d’une lucidité inattendue et réjouissante.

On peut commencer par un extrait de la prise de parole de Jean-Vincent Placé en réponse au premier ministre Ayrault le 4 juillet 2012, au nom des élus EELV du Sénat. Après une introduction onctueuse…

La transition écologique que nous appelons de nos vœux ne pourra trouver sa place que dans une société équitable et apaisée, à laquelle vos mesures vont concourir.

On peut noter la différence :

Toutefois, malgré l’exigence de justice à laquelle s’astreint votre gouvernement, les efforts à consentir pèseront sur nos concitoyen-ne-s. Et s’ils y sont, dans leur majorité, sans doute prêts, il ne faudrait pas, dans 5 ans, venir leur expliquer que leurs efforts ont été vains. Or vous avez dit (hier), Monsieur le Premier ministre : « rien ne sera possible sans le retour de la croissance »…

On touche là, chacun le sait, au cœur du paradigme écologiste, selon lequel la progressive raréfaction des ressources entraîne inéluctablement une augmentation des prix et un ralentissement de la croissance. Il ne s’agit pas seulement d’une théorie : en France, dans les années 60, la croissance fut en moyenne de 5,7% par an ; dans la décennie 70, elle fut de 3,7%  ; dans la décennie 80, de 2,4% ; dans la décennie 90, de 2% ; et de 1,1% dans les années 2000. Sachant de surcroît qu’une part de cette croissance moribonde a été artificiellement créée par la dette qui nous submerge aujourd’hui, il ne nous semble plus permis de croire – car il s’agit bien d’une croyance, Monsieur le Premier ministre – il ne nous semble plus permis de croire au retour d’une croissance durable, au-delà des variations conjoncturelles.

Tel que l’avaient prédit, en 1970, les scientifiques du Club de Rome, nous vivons en ce début de XXIème siècle les prémices des crises de rareté, avec une nette augmentation du prix des matières premières et de l’énergie, tandis que la croissance s’évanouit inexorablement. A cela s’ajoutent les conséquences de la course folle d’un système productiviste fondé sur la rentabilité : accéléré par la publicité et l’obsolescence programmée des objets, le cycle de consommation s’emballe jusqu’à l’absurde, causant des pollutions diverses, provoquant des crises sanitaires, malmenant la biodiversité et déréglant le climat.

De ce point de vue, sauf à ne jamais sortir de ce cercle infernal, il n’est plus possible, selon nous, de fonder un modèle économique et social sur le seul hypothétique retour de la croissance, en se bornant à considérer les questions écologiques comme un luxe ou un supplément d’âme.

Cette dénonciation de la ligne « croissanciste » gouvernementale est réaffirmée récemment le 17 juillet lors du débat d’orientation budgétaire par le même Jean-Vincent Placé :

Enfin, cette crise est également et avant tout, je ne vais pas vous surprendre, écologique. C’est la crise d’un modèle économique fondé sur une croissance potentiellement infinie de la consommation matérielle et énergétique, dans un monde où les ressources qui alimentent cette consommation sont précisément limitées et où l’activité productive non régulée finit par menacer gravement le fragile équilibre de notre milieu.

Pour les écologistes, remettre en cause le productivisme, ce n’est pas seulement tenter de préserver des écosystèmes viables et de protéger notre santé. C’est également proposer une économie durable, fondée sur la satisfaction des besoins humains davantage que sur la consommation matérielle, moins avide de ressources naturelles et plus intensive en emplois.

Quoi que l’on fasse, la croissance se heurtera désormais mécaniquement à la hausse du coût de l’énergie et à la raréfaction des ressources naturelles, alimentaires et minières… Pour nous, le seul chemin de sortie de crise consiste à engager aussi vite que possible une véritable transition écologique.

Cela passe par de nombreuses mesures mais en matière budgétaire, qui nous occupe aujourd’hui, cela doit nécessairement se traduire par la mise en place d’une fiscalité écologique, à commencer par la suppression progressive des innombrables niches fiscales, chiffrées par les associations environnementales à plusieurs dizaines de milliards d’euros, qui subventionnent une économie de gaspillage et de pollution…

A suivre ?