Impressions partielles et partiales des JDE d’EELV

26 août 2013,

par Ghislain Nicaise

Pour une vision globale journalistique des Journées d’Eté (JDE) d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), vousLogo EELV pouvez vous reporter à vos sources d’information habituelles. Ce qui suit est encore plus subjectif et biaisé. Je me permets cette critique indirecte de nos confrères parce qu’un ami m’a dit que les médiums avaient surtout retenu de ces JDE la tribune de Christiane Taubira. Son discours était certainement un grand moment d’art oratoire, un régal pour qui apprécie la langue française mais pour moi il ne résumait ni les échanges ni le torrent d’information qui ont traversé ces JDE.

Ce que j’ai retenu d’abord, c’est l’entrée en fanfare du mot et du concept (parfois flou) de transition. Mieux, le vendredi 23 août, sur la grande scène en plein air, devant près de 2000 personnes assises stoïquement en plein soleil, une séance plénière avec un titre qui n’aurait pas même fait l’objet d’un atelier discret aux JDE de l’an dernier :

Prospérité sans croissance, villes en transition.

Le terme de prospérité sans croissance renvoie à l’ouvrage de Tim Jackson, que nous avons déjà signalé sur le site du Sauvage et le terme de villes en transition au mouvement des transition towns lancé par Rob Hopkins. Ces deux références accordent une importance majeure au pic pétrolier et au déclin des sources d’énergie en général. On est donc loin de la croissance verte qui reste implicite dans le discours de la majorité d’EELV.

La tribune avait comme animatrice Sandrine Rousseau, économiste, Maître de Conférences à l’Université de Lille 1, Vice-Présidente du Conseil régional Nord-Pas de Calais en charge de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, membre du bureau exécutif d’EELV. Ce qui m’impressionne en consultant son CV sur internet, c’est qu’elle a publié deux romans policiers. Ce qui m’impressionne moins c’est que sa Région, en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie, a fait appel à Jeremy Rifkin pour une consultation sur ce qu’il faudrait faire pour écologiser, décarboner la région.

Sur ses honoraires confortables de consultant, Rifkin a délégué : c’est un certain Skip Laitner qui est intervenu à la tribune. Cet intervenant n’avait pas vraiment compris à quel public il s’adressait en expliquant en détail qu’il faut rejeter moins de CO2, ce qui n’est pas grave. Le problème est qu’il a tracé les lignes d’un avenir merveilleux grâce aux énergies renouvelables et à la croissance verte, particulièrement dans le Nord-Pas de Calais, région si exemplaire qu’un jour on en ferait des chansons (sic). Ne me faites pas dire qu’il ne faut pas d’énergies renouvelables, d’isolation thermique etc… mais annoncer que ces énergies renouvelables suffiront à prendre la relève des énergies fossiles pour maintenir le niveau de confort énergétique actuel relève pour moi du biais d’optimisme si bien décrit par Tali Sharot .

Mes amis grognons décroissancistes ont pu se calmer en écoutant l’intervention d’Agnès Sinaï qui a suivi. Maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, elle est aussi journaliste indépendante, auteure de plusieurs ouvrages et animatrice de l’Institut Momentum. Bien que modérée dans son propos, elle a annoncé un avenir moins féliciste et plus en accord avec le titre de la plénière. Sa présentation résumait en quelque sorte l’ouvrage collectif qui vient de paraître Penser la décroissance. Politiques de l’Anthropocène (Presses de Sciences-Po) dont elle a assuré la direction. Elle se situait dans la ligne « la décroissance n’est pas un choix » que nous avons eu l’occasion d’exposer sur le site du Sauvage.

Le discours le plus nouveau pour moi de cette matinée a été l’intervention de Jean-François Caron, conseiller régional Nord-Pas de Calais et surtout maire de Loos-en-Gohelle, ville sinistrée par la fin des mines de charbon, transformée sous son impulsion en laboratoire écologiste. Pour les détails je vous invite à explorer le site de la ville. Cette transformation d’une petite ville m’a fait penser à celle de Mouans-Sartoux, plus près de chez moi, l’avantage de Mouans dont l’expérience est plus ancienne étant d’héberger une population plus aisée. Ces villes sont certainement mieux préparées pour un plan de descente énergétique que d’autres.

L’intervention suivante est celle de Dominique Voynet, anciennement médecin anesthésiste, anciennement députée, sénatrice, ministre de l’Environnement et surtout actuellement maire de Montreuil. L’expérience qu’elle relate est forcément différente de celles de Loos et surtout de Mouans, la ville est dix fois plus peuplée, la municipalité écologiste bien plus récente. Les problèmes sociaux l’emportent souvent sur toute autre considération. La descente énergétique est une notion abstraite quand on est déjà au bas de la consommation. J’ai retenu un exemple : on ne parle pas de réduction des emballages alimentaires à des gens dont le seul emballage est un sac de riz de 25 kg dans la cuisine.

Le dernier intervenant est Philippe Meirieu, professeur en Sciences de l’Education à l’Université Lyon 2, vice-président de la Région Rhône-Alpes, clair et brillant comme d’habitude. Malgré la sympathie que j’ai pour cet homme intelligent et sincère, je l’écoute d’une oreille distraite tant j’aurais préféré une intervention sur la permaculture ou seulement l’énergie, plutôt que sur la pédagogie.

Au total, la notion de Prospérité sans croissance annoncée n’a été abordée que par une intervenante sur cinq, EELV a encore des progrès à faire sur ce thème.

Je ne vous décrirai pas la plénière des ministres, spectacle tout à fait réussi et bien couvert par nos confrères de la presse écrite ou télévisuelle. J’ajoute cependant que j’ai été séduit par l’intervention de Philippe Martin, ministre socialiste dont les convictions écologistes m’ont paru sincères.

Ce que j’ai apprécié, c’est la multiplicité des ateliers traitant de questions agricoles et d’alimentation, probablement due au dynamisme de la Commission Agriculture et Ruralité.

Jeudi matin : Le scandale de la privatisation des semences. Jeudi après-midi : Comment mettre fin à la spéculation sur les produits agricoles, puis Les bonnes recettes pour réussir une restauration collective écolo ! Vendredi matin : L’agriculture que nous voulons. Vendredi après-midi : Une loi pour l’avenir de l’alimentation, puis Construire des logements ou protéger les terres agricoles : faut-il choisir ? Samedi après-midi : Les coopératives agricoles : quel rôle dans la transition écologique ?

Ce ne sont que 7 ateliers parmi 144 forums ou ateliers menés simultanément sur ces trois journées. Comme d’autres, j’ai eu parfois la frustration de ne pouvoir me dédoubler mais je ne regrette pas d’avoir affronté la chaleur d’août à Marseille.

P.S. Sur les listes d’échange par courriel, j’ai remarqué le compte-rendu de Gilles Lemaire, ancien secrétaire national des Verts. Il se félicite comme moi de la bonne ambiance et des rencontres enrichissantes mais il déplore le rétrécissement de la palette des invités: la rareté des représentants syndicaux, des organisations écologistes, environnementales, et l’absence de représentants de partis politiques à l’exception du P.S.
Ghislain Nicaise