Fillon, Le Pen, Macron, Mélenchon, même combat

14 mai 2017,

par Charles Ribaut

Bande des quatre ? Ces personnes qui ont eu récemment un large accès aux médias ont toutes pris position pour « la croissance », sous-entendu du PIB (1). Il s’agit d’un objectif important, et il ne devrait pas être nécessaire de rappeler qu’il conditionne rien moins que l’avenir de nos enfants, le maintien d’une planète habitable par l’espèce humaine. Les programmes électoraux que nous avons vu défiler et qui vont vraisemblablement se maintenir sur ce point à l’occasion des élections législatives sont unanimes, avec de faibles nuances, qu’il s’agisse de François Fillon (2, 3) Marine Le Pen (3), Emmanuel Macron (3, 4) ou Jean-Luc Mélenchon (3, 5) dont pourtant les médias avaient salué le désir de « verdissement ».

Derrière ce quatuor, celui qui a dit « Je ne crois plus dans le mythe de la croissance » (6), Benoit Hamon, donne l’impression de se soigner contre la fièvre croissansiste mais est très près de la rechute dans la mesure où il veut combattre « l’austérité« , dans un souci légitime d’unisson avec ce qui reste de la gauche (7). D’autre part, il semble vouloir rester au Parti Socialiste. Le PS ne lui pardonnera pas son score, même s’il résulte largement du vote « utile » Macron dès le premier tour. Ses camarades vont probablement s’employer à raboter l’essentiel de l’écologie du programme.

Et pourtant, les pays du monde entier représentés à Paris en décembre 2015 (COP21) ont convenu qu’il fallait se fixer l’objectif de zéro émissions nettes de gaz carbonique pour 2050, qu’on ne pouvait dépasser 2° C au dessus de la température de la période préindustrielle. Depuis, un certain consensus se dégage pour affirmer que 2° et même 1,5 % c’est déjà trop.

Et pourtant, dans l’excellent kit climat du Parti de gauche, en accès libre sur le site melenchon.fr on peut lire ces phrases :  » Pour limiter le réchauffement à 2°C, il faut une réduction de 70 à 85 % des émissions de CO2 (selon l’Agence Internationale de l’Énergie) donc une diminution de l’intensité CO2 (lien entre croissance du PIB et émission de CO2) 3 fois plus rapide que celle constatée depuis 40 ans. Rien en l’état actuel des techniques ne permet d’imaginer produire plus en émettant moins. Toute croissance du PIB s’accompagne d’une hausse des émissions de CO2…une diminution annuelle du PIB mondial d’environ 3 % par an jusqu’en 2050 est incontournable pour réduire les émissions de GES (gaz à effet de serre) ». On ne peut que souscrire aux conclusions de ce kit coordonné par Martine Billard, alors : décroissance dans le monde mais croissance en France ? Dur à avaler…

La « France Insoumise » et de manière plus large la gauche qui s’écologise semble prise au piège électoral qui veut qu’on évite d’annoncer les vaches maigres. Haro sur l’écologie punitive et le déclinisme. Comment rendre supportable voire enviable l’austérité inévitable ? Brader la protection sociale et le service public, solution de droite, ou réduire les inégalités, solution de gauche ? Ou encore un peu des deux solutions en espérant secrètement que les évènements décideront à la place des décideurs ?

Si vous ne devez lire qu’un livre sur cette question cruciale, Prospérité sans croissance : La Transition vers une économie durable, un livre de Tim Jackson publié en 2009 (et traduit en 2010). Si vous lisez l’anglais, vous pouvez le télécharger gratuitement ici.

Charles Ribaut

(1) Le Produit Intérieur Brut, souvent décrié comme un mauvais indicateur dans la mesure où il ignore ce que l’on puise dans le capital naturel, est, malgré tout, un reflet robuste de la production de richesses. La moitié environ de son montant est la somme des salaires, ce qui justifie en partie la croyance que « pour résorber le chômage il faut de la croissance ». Il y a peu d’équivoque lorsque les  politiques ou les journalistes parlent de « croissance » sans préciser, il s’agit toujours de celle du PIB.

(2). L’ordre choisi pour faire défiler les programmes est simplement l’ordre alphabétique des patronymes de celle et ceux qui ont marqué cette campagne présidentielle. « Pour ses prévisions, l’équipe de M. Fillon s’appuie sur une hypothèse raisonnable de taux de croissance de 1,8 % à l’horizon 2022 ». Audrey Tonnelier, Le Monde du 25 mars 2017

(3). »Confiante dans l’effet de ses mesures économiques, Marine Le Pen table sur le retour d’une croissance forte et durable en France : estimée à 1,3 % en 2017, elle passerait, selon ses prévisions, à 2 % dès 2018, puis à 2,5 % en 2021 et 2022. Parmi les candidats à la présidentielle, elle est de loin la plus optimiste, puisque Emmanuel Macron par exemple ne table « que » sur 1,6 % à 1,8 % de croissance par an au cours du quinquennat, à peu près comme le faisait François Fillon. Jean-Luc Mélenchon tablait sur 2 %. »Anne-Aël Durand, Le Monde du 2 mai 2017

(4). La loi Macron d’août 2015 a pour nom officiel « Loi pour la croissance, l’activité, et l’égalité des chances économiques »

(5). « Jean-Luc Mélenchon a présenté et chiffré dimanche son plan économique pour 2017-2022, qui repose sur un ensemble « vertueux » de croissance, d’emplois et même de baisse de la dette. Ce plan de relance keynésien en lieu et place de l’austérité libérale… » Edouard Pfimlin, le Monde du 20 février 2017.

(6). Audrey Tonnelier, Le Monde du 25 mars 2017

(7) Extraits du Communiqué de Benoit Hamon du  07 mai 2017  14 h 51 sur Facebook :

Je félicite Emmanuel Macron pour son élection à la Présidence de la République. … Parce que, ce soir, nous n’avons trouvé de majorité que pour dire non à l’extrême droite, c’est à l’occasion des élections législatives des 11 et 18 juin prochains que vous allez choisir la politique que vous souhaitez pour la France, pour la France en Europe, pour vous-mêmes et vos enfants.

Je veux porter, avec toutes les forces de gauche :
– L’urgence de solidarités nouvelles face aux mutations du travail (à l’ubérisation et la précarisation effrénée des emplois), mais aussi des existences, que nous soyons jeunes ou âgés.
L’urgence d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés, des retraités, des classes populaires et moyennes.
L’urgence de la transition écologique, absente de manière irresponsable du débat et des projets de Madame Le Pen et Monsieur Macron, et qui représente un formidable gisement d’emplois. Cette urgence est aussi celle de la prise de conscience que nous devons et ne pouvons plus produire et consommer comme si les ressources naturelles étaient inépuisables et la planète invulnérable.
– L’urgence de sortir d’une démocratie intermittente se résumant à un scrutin majeur tous les 5 ans, où les projets s’effacent derrière le vote utile. Il faut passer à la 6ème République.
L’urgence d’en finir avec l’austérité en Europe sans pour autant jeter l’Europe aux orties.

Ces cinq points, présents dans la plupart des projets des différentes sensibilités de la gauche et des écologistes en France et en Europe, peuvent constituer la base d’une plateforme commune à toute la gauche française pour gouverner dès le 18 juin. Si la gauche se rassemble, elle peut être majoritaire à l’Assemblée nationale. Soyez en certains.