Si les triangles avaient des dieux, ceux-ci auraient 3 côtés

19 janvier 2015,

dieu et planèteSélection de textes publiée sur le blog Biosphère le 10 janvier 2015 sous le titre « Pour Charlie, la responsabilité de l’abstraction religieuse »

Des fous de dieu assassinent des dessinateurs armés de leur seul crayon ainsi que des Juifs qui faisaient simplement leur courses. Pourquoi ? Parce que les religions du livre, la Bible et le Coran, ne sont qu’une abstraction coupée de la nature et anthropocentrée, source de toutes les interprétations même les plus malfaisantes. Ce qui fait que les croyants peuvent croire n’importe quoi, même le plus stupide. D’ailleurs, si les triangles avaient des dieux, ceux-ci auraient trois côtés. Voici quelques textes significatifs :

In Dieu n’est pas grand (comment la religion empoisonne tout) de Christopher Hitchens(2007 – Belfond, 2009)

Dieu n’a pas créé l’homme à sa propre image. C’est bien sûr l’inverse : explication évidente de la profusion des dieux et des cultes, et des luttes fratricides au sein de chaque religion et entre elles, et qui ont tant retardé le développement de la civilisation.

La définition que donne Spinoza d’un dieu se manifestant au travers du monde naturel revient très largement à exclure l’existence d’un dieu religieux. Et s’il y a une divinité omniprésente et préexistante, il n’y a plus de place pour un dieu qui intervient dans les affaires humaines, et encore moins pour un dieu qui prend parti dans de haineuses violences.

In Nous réconcilier avec la Terre par Hervé René Martin et Claire Cavazza (Flammarion, 2009)

Eveline Grieder : « Avec la fin de la glaciation, autour de treize mille ans avant J.-C., le monde change totalement de physionomie. Une véritable révolution des symboles s’opère alors à la faveur d’une plus grande facilité de vie due au changement climatique. Alors qu’au paléolithique les hommes se vivaient sur le même plan que les autres espèces, on perçoit désormais une volonté de se représenter au-dessus : on peut y voir une déclaration d’indépendance vis-à-vis de la nature.

Voilà qu’au fil de l’évolution, cet être pétri de croyances se met à labourer la terre du soc de la charrue. Cultiver signifie ouvrir le ventre de la terre. C’est une forme d’inceste à l’égard de la terre mère dont on déchire la chair pour la féconder. C’est insupportable. Donc, ou vous arrêtez, ou vous transformez votre regard sur le monde. La question du symbole est indissociable de l’histoire de l’humanité. Dans le Croissant fertile du Moyen Orient propice au développement de l’agriculture, on  a choisi de déchirer le ventre de la terre en la désacralisant ; pour ce faire, on a projeté  dans le ciel les divinités et on leur a demandé l’autorisation de poursuivre le labeur. Et le ciel a répondu : Fructifie, multiplie, emplie la terre, soumets-là…

A partir de là, fin de la Déesse mère et commencement de Dieu le père. Ce passage progressif d’une spiritualité immanente à une spiritualité transcendante va s’étaler sur une dizaine de millénaires. L’appropriation par les prêtres de ces mythes où s’expriment les valeurs d’une société sera une forme de prise de pouvoir. »

Jean-François Malherbe : « Une hypothèse n’a jamais été explorée par les trois religions du livre, celle que Dieu et la nature sont un seul et même être. Savez-vous que Spinoza a été banni de la synagogue d’Amsterdam et qu’il est également considéré comme hérétique par les chrétiens et les musulmans ! Qu’a-t-il bien pu dire qui fasse l’unanimité des trois religions du Livre contre lui ? Il a dit que la racine la plus profonde de la servitude humaine se trouve dans ce préjugé que la Création est une séparation, parce qu’alors toute réunification ne peut être que le fruit d’une médiation. Et l’intermédiaire, c’est toujours un clergé. Mais si Dieu est la Nature et si donc la Nature est Dieu, il n’y a pas de séparation et aucune raison d’instaurer une médiation. Par conséquent, toutes les hiérarchies ecclésiastiques sont des usurpations de pouvoir. On peut comprendre qu’il ne se soit pas fait que des amis parmi les hiérarques. Mais c’est à ce prix que l’on sort de la servitude.

Chaque individu est à la fois naturé et naturant, c’est-à-dire effet et cause, ou encore : nous ne sommes que les relais singuliers et éphémères du mouvement universel et permanent de la nature. »

In Tu es donc je suis (une déclaration de dépendance) de Satish Kumar (2002, parution française Belfond, 2010)

Krishnamurti en 1960 : « La vérité n’est pas dans les livres. Elle ne l’a jamais été. Si elle s’y trouvait, il n’y aurait pas de différence entre la Bible et le Coran, entre la Gîtâ et les sutras bouddhistes. Les religions ne s’opposeraient pas les unes aux autres. Il n’y a pas de vérité dans une guerre religieuse : chaque camp est dans l’erreur. Les religions ne sont que des vecteurs de propagande, et la propagande est le contraire de la vérité. 

Nous appartenons tous à la grande tapisserie de la vie. Si nous en étions tous conscients, les conflits entre pays, entre religions et entre systèmes politiques n’auraient plus lieu d’être. Je ne crois pas faire preuve de romantisme en appelant à l’unité entre les hommes et la nature. Notre existence, l’essence même de ce que nous sommes est inextricablement liée à tout ce qui vit, bouge et respire sur la Terre. Ce fleuve, ces oiseaux, ces grenouilles sont tous en relation avec nous. Si nous comprenons que nous faisons partie intégrante de l’univers, nous cesserons de nous emballer pour un rien, de nous disputer, de nous faire la guerre. Nous vivrions enfin en parfaite intelligence avec la nature.

La certitude se déploie dans un cadre fixe, la réalité est en constant mouvement. Dès que nous adhérons à une croyance, nous devenons incapables de faire face à ces changements permanents. Il faut avoir l’esprit souple pour s’immerger dans une réalité aussi mouvante. »

In Du bon usage de la nature (pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère (1997 – Flammarion, 2009)

Une des caractéristiques du cadre conceptuel de la modernité fut de poser l’extériorité de l’homme à la nature. De ce grand partage, on a décliné les dimensions ontologiques (sujet # objet), scientifiques (sciences de la nature # sciences humaines) et morales (humanisme antinaturaliste) Or, c’est cette partition que les développements contemporains de la science remettent en question. La parenté de l’humanité avec toutes les autres espèces, que le darwinisme avance, permet de surmonter la scission entre le sujet et l’objet.

La nature comme processus se déroulant nécessairement une fois qu’il est enclenché, n’a pas besoin de l’homme : la modernité s’est efforcée de surmonter cette découverte très embarrassante, qu’elle avait cependant rendu possible, en mettant l’homme à l’extérieur de la nature. Il s’agit alors de se réapproprier la nature en affirmant la puissance de l’homme et la dépendance de la nature à son égard : passer d’une natura naturans qui exclut l’homme, à une natura naturata qui est sa chose. Le vocabulaire de la domination assimile le rapport de l’homme à la nature aux rapports des hommes entre eux. On comprend que Spinoza puisse dénoncer là une conception anthropomorphique qui confond lois naturelles et décrets humains.

Textes choisis par Michel Sourrouille