Méditation : « Cendres et neige » de Gregory Colbert

26 février 2013,

Par Saura LoirIMG_0839

La blancheur nue d’un bras qu’on devine de femme et qui se tend vers la paluche grossière aux doigts noueux et crochus d’un chimpanzé. La main et la patte se cherchent, se trouvent, s’entrelacent, se caressent avec une douceur, un respect infinis. Pas de hâte, nulle intention cachée. Juste deux êtres à la fois  proches et pourtant si différents qui cherchent à se rencontrer et à se connaître, en silence. La main ne suffit pas, il faut la goûter pour mieux la connaître, cette peau glabre si blanche, lisse, différente. La langue paisible de l’animal remonte le long du bras, pas vorace, non, juste attentive, à l’écoute.

Ou :

Des dunes, un enfant assis, immobile. Tout près de lui un couple de guépards. Tout est calme, une brise légère soulève le pagne blanc de l’enfant ; dans la lumière sépia un des félins se lève paresseusement et s’éloigne.

Ou encore :

Baignant dans l’eau, un corps d’adolescent lové entre les pattes désarmées d’un éléphant.

Une telle harmonie, une telle confiance. On se prend à rêver : si le jardin d’Eden a existé, c’est ainsi qu’il devait être. L’Homme et l’Animal – dont nulle préoccupation de survie ne vient troubler la pure joie d’être – coexistant en paix, rêvant en silence, absorbés en eux-mêmes. Disparue la lutte pour la nourriture et les combats pour le territoire, envolé le besoin de pouvoir et de domination. Tout est donné, le Père s’en charge.

A ceci près que dans ce Jardin-ci le végétal est absent. Pas de végétal, pas de pommier, pas de pomme à croquer, pas d’interdit à braver ni de volonté divine à défier. Pauvres Adam et Eve, condamnés à être heureux pour l’éternité. A rester éternellement enfants, privés de ce libre arbitre qui fait l’Homme et le distingue de l’animal. Le Jardin est très beau, l’Harmonie et la Paix  y règnent souveraines, la Mort n’existe pas, donc la Peur non plus……… . c’est à périr d’ennui !

Et si c’était cela l’arme suprême du Malin : l’Ennui? Sa suprême astuce pour établir sa puissance et sa domination ? Partant de cette supposition tout serait à revoir, cette peur de la Mort sur laquelle tant d’esprits brillants et éclairés ont écrit et disserté se verrait accuser de ringardise, juste bonne à remiser au cabinet des accessoires.  Ennui, sublime Ennui, label de qualité des esprits supérieurs voire des classes supérieures, que la vieille Angleterre du temps de sa splendeur avait consacré avec le joli mot de « spleen » (tellement plus chic que « rate » en français, l’organe considéré responsable des troubles mélancoliques).

Mais je m’égare, signe du pouvoir enchanteur de ces images qui vous transportent dans d’autres mondes, sur d’autres rivages. Dans mon besoin de partage je voulais juste signaler aux amateurs de beauté, de poésie et de rêve qui ne la connaîtraient pas encore, l’œuvre de l’artiste canadien Gregory Colbert et en particulier « Ashes and snow » (la magie de son œuvre sourd déjà de ce titre). A picorer en abondance  sur l’Internet comme le petit film qui a inspiré ce commentaire.

Faites de beaux rêves…

Saura Loir