Aventures en permaculture – 11, LES FIGUIERS

13 septembre 2012,

par Ghislain Nicaise

11- Les figuiers (La Gazette des Jardins n° 92, Juillet-Août 2010)

Des figuiers pour tenir le talus, et pour se régaler

La maison-base de mes tentatives de permaculture à La Penne a été construite par le précédent propriétaire avec d’importantes excavations et le terrain plat qui prolonge la terrasse est principalement composé de remblai. Le chemin d’accès à la maison est ainsi surplombé par un talus dont la pente, qui me semble trop raide, aurait besoin d’un soutien. J’ai parié que les racines de figuiers pourraient remplir cette fonction (Fig. 1), pourvu qu’il n’y ait pas d’inondation exceptionnelle avant qu’elles n’aient pu se développer suffisamment. Bien entendu les figuiers portent aussi la promesse de figues, celles que les oiseaux et les guêpes nous laissent.

Fig. 1. Jeune plant de figuier Dalmatie, dont les racines devraient un jour aider à maintenir la pente du talus. De jeunes plants de courges issus du compost sont en train de pousser à son pied.

Quels figuiers planter ?

Dans notre petit jardin de Nice il y a deux figuiers, à partir desquels je fais des marcottes. Le plus développé porte des grosses figues vertes, qui peuvent atteindre la taille d’un poing d’enfant. J’en avait acheté le plant il y a une bonne vingtaine d’années, avec le souvenir de m’être régalé de grosses figues vertes cueillies sur l’arbre dans ma jeunesse, sans me soucier alors du nom de la variété. Après consultation récente d’un ou deux ouvrages (1, 2) et d’internet, j’ai conclu que cette figue généreuse devait être la Dalmatie. Comme d’autres variétés populaires, la Figue (de) Dalmatie a plusieurs noms : San Pietro, Du Japon, Blanche Navello… Pour la plantation dans notre montagne, outre une mise à fruit rapide (2) elle aurait deux qualités importantes bonne résistance à la sécheresse et très résistante au froid (1).

Faute de place au soleil dans le petit jardin de Nice, l’autre figuier a été planté dans un coin ombré mal exposé. Il ne donne que peu de fruits mais permet de conserver la variété et la multiplier, un des attraits principaux du jardinage étant de pouvoir donner ou échanger des plants. Ce figuier est issu d’un arbre que j’avais planté pour mon père à Draguignan. Je me souviens que le marchand l’appelait Goutte d’Or et que pour lui c’était la variété qui s’imposait. J’apprends par les livres (1, 2) que la Goutte d’Or s’appelle aussi Dorée ou Figue d’Or, elle serait également très résistante au froid (1).

Ces deux variétés seront donc essayées mais la facilité de multiplier le figuier par les marcottes spontanées trouvées au pied de l’arbre a réveillé le collectionneur qui sommeille et je ne me suis pas arrêté là. Lors de vacances dans les Pyrénées Orientales j’ai pu mettre en pot une variété porteuse de fruits violets à long col qui devrait être Abicou, un cultivar ancien pour lequel on recense plus d’une dizaine de synonymes. A la foire aux plantes de Bormes les Mimosas où j’étais allé prendre livraison de 3 oliviers Aglandau et de deux mandariniers Satsumas, je n’ai pas pu résister à faire un tour du côté des figuiers ;  j’ai acquis, sur les conseils du pépiniériste qui je crois était Pierre Baud lui-même, un plant de Pastilière et un de Noire de Caromb.

Du jardin de notre fille et du jardin de son voisin, entre Aix et Marseille, sont issus un plant porteur d’une petite figue noire, qui pourrait être la Ronde de Bordeaux (1), un autre qui produit une moyenne figue verte (la Marseillaise ?) et un troisième qui donne de grosses figues rougeâtres, juste comme il faut. J’espère que cette dernière est bien ce que je crois, identifiée comme la Madeleine de deux Saisons, très résistante au froid selon Pierre Baud (1). Je me demande si cette figue n’est pas la même que la seule variété locale que j’aie pu repérer, celle qui pousse avec vigueur sous l’église du village de La Penne et dans le jardin de mon voisin. Avec cet assortiment de 8 variétés différentes, il ne reste plus qu’à attendre deux ou trois ans les résultats. Je suis satisfait de ma modération relative quand j’apprends qu’environ 300 variétés de figuiers sont répertoriées en France. Je note cependant que les livres mentionnent une variété extrêmement résistante au froid, Brown Turkey, qui pousse jusque dans le nord de l’Angleterre (1), à garder en mémoire quand je serai lassé que les gelées détruisent mes plantations.

De toutes façons je me sens conforté par les auteurs pionniers, ceux qui ont inventé le mot permaculture : « As many species (and varieties) as possible should be planted »(3). Il faut planter autant d’espèces et de variétés que l’on peut. C’est ce que je fais.

