Oncle Bernard

16 janvier 2015,

Bernard Maris.s« S’étant enrichie en biens échangeables à mesure qu’elle s’appauvrissait en biens non reproductibles (le pétrole, la diversité des espèces), l’Humanité est condamnée à se dévorer elle-même. »

« Non seulement les adversaires de la croissance ne sont pas des ennemis du développement, mais ils sont sans doute les meilleurs défenseurs de la civilisation, l’autre nom du développement. »

Ces deux phrases de Bernard Maris font partie d’une dizaine de citations choisies par l’Obs. Nous venons de perdre le plus écolo des économistes, mais aussi plus qu’un prof de fac non-conformiste, un essayiste de talent, un romancier, et un homme délicieuxIl y a longtemps, lecteur occasionnel d’Hara-Kiri, journal mensuel, je suis devenu lecteur assidu d’Hara-Kiri Hebdo. C’était en 1969, le journal a été l’année suivante transformé en Charlie Hebdo après la publication de la couverture qui célébrait la mort du général de Gaulle  « Bal tragique à Colombey : 1 mort ».

En 1982 Charlie Hebdo a cessé de paraître, en 1984 je suis devenu prof, en 1992 il a recommencé mais j’avais trop de journaux à lire… jusqu’à ce que je découvre que ma mère était abonnée. Ancienne enseignante d’économie passionnée par cette matière, elle était abonnée à Alternatives Economiques et à Charlie Hebdo. Dans Charlie, elle ne regardait pas les dessins, elle ne lisait que les articles de cet Oncle Bernard dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai appris à les apprécier, ce qui ne m’empêchait pas pour ma part de jeter un oeil aux petits mickeys (comme aurait dit Cabu).  J’ai découvert plus tard que la retraitée avait eu une liaison dans sa jeunesse avec le père de Bernard Maris. Je suis né comme lui à Toulouse.

Vers la fin de sa vie, avec mon aide, ma mère a eu quelques échanges de mails avec Bernard Maris et je peux témoigner qu’il a été d’une extrême gentillesse. A gentle man, un homme délicieux comme l’a qualifié Jacques Sapir.

Quand j’ai abordé « L’anti-manuel d’économie » j’ai été admiratif et presque envieux du talent de vulgarisateur et de la plume alerte de l’auteur. « Marx ô Marx pourquoi m’as tu abandonné ? »  écrit en versets, est un petit ouvrage fulgurant. J’ai un peu moins aimé « Houellebecq économiste » mais j’en ai retiré qu’il fallait que je lise Houellebecq, moi qui n’aime pas les romans. Enfin parmi les romans de Bernard Maris, je ne peux éviter de lire au moins celui-ci dont le titre décoiffe Pertinentes Questions morales et sexuelles dans le Dakota du Nord.

Ghislain Nicaise