Comme en 14

17 février 2019,

par Michèle Valmont

Imaginez l’infirmerie d’un hôpital de fortune, à quelques pas du front où les combats font rage la veille de Noël 1917.
C’est dans cet univers dramatique que va vous propulser pendant deux (trop courtes) heures la pièce « Comme en 14 » de Dany Laurent, reprise au théâtre La Bruyère.
On s’y croirait: dans un ingénieux décor réaliste  de Jacques Voizot, quatre femmes et un adolescent attardé vivent deux journées d’horreur banale. On entend en arrière-fond les plaintes des blessés sans jamais les voir. Marguerite, l’infirmière en chef, dirige deux jeunes bénévoles; l’une attend des nouvelles de son fiancé soldat, l’autre, militante pacifiste, est amoureuse d’un blessé soigné dans la salle d’à côté, dont la mère, la châtelaine du village, et le frère s’inquiètent. Toutes font preuve d’un courage et d’une endurance exceptionnels.

Comme toujours, au milieu des drames les plus noirs, surgissent le rire, les plaisanteries, la gaieté folle, pour conjurer le mauvais sort. Le soir du réveillon, on chante, on danse, on boit, on s’offre des cadeaux…
Le public s’amuse, s’attendrit devant les émotions et les chamailleries des personnages, tous stupéfiants de vérité, prisonniers de leurs classes sociales mais solidaires devant l’horreur.
La mise en scène d’Yves Pignot est admirable de précision: tout s’enchaîne harmonieusement, les acteurs évoluent avec un naturel confondant.
La distribution est parfaite: Ariane Brousse, bouillonnante de vie et de talent, Katia Miran, délicate et subtile, Axel Huet, remarquable de drôlerie, Virginie Lemoine, au jeu d’une finesse ambigüe, et Marie Vincent, à l’extraordinaire vitalité. Sa présence et son autorité illuminent le plateau.
On sort heureux de ce spectacle, avec la délicieuse impression de s’être émotionnellement enrichi tout en se divertissant.
Michèle Valmont
Théâtre La Bruyère: 01 48 74 76 99