Les mystères de la sexualité (des figuiers)

Dans mon jardin de Nice ont poussé spontanément à quelques années d’intervalle deux figuiers qui n’ont jamais porté que des fruits immangeables dont l’intérieur était rempli d’une sorte de foin granuleux. Plusieurs personnes m’ont affirmé qu’il s’agissait de figuiers mâles, ce que j’avais pris pour une appellation populaire sans exactitude botanique. D’autres sources parlent de caprifiguiers, ce qui me confortait dans l’idée que ces arbres seraient aux figuiers fructifères ce que l’oléastre est à l’olivier, un plant sauvage issu de semis, mais pas plus mâle que les bonnes figues ne sont femelles. J’avais aussi entendu parler du blastophage, un petit hyménoptère qui serait nécessaire à la fructification. Lorsque je jardinais un figuier dans la région lyonnaise, je faisais tomber d’un coup de pouce les premières fructifications (figues-fleurs) qui ne devenaient jamais comestibles, pour hâter la venue des bonnes figues d’automne avant qu’il ne fasse trop froid. Je croyais alors que les premières étaient stériles parce que non fécondées par le blastophage, j’étais selon mes récentes lectures dans l’erreur.

Je vais essayer de résumer ce que j’ai retenu, sans avoir tout compris de la complexité des modifications apportées par l’homme à Ficus carica, par la sélection des fruits les plus savoureux et l’adaptation de cet arbre semi-tropical aux climats tempérés (4). Des informations intéressantes sur le blastophage, sa femelle ailée et son mâle aptère, peuvent être également trouvées sur internet (5).

Selon le dessin très pédagogique trouvé dans l’ouvrage de Peter Bauwens (Fig. 2), la figue contient fondamentalement des fleurs femelles et des fleurs mâles dans le même réceptacle charnu.

Fig. 2. L’intimité de la figue exposée en un dessin  (2) (page 17 du Bauwens)

Dans les figuiers qui nous intéressent, les fleurs femelles prédominent et de toutes façons elles se passent des mâles. Elles ont oublié la merveille de coévolution entre l’insecte (Blastophaga psenes) et le caprifiguier. On dit qu’il y a parthénocarpie, en clair la naissance de fruits succulents mais sans graines. L’homme a pris le relai de la guèpe pour une autre évolution en domestiquant le figuier. La parthénocarpie n’est pas rare sur les fruitiers domestiqués, pour ne prendre que des exemples de mon jardin de Nice, le bananier est d’une variété qui ne produit jamais de graines, comme pour les bananes que l’on trouve dans le commerce, l’oranger n’a pratiquement pas de pépins, et l’avocatier Bacon produit parfois une quantité de petits fruits sans noyau, à côté des fruits normaux fertiles.

La dure réalité de l’hiver

Le premier hiver, particulièrement froid, m’inspire une certaine inquiétude. Au mois de mars les bourgeons semblent bien secs. Ceux qui ont été recouverts d’une chaussette dépareillée pour les protéger ne semblent pas plus vaillants que les autres. Au début du printemps toutes les parties aériennes semblent mortes, alors qu’en plaine les feuilles de figuier sont épanouies. Tout le monde me disait « ils vont repartir du pied », je n’y croyais pas trop et début mai, c’est pourtant ce qui s’est produit, sur Ronde de Bordeaux, Goutte d’Or et Noire de Caromb mais pas sur Dalmatie, qui était pourtant représentée par deux plants. Je n’avais planté en pleine terre que ces quatre cultivars, les autres attendent en pot à Nice. Je continuerai à planter des figuiers cette année, en espérant que les prochains hivers seront moins rigoureux (6). Puisque les trous sont faits et que j’ai les plants tout prêts, je réinstalle déjà un deuxième plant, pour Goutte d’Or et Ronde de Bordeaux, à côté des souches renaissantes de ces variétés. Si les parties aériennes doivent se refaire chaque année, nous ne sommes pas près de manger nos figues.

(à suivre)

(1) Pierre Baud 2007, Le figuier pas à pas, Edisud

(2) Peter Bauwens 2008, Figues de tous pays, Edisud

(3) Bill Mollison & David Holmgren. Permaculture one. A perennial agriculture for human settlements. Transworld (Corgi, Bantham) 1978, Melbourne.

(4) http://www.loire-baratte.com/Figuier.htm

(5) http://www.educ-envir.org/~euziere/science/article.php3?id_article=293

(6) Après les froids destructeurs de février 2012, j’ai l’a satisfaction de constater que tous les plants établis (ayant survécu au premier hiver), ont très bien résisté mais pas la grosse bouture de Dalmatie qui ne datait que de l’année 2011, pourtant bien exposée et bien protégée.