Minerai de viande

7 mars 2013,

Par Sophie Chauveau

Chaïm Soutine

Chaïm Soutine

Du cheval dans les lasagnes? La belle affaire, il y a surtout de la merde. Des haridelles mélangées à du cochon, du rat et le petit doigt d’un manutentionnaire distrait. Qui en doutait? Il y a sûrement pire mais notre imagination est trop archaïque pour se le représenter. On n’a pas encore idée de ce que le modernisme de l’agroalimentaire maffieux est capable d’inventer pour nous entuber. Pour s’enrichir.

Aussi est-ce dégueulasse. Absolument dégueulasse. Immangeable, mais alors vous dites-vous, je vous entends, pourquoi diantre, y a-t-il des gens pour en acheter, et pis pour s’en nourrir?

Mais parce que ça ne vaut rien! C’est assez bon marché apparemment pour être vendu partout à bas prix. Des gens sont mêmes capables de se mobiliser pour empêcher les grandes surfaces de détruire leurs stocks dénoncés comme dangereux! Au lieu de les détruire qu’on nous les donne. La faim? La crise?

Pas cher, croyez-vous, en êtes vous si sûrs? Parce qu’en réalité c’est extrêmement coûteux cette affaire d’empoisonnement général.

À combien évaluez-vous votre santé, notre santé, la santé publique? La moitié de nos contemporains a déjà perdu deux de ses cinq sens, son odorat est passablement dévoyé pour ne plus sentir ce qui réellement pue mais qu’il met dans sa bouche, quant à son goût, il y a longtemps qu’il est perturbé. On nous empoisonne à petit feu, de même que la grenouille ne bondit pas quand on la jette dans l’eau froide, ensuite quand on monte doucement le feu, elle meurt tranquille bouillie dans sa casserole.

 

Pour arriver à ce magnifique résultat, il a bien fallu polluer une partie de la planète. Mais puisque c’est pour la nourrir!

À bien observer le circuit accompli par ce « minerai de viande » comme on appelle ce qui va atterrir dans notre assiette sous forme de lasagnes, paupiette, plats préparés, c’est à dire « fourrés audit minerai », il lui faut parcourir treize pays, croiser autant de maffieux qui se sucrent au passage, en relayant ladite matière, et même parfois en y ajoutant leur grain de sel, en lui faisant subit quelques métamorphoses. Allez y reconnaître le porc breton du bœuf normand, du cheval roumain…

Sans crainte de trop se tromper, on peut en déduire que de gros intérêts sont en jeu et qu’ils sont prêts à tout pour que leur vilain bizeness ne s’interrompe surtout pas.

Alors, je pose la question, qui est coupable?

Vous? Moi? Eux? Tous ceux qui y touchent, tous ceux qui laissent faire, voire y contribuent, en tous cas, ferment les yeux sur cette transformation industrielle. Les fabricants dudit minerai bien sûr, mais aussi les revendeurs, les acheteurs, les consommateurs, cantines de toutes sortes pour particuliers peu regardants ou paresseux.

Tant que nous ne nous mobiliserons pas pour cesser de consommer, de commercialiser, de laisser transiter, de mettre sous plastiques ces fallacieuses nourritures aménagées, transmutées comme le corps du Christ à la communion, c’est d’abord nous qui serons coupables de ces aberrations. Victimes peut-être mais surtout coupables. Coupables de produire des bêtes camées aux antibiotiques à un tel point que leurs éleveurs sont tous antibiotico-résistants; coupables de laisser vivre et mourir ignoblement des animaux qu’on traite comme il n’est pas permis de traiter le vivant. Ce qui nous fait consommer du concentré de douleurs infligées intentionnellement qui doivent forcément se retrouver quelque part et causer quelques peines au fond de nous.

Même nos agriculteurs sont changés en chimistes, en empoisonneurs. Ils ont beau mettre des masques hermétiques pour répandre leurs engrais mortifères, les produits ainsi cultivés, on les mange tous sans masque.

 

Ainsi a-t-on entériné puis accepté la mort des cultures locales, vivrières, de proximité. Si ça n’avait été que pour manger des pèches en hiver!

Celui qui mélange cheval, cochon et bas morceaux de bœuf ou de n’importe quoi dans les plats préparés pour humains, fait réellement n’importe quoi. La vache folle, la tremblante du mouton et autres Creutzfeld-Jakob

ne lui ont pas suffi. L’agroalimentaire remet ça. Au tour des poissons! La terre n’est pas assez grande, on va contaminer les mers.

Qui mange, achète ou vend des plats préparés est coupable. Et c’est moi, c’est eux, c’est vous, tous consommateurs insouciants, qu’on en bouffe soi même ou qu’on se fiche éperdument de savoir qui s’en repait, ni dans quelles cantines, gargotes, cuisines infernales se mijote la mort de la planète, tous, nous sommes tous coupables, condamnés et coupable. Qu’on le sache ou qu’on veuille l’ignorer parce qu’on a les moyens de manger bio, tous nous trempons nos cuillères dans ces chaudrons-là.

Hier on a trouvé du caca dans les tartes chez Ikea.

La boucle est bouclée.

Sophie Chauveau