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LE PARADIS SUR TERRE

22 décembre 2010, Ghislain Nicaise

Un jour où je devais faire son éloge anthume devant une assemblée bienveillante de jardiniers et de botanistes, j’ai été amené à dire qu’Alain Hervé avait
« écrit un nombre considérable d’articles passionnants pour un large public en un merveilleux français ; pour ma part j’ai surtout écrit, en mauvais anglais, un petit nombre d’articles dont la lecture aride est réservée à quelques initiés ».

J’ai accepté donc à la légère d’écrire une préface pour un livre (Le Paradis sur Terre, éd. Sang de la Terre) auquel j’apporte la mince caution de mon quasi-anonymat. J’ai accepté parce j’aime lire ce qu’écrit Alain Hervé.

Comme tout misanthrope qui se respecte, Alain Hervé a un profond et discret amour de l’humanité : « L’homme est une merveille de la nature dans une nature merveilleuse ». Il l’aimerait meilleure bien entendu cette humanité, comme tout le monde, mais sa grande capacité d’empathie lui a donné une aptitude réelle d’abord pour comprendre et organiser les entreprises humaines, ensuite pour écrire des livres.

L’écologie profonde qu’il affiche parfois est une carapace et aussi une défense contre le gauchisme et le politiquement correct dont il a adobe soundbooth cs3 download eu sa ration en tant que journaliste au Nouvel Obs. Il se voudrait le sauvage, du nom du journal qu’il a fondé et dirigé pendant 8 ans, alors qu’il n’y a pas plus civilisé que ce voyageur.
Et surtout pour le présent propos, il écrit bien. Il a créé un style qui permet d’en reconnaître l’auteur à la lecture d’un seul paragraphe.
il forge des mots, mots nouveaux immédiatement compréhensibles dans leur contexte, qui lui permettent d’exorciser ce qu’il n’aime pas,  pesticider, déficiter, médiacirque, psychoncontorsionnement, névroconflits, solodéprimes, squelettisme, une haine submergeante, un journal qui trémouille d’émotion, un lideur maximal, le bâfrage, les centrales tchernobiliennes.
Il ponctue son texte de phrases courtes, sans verbe, qui tirent de ce fait même une grande force et ponctuent la réflexion de la lectrice et du lecteur.
Il nous entraîne dans son monde riche de souvenirs et de sensualité quotidienne.

Pour bien caractériser l’impression d’évasion que me donne cette lecture, je dirais que quand je referme son livre, il me faut un moment pour reprendre contact avec la réalité ambiante, comme lorsque l’on sort du cinéma après un bon film.
A noter que sur le fond du message, il est resté fidèle aux positions qui étaient les siennes quand il a fondé les Amis de la Terre il y a quarante ans.

Ghislain Nicaise

Si vous avez encore un doute, allez en lire quelques bonnes lignes ici Creative Suite 5 Production oem

Eva Joly, la candidate écologiste qui parle de marée noire, de surpêche, de la régulation des marchés agricoles, de désacraliser la croissance… anderson windows discount

3 octobre 2010, Ghislain Nicaise

J’ai été intrigué par l’article de Laurent Samuel daté du 2 octobre, sur le site du Sauvage, qui signalait qu’ Eva Joly « ne parle pratiquement jamais d’écologie ». Je ne la connais pas bien mais je la crois trop intelligente pour avoir accepté de siéger au parlement européen en tant qu’écologiste et se taire sur les thèmes de l’écologie politique. J’ai aussi une longue expérience des journalistes, le plus souvent assez malveillants envers les écolos, qui ne retiennent d’un communiqué que ce qui nous semble le moins important.

