Aventures en permaculture – 15, LES AMANDIERS

8 août 2013,

par Ghislain Nicaise

15- Les Amandiers (d’après La Gazette des Jardins n° 96, mars-avril 2011)

Il faut planter des amandiers

Nous sommes en Provence, même si c’est la Provence extrême orientale et si l’altitude de 750 m nous vaut des froids sévères, l’amandier fait partie de notre culture agricole. En hommage à Brassens j’aurai le plus bel amandier du quartier. Vous pouvez vous reporter au tableau publié dans l’épisode précédent pour illustrer mon aventure avec les noix : les amandes y figurent, très pauvres en oméga 3 mais deux fois plus riches en protéines que les autres (avec 20 % du poids, c’est autant que dans la viande) et bien placées pour les oméga 9. Pour les protéines, vous savez peut-être qu’il y a des acides aminés essentiels, aussi nécessaires que les acides gras essentiels que nous avons évoqués dans le dernier épisode. L’amande, comme les céréales, est un peu pauvre en méthionine (3 fois moins que dans de la viande), pour faire de bonnes protéines, il sera donc recommandé de la compléter avec des légumineuses ; j’aime particulièrement les pois chiches, qui poussent sans qu’on les arrose et sont excellents froids en salade, accompagnés ou non.

Le premier amandier

La floraison des amandiers annonce la fin de l’hiver. La première précaution pour ne pas voir geler l’arbre en fleur est de planter des variétés tardives. L’amandier a besoin d’hivers courts (1). Sur l’excellent site pommiers.com je repère tout de suite le cultivar Aï, bien positionné dans l’ordre alphabétique, de « floraison très tardive en mars…résistant au gel et aux maladies cryptogamiques« . Je profite d’une commande groupée avec mes voisins permaculteurs auprès d’un pépiniériste dont les plantations, en moyenne altitude, bénéficient d’un climat comparable au nôtre. La petitesse du paquet est inquiétante : au déballage l’amandier Aï a le tronc de l’épaisseur de mon petit doigt et s’élève royalement à 60 cm au dessus ImageJ=1.38xdu sol. Je me dis que l’amandier étant hors du périmètre clos, si un chevreuil décide d’en faire son déjeuner, il n’y aura plus d’amandier. Je décide de mettre une protection de fil de fer barbelé enroulés autour de piquets de fer dont le précédent propriétaire m’a laissé un stock en prévision d’une clôture. Je suis gêné : que vont penser mes amis écolos de la pose de barbelés ? Je suis perplexe aussi parce que ce n’est vraiment pas beau. Un an après, le petit amandier n’a pas grandi mais je lui retire son carcan.

Fig. 1. La promesse d’amandier juste après plantation.

Quatre ans plus tard il est un peu plus fourni (voir Fig. 2) mais n’a toujours pas fleuri.

Le deuxième

Notre deuxième amandier a aussi été acheté en racines nues mais à un autre fournisseur. J’évite de nommer les pépinières qui ne m’ont pas enthousiasmé mais pourquoi ne pas signaler que l’arbre expédié par le Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine était superbe, bien emballé, et valait bien ses 25 euros. C’est un Ferragnès, capable de fertiliser l’amandier Aï avec réciprocité, si un jour ce petit Aï tendance bonsaï se met à fleurir. La variété Ferragnès est une obtention de l’INRA, ce qui en général est une bonne garantie de résistance aux maladies. Selon le site pommiers.com on peut lire : « Coque tendre, amande claire à gout sucrée avec une légère nuance de cacao et de poivre…arbre vigoureux de très bonne productivité » .

L’arbre, greffé très haut, à hauteur de mon visage, est reçu le 20 janvier. Je le plante le 22 avec quelques craintes ; il fait vraiment froid, on me dit que ce n’est pas le moment mais je ne me vois pas le stocker en jauge dans la cave. Pari gagné : il a très bien pris et commencé à se ramifier pendant l’été.

Le troisième

 L’amandier est une essence de sol profond, caillouteux et riche en calcaire (minimum 10 % – 1). Notre terrain est pratiquement dépourvu de calcaire, c’était un avantage pour les châtaigniers mais pas pour la plupart des autres arbres fruitiers. Je commence à remplir le trou pour un troisième amandier avec un tas de vieux os récupérés du compost et plusieurs brouettes de marne mélangées à l’argile. Comme les deux précédents, cet amandier est planté à mi-pente, ce qui devrait éviter l’accumulation d’eau. Le trou trop grand a été creusé à la pelle mécanique par un artisan qui voulait m’en donner pour mon argent. Au moins le sol sera profond à défaut d’être caillouteux. Je pensais y planter à l’automne un Ferraduel bien formé en pot. Comme son nom le suggère, c’est aussi une production de l’INRA, et les deux variétés Ferragnès et Ferraduel doivent être associées pour une fertilisation croisée. La pépinière qui est sur mon trajet a de superbes Ferragnès mais leur Ferraduel n’existe que sur le catalogue internet. Tant pis pour eux, je retourne vers le Conservatoire d’Aquitaine qui à défaut de Ferraduel propose la variété Texas « Arbre vigoureux, à port dressé, à mise à fruit assez rapide, facile à former, productif. Floraison moyennement tardive« . Selon d’autres sources c’est carrément une floraison tardive(1), et de plus un bon pollinisateur. Enfin Texas serait autofertile. J’aurais peut-être dû commencer par planter Texas mais un nom américain pour un arbre provençal originaire d’Asie, ce n’est pas vendeur. En cherchant bien on peut se procurer un autre amandier autofertile anglo-saxon appelé « All-in-One », à garder en mémoire si les essais en cours ne sont pas concluants. Je plante cet amandier Texas le 27 décembre après avoir praliné ses racines à l’argile. Je mets un gros tas de feuilles de chêne au pied en espérant que cela ralentira la progression du gel vers les racines. Il a bien passé l’hiver, a fleuri, amorcé de nombreux fruits, mais n’a pas résisté à l’été très sec qui a suivi. J’enfreins la règle élémentaire, qui veut que lorsqu’un arbre meurt l’on ne replante pas le même arbre au même endroit, et à l’automne 2012 je plante un autre Texas en gardant à côté le rejet du porte-greffe du premier. Je me dis que je pourrai faire une greffe par approche, à la portée du mauvais greffeur que je suis, et que je doublerai le volume d’amandier utile.

Le quatrième

Au printemps 2013 en me promenant dans le rayon fruitier d’une jardinerie, je trouve enfin Ferraduel. Il ImageJ=1.38x

Fig. 2. Au premier plan Aï, l’amandier tendance bonsai qui a fini par s’étoffer un peu, au centre à l’arrière plan Ferragnès qui culmine à plus de 4 m et à gauche Ferraduel, silhouette sombre qui dépasse un peu de la ligne d’horizon boisée.

bénéficie pour sa reprise du printemps « pourri »(une bénédiction pour notre région habituellement trop aride) et à ce jour c’est le seul qui porte des amandes, il est vrai conçues lors de son existence antérieure, dans la promiscuité de la pépinière.

(à suivre)

(1) A. Pontoppidan. 2008. Fruitiers au jardin bio, arbres et arbustes. Terre Vivante.