Bouffebio

21 janvier 2017,

agriculture-bio-logopar Jacques Caplat

Le prix des produits biologiques et les aliments pour animaux de compagnie sont deux sujets qui plaisent aux médias car ils permettent une caricature facile, mais dont le traitement est souvent médiocre et trompeur.

1) Surcoûts des aliments biologiques. 

Comparer les prix des aliments bio et non-bio dans les grandes surfaces est un pur non-sens. Cela est parfois peut-être volontaire de la part des grandes organisations agro-industrielles, ce qui serait alors une manipulation scandaleuse ; c’est souvent avant tout une preuve d’incompétence et de grande légèreté méthodologique de la part des journalistes qui relaient l’info sans recul.

En effet, les GMS (grandes et moyennes surfaces) sont structurellement les lieux où les aliments conventionnels sont les moins chers, puisqu’elles sont l’aboutissement de la logique de concentration, d’économies d’échelle verticales (par filière) et d’industrialisation. À l’inverse, elles sont structurellement les lieux où les aliments bio sont les plus chers (sauf quelques exceptions : produits transformés en gamme distributeur, qui sont effectivement moins chers ici, même en bio), puisqu’elles sont à l’opposé des logiques bio de relocalisation, d’économies d’échelle horizontales (par territoire) et de saisonnalité.

Pire : les GMS appliquent une marge proportionnelle, donc plus importante pour les produits bio, et cherchent ainsi à conserver le plus grand surcoût possible, alors que les filières bio spécialisées appliquent une marge « normale » et donc plus faible. La logique des GMS (réduire les marges) ne s’applique en réalité pas dans leurs gammes bio, ce qui rend la comparaison intégralement biaisée et aberrante.
En outre, tous les produits frais bio, en GMS, sont sur-emballés car c’est nécessaire pour éviter des triches avec les produits frais conventionnels de la part des clients, ce qui induit un surcoût. Et ils ne sont pas saisonnalisés, d’où un énorme surcoût.
Le choix même de comparer les prix bio et non-bio « en GMS » est une immense entourloupe. Allez voir sur les marchés, en AMAP et même en magasins bio spécialisés (type Biocoop) : vous constaterez que pour un grand nombre de produits, ils sont MOINS CHERS qu’en GMS. Alors qu’en conventionnel c’est l’inverse, ils sont moins chers en GMS qu’ailleurs.
Cette comparaison est, en termes de protocole scientifique, une totale absurdité : relever les prix des produits conventionnels là où ils sont les plus bas, et les prix des produits bio là où ils sont les plus élevés ! Elle n’a strictement aucun sens. Elle vaudrait un zéro pointé à tout scientifique qui raisonnerait ainsi (et pourrait lui valoir un soupçon de fraude scientifique).

Bien sûr, les produits bio coûtent globalement plus chers que les produits conventionnels… mais avec un écart considérablement plus faible que ce que « Linéaire » affirme chaque année. Le prix moyen de vente des légumes bio n’est pas celui relevé en GMS, mais une combinaison du prix en magasins bio, en AMAP, en GMS et sur les marchés : la réalité des prix concrets des volumes vendus est très nettement plus faible qu’en GMS (puisque les légumes bio vendus sur les marchés et en AMAP, par exemple, sont pratiquement au même prix que les légumes conventionnels, voire moins chers) – alors qu’à l’inverse, le prix moyen de vente des légumes conventionnels est supérieur à celui relevé en GMS puisqu’il est plus élevé dans les autres circuits ! Pourtant, chaque année, quelques journalistes ressortent les mêmes erreurs sans recul. Gros soupir !…

2) Aliments bio pour animaux de compagnie

Le développement d’aliments biologiques pour animaux de compagnie n’est pas dû à une « demande » de luxe. Au contraire, il était plutôt freiné par l’absence d’une demande exprimée, comme si les consommateurs bio avaient honte d’acheter en bio pour leurs animaux. C’est juste un verrou irrationnel qui est en train d’être levé.
Car LA raison du développement de ces aliments est un B-A-BA d’équilibre des filières : c’est là que partent les bas-morceaux qui ne sont pas valorisés dans l’alimentation humaine. Encore heureux que les aliments bio pour animaux de compagnie se développent, ça limitera le surcoût de la viande bio (et pas seulement de la viande, d’ailleurs).
En bio comme en conventionnel, une partie des carcasses n’est pas valorisée vers l’alimentation humaine. L’équilibre classique des filières a conduit, depuis longtemps, à valoriser (peu, mais c’est déjà bien mieux que rien) ces morceaux en les écoulant dans les aliments pour animaux de compagnie. Si une telle filière n’existe pas en bio, cela veut dire qu’une partie de la carcasse est perdue, jetée : c’est alors une perte financière, qui doit être compensée par une hausse des prix des « parties nobles ».
À partir du moment où l’on ne consomme pas la totalité des produits (et même en revenant à des pratiques de consommation plus intelligentes, en réapprenant à cuisiner les bas-morceaux et les déchets végétaux intermédiaires, il restera toujours des épluchures, des déchets de découpe de viande, etc.), il vaut bien mieux les valoriser dans des aliments pour animaux de compagnie plutôt que les jeter. En bio aussi ! Ça n’est ni du luxe ni une lubie, c’est une gestion écologique élémentaire. À long terme, nous pouvons toujours espérer utiliser ces morceaux et déchets pour d’autres usages, et nous devons réhabiliter l’utilisation en cuisine des bas-morceaux. Mais, outre le fait qu’il restera toujours une part non-valorisable, à court terme il est rationnel et utile de reverser ces « déchets » vers l’alimentation animale, et notamment celle des animaux de compagnie qui est le seul débouché possible pour les déchets de viande. Ne retombons pas dans le délire dangereux qui a conduit à essayer de faire manger par les vaches des farines de viande et d’os !, et acceptons de les donner aux carnivores que sont les chiens et les chats.

Jacques Caplat