Aventures en permaculture: 2- LES CHÂTAIGNIERS

11 août 2012,

par Ghislain Nicaise

2- Les châtaigniers (La Gazette des Jardins n° 84, Mars-Avril 2009)

Il y a marrons et marrons

Il s’agit d’abord de planter des arbres, ils sont importants pour le projet et il faut le faire le plus tôt possible car ils mettront du temps à produire. Nous commençons par l’arbre à pain des pays tempérés, le châtaignier.Le châtaignier fournit un excellent bois, pour faire des parquets, des piquets imputrescibles, des éclisses permettant de confectionner des paniers robustes. Mais surtout le châtaignier produit des châtaignes (Fig. 1).

Que sont alors les marrons, marrons grillés, marrons glacés ? J’apprends que les marrons sont des variétés sélectionnées de châtaignes, qui n’ont le plus souvent qu’une seule grosse amande par fruit. Au contraire des marrons, les châtaignes sont petites et cloisonnées par le tan, cette enveloppe intérieure un peu duveteuse. Les châtaignes sont souvent aplaties, les marrons sont ronds.

Les marronniers des jardins publics (Aesculus hippocastanum) produisent eux les marrons d’Inde, si lisses et brillants quand ils viennent de sortir de leur bogue qu’il est difficile aux écoliers de ne pas les ramasser (Fig. 2). Ils sont réputés toxiques et nous ne les mangeons pas mais il paraît que les Japonais et les Amérindiens savaient les traiter pour les rendre comestibles. Même si le marron d’Inde a des vertus dans le traitement des hémorroïdes, je ne suis pas prêt à soumettre mes intestins à des essais toxicologiques, je m’en tiendrai au châtaignier (Castanea sativa ou ses hybrides) qui ne fait même pas partie de la même famille.

Où planter ?

En attendant de lire tous les livres que je peux trouver sur le châtaignier,  j’ai fait mon premier trou de plantation, dans une éclaircie près de la lisière du bois, d’environ un mètre cube. Sur un site internet de bon aloi il est écrit que le châtaignier adulte peut aimer la demi-ombre et que le jeune arbre aime l’ombre ; confirmation est donnée par un autre site « Les jeunes châtaigniers préfèrent l’ombre ». De l’ombre j’en ai dans la partie boisée de mon terrain et c’est autant de gagné pour le verger à établir dans la partie prairie. En outre, j’enrichis l’écosystème forestier en lui faisant produire une nourriture, enfin si tout va bien …et après quelques années. Le site « lesarbres » me dit que « la production de châtaigne est la plus importante entre 40 et 60 ans d’âge du châtaignier ». Mes petits-enfants me devront cet ombrage ? Un autre site tempère mon impatience de retraité, la variété Maraval aurait une mise à fruit très rapide : 3 à 4 ans, ce n’est pas celle que je pourrai planter, elle marcherait mieux à plus basse altitude mais enfin…

Que mettre dans le trou ? Dans mon petit jardin de Nice, j’ai du compost de qualité, de quoi remplir une ou deux jardinières, pas vraiment pour plusieurs arbres et il faut du temps pour faire un bon compost. En outre, mes lectures récentes tendance bio m’avaient averti sur l’importance de ne pas mélanger les couches du sol alors que la pratique de mon jardin niçois me disait que pour planter un arbre on met de la terre mélangée à du compost bien mûr au fond. La terre la plus fertile, c’est la terre de surface et on n’aurait pas le droit de l’enfouir ? Devant ce dilemme, j’ai eu recours à l’arbitrage de Michel Courboulex, qui m’a donné sa bénédiction jardinière et j’ai commencé à remplir mon premier trou avec la terre noire qui est juste en dessous des feuilles en décomposition, en la mélangeant avec le sable des parois du trou. Le deuxième trou est plus coriace, je tombe assez vite sur le sable en train de se transformer en grès, du « saveou » disent les autochtones. Je creuse bravement, il sera moins profond mais un peu plus large.

