Le livre des livres sur l’écologie

31 août 2017,

par Ghislain Nicaise. Ce livre d’Ivo Rens s’intitule Entretiens sur l’écologie. De la science au politique. A première vue c’est une sorte d’anthologie écrite allègrement par l’auteur, c’est en fait la retranscription d’une série d’une vingtaine d’émissions radio, chaque émission portant sur un livre et son auteur, ce qui en rend la lecture facile. Il est tentant de paraphraser la préface de Philippe Lebreton, un ami et un auteur dont nous avons déjà publié des articles (ici et ) et dont nous avons recensé le dernier livre. Cette préface distingue Les éclaireurs (J.B. de Lamarck, Alexandre de Humboldt, Charles Darwin, Alphonse Forel, Vladimir Vernadsky), Les accusateurs (Robert Hainard, Henri Osborn, Bertrand de Jouvenel, Rachel Carson, Barry Commoner), le débat Écologie versus Économie (Donella & Dennis Meadows, Nicholas Georgescu-Roegen, François Meyer, Prof. Mollo-Mollo) et La morale écologique (Hans Jonas, François Ramade, Bella & Roger Belbeoch, Jean-Pierre Dupuy), distinguée de L’éthique (Jacques Grinewald, Patrick Blandin, Corinne Pelluchon).
Le livre commence fort sur Lamarck et Darwin, en se démarquant agréablement de la darwinolatrie contemporaine, ce qui est facilité par l’approche, un peu différente du couplet habituel sur l’évolution. Si vous êtes arrivé-e jusqu’ici, vous allez être récompensé-e par la citation de Jean-Baptiste Monet, chevalier de Lamarck, tirée de son livre posthume Système analytique des connaissances positives de l’homme, que nous avons publiée en janvier dernier .
Ce livre m’a fait découvrir plusieurs auteurs dont Robert Hainard :
Voilà qui condamne le rêve impie et néolithique de faire de la Terre entière la niche écologique de la seule espèce humaine, de raccourcir les chaines alimentaires, de simplifier le catalogue des espèces. Il faut revenir à la situation paléolithique qui a duré si longtemps : une espèce humaine pas trop nombreuse vivant des surplus d’une nature riche, variée, libre, qu’elle ne modifie que très localement. En utilisant les acquis les plus raffinés et les plus efficaces de l’expérience néolithique.
La seule critique qui me soit venue est mineure : à propos du rapport de l’équipe Meadows et de ses mises à jour, il ne cite pas le travail de 2012 de l’équipe Turner, qui a donné une grande force à l’étude initiale en la confrontant à la réalité sur les 30 années écoulées depuis la publication de The limits to growth.
A noter pour conclure (et vous donner envie de lire tout le livre ?), la notion assez rarement évoquée du « monde en équilibre », ici avec une citation de l’économiste Hermann Daly : Pour plusieurs raisons, la fonction la plus importante d’un monde en équilibre sera de distribuer et non plus de produire. On ne peut plus éluder le problème de la répartition des biens de ce monde en invoquant la croissance. C’en est fini de l’argument selon lequel chacun doit s’estimer heureux tant que son revenu individuel augmente en valeur absolue, même s’il diminue en valeur relative. L’état d’équilibre prélèvera moins de nos ressources matérielles, mais en revanche exigera beaucoup plus de nos ressources morales.
G.N.