Aventures en permaculture -6, LE FEU

25 août 2012,

par Ghislain Nicaise

6- Le Feu (La Gazette des Jardins n° 88, Novembre-Décembre 2009)

Il y a le bon feu de bois pour chauffer la maison en hiver et cuire les aliments, et le mauvais feu dehors en été, qui détruit la forêt et qu’il faut prévenir. Les deux m’ont occupé assez longtemps pour que je leur consacre une rubrique.

Le chauffage au bois

La maison inachevée que nous avons acquise avec le « terrain d’expérimentation en permaculture » était équipée d’une cheminée avec insert et ventilation de l’air chaud jusque dans les chambres. Comme notre terrain comporte 3000 m2 de forêt, nous avons pu nous servir de notre production et passer le premier hiver avec deux grands chênes morts, à peu près secs, abattus par un bûcheron local et débités en tronçons par l’auteur de ces lignes. Ce chauffage au bois était installé par le premier propriétaire pour compléter un chauffage électrique par convecteurs. Lorsque nous arrivions cet hiver pour le week-end nous trouvions la maison le plus souvent aux alentours de 7°, à l’abri du gel, grâce à un grand sous-sol enterré, qui agit comme puits provençal. L’expérience a montré que la cheminée faisait gagner au mieux 10°. Il manquait  quelques degrés pour le confort, même si par journée ensoleillée, la grande baie vitrée du séjour agissait comme capteur et faisait gagner ces quelques degrés à partir de 11h. Le chauffage électrique, aberration bien française, est un tel symbole d’anti-écologisme qu’il n’était pas question de s’en accommoder.

La cuisinière

Nous avons opté pour une cuisinière à bois en complément de la cheminée avec insert, avec l’espoir de démonter définitivement les convecteurs installés par le précédent propriétaire. L’étude de marché fut longue mais instructive : plusieurs commerciaux considèrent qu’une marge de 100 % ou davantage peut être appliquée aux produits proposés à la clientèle, les encouragements de l’Etat en crédit d’impôt devant dans leur optique profiter essentiellement au marchand. La maison concernée n’étant pas (pas encore) notre résidence principale, nous n’avions d’ailleurs pas droit à ce crédit d’impôt, ce qui rendait les prétentions des commerçants d’autant plus désagréables. Le patron italien qui nous a installé la cuisinière était avec son épouse à la conquête du marché français. Je souhaite tout le succès possible à cet homme séduisant, pourvu d’un solide sens de l’humour, la compétence professionnelle et la courtoisie en plus. Il a la classe du patron qui s’appuie les tâches les plus ingrates pour montrer l’exemple. Leur cuisinière est moderne en ce sens que contrairement à la cheminée, elle récupère le monoxyde de carbone pour le brûler. Avec sa rampe en laiton et ses faïences, elle a en même temps un aspect vieillot fort agréable (Fig. 1, dans le magasin). A cette occasion j’ai appris que la combustion initiale du bois dégageait du CO et que c’était le principe qui a permis à nos parents ou aïeuls qui ont traversé la seconde guerre mondiale de faire tourner les moteurs (« au gazogène ») avec du bois. Si l’on considère la toxicité du monoxyde de carbone, on comprend pourquoi cette façon de faire marcher les automobiles à l’énergie renouvelable a été abandonnée.

Le mauvais feu

Il ne restait qu’à mettre des bûches dans la cuisinière. C’est là que la prévention des incendies intervient.

La lecture fortuite d’une brochure éditée par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sous le titre « Le débroussaillement : une obligation » nous a plongé dans la perplexité et amené à des mesures de régularisation de notre situation.

« L’article 32 de la loi d’orientation sur la forêt définit le débroussaillement comme l’ensemble des « opérations dont l’objectif est de diminuer l’intensité et de limiter la propagation des incendies par la réduction des combustibles végétaux, en garantissant une rupture de la continuité du couvert végétal et en procédant à l’élagage des sujets maintenus et à l’élimination des rémanents de coupes ». Le Préfet dans le département arrête les modalités d’application du présent article en tenant compte des particularités de chaque massif. Sur le terrain, il s’agit de couper à ras du sol les plantes herbacées, les arbrisseaux, les arbustes et certains arbres.  Les grands végétaux restants doivent être répartis de manière à ce que la propagation d’un incendie ne puisse se faire de l’un à l’autre.  De plus, l’élagage des branches basses des arbres ou arbustes subsistants, doit être réalisé jusqu’à une hauteur de 2 mètres. Enfin, l’ensemble des végétaux coupés doit être évacué ou incinéré, lorsque la réglementation en vigueur dans votre commune le permet. « 

Les rédacteurs de la brochure poursuivent sur un ton menaçant : « Si vous n’effectuez pas les travaux nécessaires, vous vous exposez à des sanctions (une contravention dont le montant peut s’élever à 1500 euros). Par ailleurs, les autorités peuvent vous mettre en demeure de réaliser le débroussaillement dans un délai imparti. Si malgré tout, vous n’effectuez pas les travaux, la nouvelle loi forestière* prévoit une amende pouvant s’élever à 30 euros par mètre carré non débroussaillé. En dernier recours, la commune peut faire exécuter les travaux d’office à vos frais. « 

