Pesticides

24 octobre 2016,

phytosanitaire-protecthomsLa réponse de Jacques Caplat à la campagne de désinformation de la FNSEA est à lire en Acte 4 de cette pièce.

Acte 1

En mars 2014, 23 enfants de deux classes de l’école primaire de Villeneuve-de-Blaye (Haute-Gironde), ainsi que leur enseignante, avaient été intoxiqués peu après le traitement de parcelles de vignes jouxtant l’établissement. L’enseignante avait été hospitalisée. Cette affaire avait fait grand bruit, la ministre Ségolène Royal avait rapidement annoncé l’interdiction des épandages de pesticides au moins de 200 mètre d’une école, puis un arrêté préfectoral, début 2016, avait essayé d‘encadrer plus sévèrement les pratiques. (Sud-Ouest le 12 septembre 2016).

Acte 2

CASH-INVESTIGATION du 02/02/2016 sur FRANCE2

Produits chimiques : nos enfants en danger

Présenté par Elise Lucet

Les pesticides sont partout, dans l’eau, dans l’air, dans nos aliments…

Ils provoquent, cancers, puberté précoce, autisme, troubles de naissance, anomalies, retard mental, etc… C’est jusqu’à 130 polluants chimiques auxquels nous sommes exposés chaque jour. Les enfants sont les plus vulnérables du fait que leur cerveau et leur corps sont en plein développement.

Toutes ces pathologies seraient issues d’une même cause, la toxicité des pesticides.

Dans les régions les plus concernées par le problème la toxicité est 10 fois plus importante que la moyenne nationale. CASH-INVESTIGATION a fait des prélèvements de cheveux sur des enfants dont les écoles sont proches de cultures traitées, recevant des épandages de pesticides.

Un fabriquant de pesticides répond : il n’y a pas de risque, mais on ne peut pas le certifier !

L’enquête nous mène jusqu’aux multinationales, comme SYNGENTA, BAYER, MONSANTO, DOW, BASF, DUPONT. C’est un marché colossal d’environ 50 milliard de dollars

Acte 3

Le projet de texte encadrant les traitements phytosanitaires est explosif (article de Christelle Stef dans Vitisphère, 4 octobre 2016).

L’arrêté du 12 septembre 2006 qui fixe les conditions d’application des traitements phytosanitaires a été annulé en conseil d’Etat cet été. Les ministères de l’agriculture, de l’environnement et de la santé ont donc élaboré un nouveau texte. « C’est un projet explosif et révolutionnaire », indique d’emblée Eric Thirouin, le président de la commission environnement de la FNSEA. Premier point d’achoppement : les zones non traitées ou ZNT. Les ZNT « eau » seraient ainsi élargies et concerneraient également les fossés. Mais le gouvernement introduit également des ZNT « adjacentes » en bordure des haies, bosquets et forêts. Il souhaite également mettre en place une ZNT de 5 à 20 mètres le long des habitations. « Nous avons calculé à minima que cela engendrerait une perte de 4 millions d’hectares toutes cultures confondues, soit 7 milliards d’euros de chiffre d’affaire », insiste Eric Thirouin.

Acte 4

Commentaire de Jacques Caplat sur les propos d’Eric Thirouin,

À propos du futur arrêté sur les conditions d’usage des pesticides agricoles, plusieurs médias citent, sans la commenter, une phrase prononcée par Éric Thirouin, de la FNSEA : « Ce serait 4 millions d’hectares de cultures, l’équivalent de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, qui disparaîtraient en pleine crise agricole« .

Elle réussit pourtant le tour de force d’emboîter pas moins de 4 énormités qui font bondir tout agriculteur honnête, ainsi qu’une étrange omission très manipulatoire.

1) Prétendre que les bandes agricoles bordant les maisons, jardins et fossés représenteraient 4 millions d’hectares, c’est pour le moins gonflé. Cela représenterait 15% des surfaces agricoles françaises ! Il n’y aurait donc en France que des petites parcelles péri-urbaines, et aucune région de grandes parcelles continues ? De qui se moque-t-on ? Compte-tenu du parcellaire français, les mesures concernées ne devraient pas concerner plus d’un million d’hectare (et sans doute moins encore).

2) La formule utilisée est véritablement grossière dans son outrance, et assez ridicule sur le fond, puisque Éric Thirouin considère explicitement que ne pas traiter ces surfaces les ferait « disparaître ». Disparaître, rien que ça ! Plus c’est gros, plus ça passe ? Une surface agricole non-traitée disparaît par enchantement de la surface de la Terre, et par exemple les 5% de surfaces bio correspondent à des trous béants, à des vortex conduisant de l’autre côté du globe, c’est bien connu ?

3) La notion de chiffre d’affaire perdu est cohérent avec cette absurdité… mais représente donc lui aussi une façon ostensible de prendre les gens pour des imbéciles. Selon la FNSEA, les surfaces non-traitées produisent « zéro » et représentent une perte de rendement intégral, donc une perte de revenu intégral. Une telle outrance est une insulte envers les journalistes et les lecteurs.

4) Même en admettant que les surfaces concernées représenteraient effectivement 4 millions d’hectares (ha ha !) et que leur rendement, en l’absence de traitement, passerait par sorcellerie à « zéro absolu » (ha ha ha ha ha ha !), le nombre avancé de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaire perdu suppose un chiffre d’affaire moyen de 1750 euros par hectare. Sachant que le blé se vend actuellement moins de 200 euros la tonne, et que le rendement maximum envisageable est de 80 quintaux (c’est-à-dire 8 tonnes : ne mélangeons pas les unités !), le chiffre d’affaire maximum d’un hectare de blé est de 1600 euros – et en réalité actuellement à peine de 1200 à 1300 euros. Pour parvenir à une moyenne de 1750 euros par hectare (sachant qu’un grand nombre d’hectares concernés sont moins valorisés que le blé), il faut à nouveau un culot éhonté.

Il reste la possibilité qu’Éric Thirouin ait fait le calcul uniquement à partir du cas particulier de la vigne : il faudra alors lui apprendre qu’il existe d’autres productions agricoles en France, et que tous les terrains agricoles ne sont pas bordés de deux rangs de vigne…

5) Enfin, cette formule sidérante fait étrangement l’impasse sur le fait que les surfaces concernées par l’arrêté continueront évidemment à percevoir des aides de la PAC (politique agricole commune). Dans la mesure où une partie des systèmes de production (notamment grandes régions de céréales et oléoprotéagineux) reçoivent de la PAC un montant annuel supérieur au revenu net des exploitations, l’impact économique du non-traitement d’une bande périphérique s’avère dans la plupart des cas dérisoire.

 Jacques Caplat, est agronome, auteur de L’agriculture biologique pour nourrir l’humanité (Actes Sud, 2012) et Changeons d’agriculture (Actes Sud, 2014), administrateur d’Agir Pour l’Environnement.

Il a été cité ou a collaboré directement à plusieurs reprises sur Le Sauvage :

2016/06/inondations/

2016/03/agroecologie/

2015/02/salon/

2014/12/bio-ou-local-bio-et-local/

Retrouvez son blog en cliquant ici.

Voir aussi sur le même sujet :

La réglementation sur les pesticides risque fort d’être allégée, 22 octobre 2016 / Marie Astier sur Reporterre.