L’incroyable histoire du Facteur Cheval

18 février 2019,

par Alain Hervé

Pour apprécier cette « incroyable histoire », il faut déjà avoir été dans la Drôme, dans la commune d’Hauterives et avoir vu le Palais idéal. Etre tombé de saisissement. Un amoncellement de pierres maçonnées par un facteur rural. Une mise en scène fantasmagorique telle que peu d’hommes ont réussi à exprimer. En dehors de toute école, de toute mode, de toute actualité, une tentative bouleversante de dire l’indicible. Une aventure parmi les manifestations humaines les plus exigeantes. Une rêverie matérialisée.

Et savoir quel homme a pu enfanter ce délire est de peu d’importance. Son oeuvre l’a écrasé, enseveli, l’a rendu dérisoire. A ce moment commence le film de Nils Tavernier.

Pour tenter de donner un visage à l’inventeur du Palais, il a choisi Jacques Gamblin. Improbable chance pour l’acteur et le metteur en scène. Indiscutable réussite. Certes il faut laisser son scepticisme sur le trottoir avant d’entrer dans la salle. On vient sachant que l’on va participer à un culte. Je ne recommanderai de voir ce film qu’à peu de mes amis.

Gamblin est entré dans la peau de ce facteur taciturne, illuminé. Il pense avec ses mains, ses truelles, plus qu’avec des mots. Le silence est son éloquence. Grande prestation.

Laetitia Casta est en charge de la tendresse. Elle en a les moyens. Mais on rentre dans le prosaïsme des relations humaines, des prestations d’acteurs. Elle assume à la perfection son rôle doublement maternel.

Gamblin c’est une autre affaire, il nous emmène dans l’essentialité de l’esprit humain. Dans l’inscription de l’homme dans la terre de sa planète. Il invente une sorte de Diogène, Robinson acharné, obstiné, sourd qui laisse des formes « incroyables » jaillir de ses mains.

Les amateurs de méditations peuvent participer à ce banquet.