Archive pour octobre 2018

Le feu à la main

30 octobre 2018,

(d.r.)

par Alain Hervé

C’est la saison. Il fume. Seule l’administration s’en souvient, qui compte les « foyers » fiscaux.

Je m’étonne de la distance que prennent nos compatriotes avec le feu de bois. Dans la cheminée ou en plein air. Ils lui préfèrent la rampe à gaz censée le représenter de manière plus « hygiénique », sans fumée et sans cendres. Même s’il participe au  gaspillage des ressources fossiles. Le feu de bois domestiqué par l’homme il y a vingt ou cent mille ans ou plus est devenu suspect, soupçonné de pouvoir s’échapper pour détruire ce qui l’entoure: forêts ou bâtiments… A la rigueur on le tolère derrière la vitre d’un foyer fermé.

Et pourtant. Allumez un feu de vos mains (si vous savez comment le maîtriser) pour en saisir la force, la beauté,  la vie. Oui la vie avec son imprévisibilité. Soit il mouronne, soit il crépite, soit il s’emballe. Nous sommes ses serviteurs. Il faut le recharger en combustible, le souffler si nécessaire avec un soufflet bien nommé, le modérer s’il s’emballe… Une sorte de dialogue s’établit entre le feu et nous. Une relation s’établit avec cette bête sauvage. Il nous chauffe en saison froide. Nous lui confions la cuisson de notre nourriture pour bouillir, griller, sauter, mijoter, réchauffer… (Sans le feu pas de pizza.)

Sans le feu l’homme ne serait pas ce qu’il est devenu. Pour notre culture occidentale: volé aux dieux par Prométhée pour l’apporter aux hommes, dissimulé dans la tige creuse d’une férule, il est partout devenu un objet de culte. Mais restons au plus près, devant notre petit feu dans la cheminée. Il nous retient, nous apprend à rester calme. Il nous apprend à tisonner, à nous taire, à ralentir, à nous arrêter, à méditer. C’est le feu. Allumez.

A.H.

 

Mède !

23 octobre 2018,

Plantation de palmiers à huile, cliché Greenpeace

Nous avons reçu cet appel à pétition. Le Sauvage.

Huile de palme : stop à la bioraffinerie de TOTAL à la Mède
Total se lance dans l’huile de palme et veut ouvrir une bio-raffinerie d’importance mondiale près de Marseille. Sauf que le Parlement européen vient de faire date en demandant l’arrêt des biocarburants à base d’huiles végétales tropicales, et tout spécialement d’huile de palme. Protestons contre le projet de Total.
Total investit 275 millions d’euros pour la conversion de sa raffinerie à La Mède près de Marseille. Son but : produire annuellement 500 000 tonnes de biodiesel HVO (hydrotraitement des huiles végétales, sigle anglais). Écologistes et syndicalistes dénoncent le projet de Total. Mireille Villion, des Amis de la Terre, fait les comptes : avec l’utilisation de 650.000 tonnes d’huiles, dont 100.000 t d’huiles usagées, 100.000 t de dérivés d’huile de palme et 450.000 t d’huiles végétales, en première approche, d’huile de palme brute, Total pourrait doubler la consommation française d’huile de palme dont la culture implique déforestation tropicale, expulsion des populations de leurs terres et la violation des droits humains. Total justifie sa bio-raffinerie par la demande croissante (suite…)

Le sérieux a changé de camp

20 octobre 2018,

Nicolas Maurel Art

Deux universitaires

font le point sur la crise environnementale et nous expliquent qu’il faut prendre acte de la totale inadéquation des politiques menées par les responsables étatiques, de l’égarement de la recherche académique et laisser agir celles et ceux qui changent réellement le monde, à Notre Dame des Landes et ailleurs.

Les diagnostics scientifiques de la crise environnementale (changement climatique, érosion de la biodiversité, pollutions et problèmes de santé publique, accélération de ces processus) témoignent de la non-soutenabilité du modèle de développement des pays industrialisés ; ce constat a maintenant dépassé la sphère académique : les rapports du GIEC (Groupe international d’experts sur le climat) et de l’IPBES (Panel international d’experts sur la biodiversité et les services écosystémiques) ainsi que les tribunes de scientifiques sont commentés dans les médias nationaux.

Les climatosceptiques ont été délégitimés, et il y a consensus sur l’inéluctabilité des dégradations de notre environnement et sur leur origine anthropique. Le concept d’« anthropocène » – l’être humain comme force de transformation de la planète – s’installe après avoir été énoncé en 1949 par Fairfield Osborn. Comme le souligne l’astrophysicien Aurélien Barrau dans l’une de ses conférences, « le sérieux a changé de camp » : autrefois considérés comme des rêveurs, les écologistes ont vu leurs arguments légitimés par la recherche scientifique.

Leurs causes paraissent maintenant relever de l’intérêt général et ce sont les technocrates des ministères qui semblent irrationnels, incompétents, voire cyniques et corrompus par les lobbies. La cause environnementale a subi assez d’épreuves pour que sa trajectoire s’installe durablement dans l’espace public et qu’elle soit maintenant entendue, dans les deux sens du terme : écoutée, mais aussi validée.

Ces constats sont aussi les nôtres. Le sérieux a en effet changé de camp. Nous devons en tirer les conséquences.

lire la suite (et le début de l’article) ici.

Belges, Belges

16 octobre 2018,

Par Ghislain Nicaise
Le trentième anniversaire de la mort de Pierre Desproges nous a remis en mémoire son apostrophe inspirée du « Françaises, Français » de Charles de Gaulle. L’effet comique assuré vient d’un handicap de la langue française (et semble-t-il des autres langues latines) qui accorde les adjectifs et n’a pas de genre neutre. Je me suis personnellement servi de ce biais à plusieurs reprises pour relancer la conversation lorsque je séjournais aux USA : rien de tel pour animer la soirée que d’expliquer aux Étatsunien·es que pour les Français·es chacun des Etats américains a un sexe. La féminité de la Virginie, de la Caroline du Nord ou du Sud leur semble assez justifiée. Le « a » terminal de Virginia et Carolina serait-il en cause ? Non car le Montana est bien évidemment mâle, etc…
Dans son édition du 16 octobre, notre excellente consœur The Conversation publie un très stimulant article intitulé Françaises, Français, le langage inclusif n’est pas une nouveauté !, dû au clavier alerte d’Eliane Viennot, de l’Université de St Étienne. (suite…)