J’ai donc entrepris de débroussailler (1), au sécateur et à la scie, tout autour de la maison. Je coupe les branches basses de petits arbres pour justifier leur maintien; j’essaye aussi de ne pas supprimer trop de genévriers, tout en les espaçant. Quand il est droit, je met de côté le tronc des genévriers pour en faire des piquets, imputrescibles ou presque. L’accumulation de ronces mortes est par endroits impressionnante (Fig. 2). Au cours de ce nettoyage, probablement nuisible à la biodiversité quoiqu’en dise la brochure de la Région, je découvre un grand poirier couvert de fruits gros comme des noix et deux pommiers avec des pommes vertes à reflets rouges qui sont, elles, fort présentables. Je les surveille en me demandant quand elles seront mûres à point, peut -être lorsque les blaireaux, lérots et autres mammifères, plus experts que moi, les auront mangées.

Fig. 2 : Derrière les ronces se cache un poirier

Après le débroussaillage, l’abattage

Le broyage des broussailles se fait avec un broyeur électrique de jardinier amateur : peu au fait des règles de la publicité rédactionnelle, j’invite les personnes intéressées à me contacter par l’intermédiaire de la Gazette s’ils veulent profiter de ma petite expérience, qui se limite à 3 marques. Les amis de passage, les petits-enfants ont été mis à contribution pour enfourner les broussailles et se piquer au passage mais le résultat est un produit réjouissant pour couvrir le sol nu au pied des jeunes arbres que j’essaye de planter. Il me faudra revenir sur ce sujet dans un autre chapitre.

La forêt est installée sur la pente raide qui domine la maison. Je n’ai pas l’intention de respecter les recommandations de la Région qui suggère d’espacer les houppiers des grands arbres de 5 m. Cependant il est évident que quelques très grands pins, s’ils s’abattent en flammes, tomberont presque certainement sur le toit. Je conviens avec le bûcheron local de leur abattage et lui demande de me débiter les troncs en tronçons de 30 cm, qui est la longueur des bûches qu’il est possible d’enfourner dans la cuisinière. Il apparait que si ces pins étaient si grands, c’est parce qu’ils plongeaient leurs racines dans ce que les parisiens appellent une restanque, et que l’on nomme une planche en pays niçois. Cette information m’est confirmée par des gens du pays qui m’apprennent qu’à cet endroit il y avait des vignes. Je n’ai pas l’intention de pousser le défrichage jusque là et en plus je n’ai pas le droit de réaffecter cet espace, classé boisé, mais je vais profiter de la clairière pour planter d’autres châtaigniers. Les deux plants dont j’ai fait l’essai en sous-bois l’hiver dernier ont passé l’été en bonne forme sans arrosage. En plus, un de mes voisins permaculteurs me fait voir un jeune noyer, avec deux feuilles, qui devrait profiter du regain de lumière (2). Cette clairière est séparée de la maison par un rideau de jeunes chênes ou plutôt de rejets de chênes issus de souches qui témoignent d’une exploitation passée, assez radicale.

Après le passage du bûcheron, il y a bien entendu les troncs des pins coupés mais aussi un amas de branches considérable, qu’il faut évacuer avant qu’elles ne sèchent et qu’elles ne constituent un danger d’incendie pire que celui que nous voulions éviter. En cette période d’été où le sol est impossible à travailler, le travail forestier m’apporte une nouvelle occasion d’activité physique intense, peut-être est-ce bon pour entretenir la forme. Je commence par broyer les petites branches couvertes d’aiguilles puis à la suite de plusieurs lectures, je m’avise que les broyats de résineux n’améliorent pas vraiment le sol et je termine en laissant un tas de branchages à l’écart de la forêt. Les grosses branches sont empilées en un autre tas et destinées à être tronçonnées plus tard. Il reste les morceaux de troncs. Le bûcheron et d’autres avis autorisés me disent qu’il est plus facile de les fendre quand le bois est frais et qu’il est nécessaire d’exposer les bûches fendues aux intempéries pendant au moins un an pour qu’elles sèchent. J’imagine que la pluie « sèche » le bois en rinçant la sève, la résine. J’achète un merlin, un coin, une masse et commence à débiter. Assez rapidement, je casse le manche en bois du merlin : je dois m’avouer que la cause en est ma maladresse plutôt qu’un excès de force virile. La tâche me semble immense et je confie mon découragement au voisin : il prend un air entendu et m’amène une machine électrique à fendre les bûches, petite mais lourde, stable et efficace dans sa lenteur. A partir de ce moment et avec l’aide de vacanciers de passage, le tas s’est mis à progresser : il y aura tout ce qu’il faut pour l’hiver 2010-2011 et peut-être davantage (fig. 3).

(à suivre)

(1) Beaucoup plus récemment au cours d’une formation en permaculture dont il sera question dans un prochain numéro de la Gazette des Jardins, j’ai appris que la destruction des taillis et branches basses serait contre-productive car elle favoriserait la circulation de l’oxygène nécessaire à la combustion.

(2) depuis que ces lignes ont été écrites, le noyer est mort, peut-être sous l’effet de ma sollicitude (apports occasionnels de compost et d’eau) et les châtaigniers sont morts aussi, à un an d’intervalle, probablement sous l’effet de la sécheresse.

Fig. 3 : Le bois fendu doit être exposé aux intempéries pendant au moins un an.