Venise réservoir de songes

17 novembre 2018,

Polichinelles et acrobates Giandomenico Tiepolo

par Alain Hervé

Comme si dans la quotidienneté grise de cet automne 2018 une porte s’ouvrait sur une autre vie. L’exposition intitulée « Eblouissante Venise« , qui se tient à Paris au Grand Palais jusqu’au 21 janvier 2019, témoigne d’un moment miraculeux de l’histoire humaine au XVIII ème siècle.

Car Venise, on s’en rend compte ici, est à soi seule un monde. Comment sur un socle de vases des hommes ont fait surgir la plus belle ville  que l’on puisse fantasmer. Comment ils l’ont rendue chaleureuse, brûlante, désirable, souveraine. Comment ils ont inventé des fêtes, carnavals, intrigues, joutes, régates, bals, concerts que l’Europe entière éblouie venait partager.

Non pas que la misère et la violence soient absentes à Venise à cette époque. Mais des peintres ont exprimé soudain sur la cité lagunaire un savoir vivre, un savoir voir, un savoir représenter exceptionnels.

Nous admirons ici le témoignage de ce que peut être le savoir faire humain. Si l’on connaît Venise pour l’avoir fréquentée d’abord avec stupéfaction puis avec passion, on la retrouve projetée à Paris dans cette exposition par Canaletto, Guardi, Longhi, Rosalba Carriera et les Tiepolo entre autres… Si l’on ne connaît pas Venise, il y a là une évocation « éblouissante » d’un monde à découvrir.

Certes il faut se souvenir que Venise est une caverne de voleurs où ses navigateurs, ses commerçants, ses reitres ont rapporté des richesses écumées autour de la Méditerranée et du Proche Orient. Nous béons devant ce décor clinquant mais si séduisant. Nous assistons à ses derniers feux avant le traité de Campoformio en 1797. Napoléon a balayé ce mirage de la République de Venise. Il nous reste un moment de l’histoire, un chef d’oeuvre d’intelligence, de talent.

Un peintre dont on voit ici plusieurs dessins et tableaux a vécu cette fin. C’est le plus jeune Tiepolo: Giandomenico. Vieillissant, il a peint à fresque dans sa villa de Zianigo ce qu’il reste de Venise. Il a confié à des Polichinelles le soin de l’exprimer. Masqués, ils observent les hommes avec tendresse mais sans illusion. Regardez attentivement cette oeuvre mélancolique.

Est ce cette saveur de fin qui nous rend Venise si proche aujourd’hui?