Fin du monde et discours anti-écolo

22 décembre 2012,

par Ghislain Nicaise

Le 21 décembre sur France-Inter, fin du monde oblige, Pascal Bruckner a pu à nouveau pourfendre les écolos semeurs de peur. Il a dit qu’il avait peur « de la culture de la peur » en l’illustrant par la citation de l’article de la revue scientifique Nature de juillet dernier qui évoquait la possibilité d’une disparition de l’humanité au XXIe siècle. Puis plus loin « toutes les dictatures gouvernent par la peur »… « la peur est toujours le chemin vers la servitude ». On voit l’amalgame montrer le bout de son nez, le point Godwin n’est pas loin. Le dérèglement climatique serait « le symptôme et le symbole » de la peur dominante..

Pascal Bruckner dénonce « la contradiction du catastrophisme dans lequel nous baignons » à propos de l’inertie prévisible du changement climatique. Il est clair que si des politiques parvenaient à imposer dès maintenant l’effort énorme de sobriété que demande une stabilisation raisonnable du réchauffement, on peut prévoir que nos populations manifesteraient rapidement leur indignation en apprenant que la température continue à monter malgré les restrictions. Il sera(it) difficile de leur expliquer qu’elle monterait encore plus haut si on avait continué à brûler allègrement (jeu de mots assumé) les combustibles fossiles.

Il ne s’agit pourtant pas d’une contradiction logique dans le discours des climatologues mais d’un obstacle pédagogique majeur rencontré par l’écologisme. L’absorption du CO2 en excès par la biosphère est lente à l’échelle de nos vies éphémères.

Pascal Bruckner alors fait le scoop en suggérant de « prendre les 4° de température supplémentaires comme acquis » et de s’en accommoder, en particulier pour développer les pays qui ne sont pas à notre niveau de consommation (noter la touche altruiste). Il est difficile de séparer dans le discours de Pascal Bruckner l’inconscience du cynisme : en fait peu lui importe que la limite nord du Sahara remonte à Marseille, à Lyon ou à Lille, ce sera le problème de nos petits-enfants et de leur « génie humain».

Un auditeur lui a opportunément rappelé la difficulté qu’il y avait à soutenir dans son livre une croissance infinie dans un monde fini mais Pascal Bruckner s’est comme on s’y attendait réfugié derrière le génie humain qui selon la pensée toute faite dominante doit nous tirer de toutes les situations difficiles. Le journaliste qui animait l’émission, Patrick Cohen, n’a pas été aussi incisif qu’il peut l’être sur d’autres sujets. Un vrai débat aurait dû alors aborder le thème de la Prospérité sans croissance de Tim Jackson. Un vrai débat aurait fait apparaitre qu’il y a des écologistes qui voient dans la fin du pétrole une chance pour une société meilleure.

Et si Pascal Bruckner qui s’est accordé le beau rôle du « même pas peur » avait tout simplement peur du changement ?

Ghislain Nicaise