Quelque temps après, surviennent de grosses pluies, alerte orange dit la télévision. Mon premier trou n’est pas affecté, il collecte des feuilles mortes mais je les enlèverai et sinon, les vers de terre devraient en faire leur repas, ils sont rares mais très gros. Le deuxième trou est transformé en une détestable baignoire, les châtaigniers ne sont pas des arbres qui vivent les pieds dans l’eau. Je creuse un canal de drainage.

La bibliographie dit que les châtaigniers sont difficiles

Entre temps, ma bibliothèque s’est enrichie d’une série d’ouvrages du CITFL (Centre technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes), très pro. Je me plonge dans l’ouvrage intitulé « Châtaignes et marrons », un monde ou plutôt une jungle pleine de surprises plus ou moins agréables. Je cite « On ne dira jamais assez que le châtaignier est un arbre difficile à cultiver, les échecs à la plantation sont légion »

Le site d’Univers Nature n’est pas plus encourageant, il dit du châtaignier qu’il « est frileux, les grands froids lui sont préjudiciables », plusieurs variétés sont selon d’autres sources recommandées pour des altitudes inférieures à 400 m, voire 300 m, ce qui ne fait pas mon affaire, je suis à 750 m. Le site d’Univers Nature ajoute sans pitié « il fait partie des arbres qui paient un lourd tribut aux maladies », suit la description de la roulure, du chancre de l’écorce, de la maladie de l’encre. Mais ce n’est rien à côté du chapitre 6 de Châtaignes et Marrons du CTIFL : intitulé « les maladies, les ravageurs et le stress », il fait cinquante cinq pages.

Mes voisins permaculteurs de La Penne (voir l’épisode précédent) ont acheté des châtaigniers à un pépiniériste corrézien réputé spécialiste de cet arbre, leur plantation a échoué.

A la rencontre des vrais castanéiculteurs

Il me faut parler avec des aficionados, rencontrer des terriens assez braves ou inconscients pour avoir affronté et surmonté ces difficultés, des castanéiculteurs endurcis. Il me faut aussi trouver des plants qui ne soient pas intolérants à des altitudes supérieures à 400 m. Je pars du livre de Nicole Alunni (ref. ci-dessous) et après quelques errements sur Internet, j’obtiens un contact téléphonique avec des gens charmants, membres de l’AFA (Association Foncière Agricole) du pays de la Tinée. La première information importante est qu’ils me recommandent de planter les châtaigniers au soleil, si possible bien arrosés : d’autres trous à creuser en perspective mais je décide de diversifier les sites de plantation et de tenter l’essai du sous-bois malgré tout.

Tant que cette association n’aura pas essaimé vers d’autres vallées ou modifié ses statuts, je n’en serai pas, étranger venu de la vallée du Var, mais leur accueil est aussi chaleureux qu’il est possible. Non seulement je reçois rapidement une enveloppe contenant 12 fiches documentaires mais le 31 Janvier, nous sommes invités à une galette des rois à St Sauveur sur Tinée. L’assistance est nombreuse, principalement des producteurs mais aussi quelques fous de châtaigniers comme il y a ailleurs des fous de palmiers, et même une universitaire dentiste de Nice, qui s’intéresse à la confection de biscuits à base de farine de châtaigne pour le 3e (ou 4e ?) âge. Nous écoutons des exposés sur les visites faites à d’autres régions castanéicoles et sur le redoutable cynips qui a commencé à envahir les Alpes Maritimes. Le buffet est riche d’excellents canistrelli, d’une parfaite tourte de blette aux orties et bien entendu à la châtaigne  (la « Tour’Tinée »), arrosés d’un kir à la crème de châtaigne. Nous avons droit à un livre de recettes. Enfin et surtout je prends contact avec Raymond Gibert, l’homme souriant qui va m’ouvrir les portes de leur pépinière associative dans quelques semaines. (à suivre)

Des titres :

« Tout savoir sur les châtaignes et châtaigniers dans les Alpes maritimes » de Nicole Alunni, 2008, ed. Baie des Anges (9 €).

« Châtaignes et Marrons » d’Henri Breisch 1995, ed. Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (33 €)