J’ai fait une rapide recherche sur internet : le moteur m’a tout de suite guidé vers son blog du nouvelobs. Avec la mention « marée noire » on trouve un article complet du 21 juin, que Laurent aurait pu trouver facilement. Les autres thèmes abordés que je vous laisse découvrir m’ont paru relever des préoccupation du mouvement écologiste plus que de son passé de juriste que les journalistes pipoles affectionnent. Dans la page du 11 juin sous le titre « Pourquoi faut-il adhérer à Europe Ecologie », j’ai particulièrement remarqué une prise de position assez claire sur la croissance, je cite : « Comment continuer à sacraliser la « croissance », c’est-à-dire la croissance du produit intérieur brut, et dénoncer en même temps ce dernier comme un indicateur imparfait, dépassé voire néfaste ? Comment continuer à promouvoir des modèles de société toujours plus consommateurs en ressources naturelles et en même temps dire que ces dernières doivent être préservées ? Comment prétendre que la dérégulation économique est une bonne chose, et en même temps accepter de venir sans cesse en aide aux secteurs financiers ? Cela n’est tout simplement pas possible, n’en déplaise aux héritiers du productivisme ou à ceux des néolibéraux. »
Laurent Samuel conclut son article en relevant la candidature à la candidature d’Yves Cochet. Je pense qu’Yves Cochet est un excellent candidat mais ne crois pas qu’une bonne promotion de sa candidature passe par le dénigrement d’Eva Joly à partir de la lecture de la presse la moins politisée.

J’ai eu le privilège d’entendre Yves Cochet se présenter lors des primaires internes aux Verts en 2006 : il était évident qu’il était le seul qui apportait des idées nouvelles, ce qui a convaincu la moitié des votants à ces primaires, bien plus que l’audience de son seul courant. J’ai la faiblesse de croire que si les aléas internes aux décomptes des bulletins avaient permis de retenir sa candidature, les Verts auraient fait un meilleur score aux présidentielles (pardonne moi Dominique). En fait Yves Cochet est un président-né, comme il l’a montré  à plusieurs reprises, en particulier dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale. Peut-être l’impact de son intelligence et de son charisme a-t-il été contrarié par le fait que ses positions sont toujours un peu trop en avance. Il y a adobe soundbooth cs3 download deux ans, il se faisait honnir lorsqu’il disait qu’il fallait dissoudre les Verts dans un mouvement plus vaste, il se faisait vilipendier par les mêmes qui s’emploient aujourd’hui à réaliser ce mouvement. Lorsqu’en 2005 à Grenoble je l’ai entendu annoncer le pic pétrolier, j’étais comme la plus grande partie de l’auditoire incrédule et je ne suis arrivé aux mêmes conclusions que lui qu’après plusieurs lectures et de nombreuses recherches d’informations. Je pense comme lui que l’enjeu n’est pas mince : rien moins que de sauver la démocratie et la solidarité. Comme les précédents chocs pétroliers, le prochain aura un fort impact sur nos sociétés. A la différence des précédents, il est très probable qu’il sera durable et toute la politique en sera changée de même. Peut-être les media s’intéresseront-ils alors à ceux qui ont eu raison un peu trop tôt ?

Ghislain NICAISE

La permaculture

9 septembre 2010, Ghislain Nicaise

En janvier 2009, à la demande de Michel Courboulex, j’ai rédigé le premier d’une série d’articles qui paraissent depuis tous les deux mois dans la Gazette des Jardins. Cette série s’intitule « Aventures en permaculture ». Elle relate mes essais souvent maladroits et parfois comiques d’installer un écosystème permettant la survie humaine. Ces essais ont pour localisation le hameau Pinaud dans l’arrière-pays niçois, d’où la signature sous le pseudonyme Ghislain Depinaud. J’essaye d’expliquer brièvement ce qu’est la permaculture dans le premier article, mais plusieurs ami-e-s m’ont demandé de leur en dire davantage. C’est ce qui est tenté dans ce qui suit.

Définition
Selon les termes de l’inventeur du mot « permaculture », Bill Mollison, la permaculture est une méthode de création d’environnements humains durables. Le mot lui-même est une contraction non seulement d’agriculture permanente mais aussi de culture permanente, car les cultures ne peuvent survivre longtemps sans une base d’agriculture durable et une éthique de l’utilisation des sols (1). L’objet de la permaculture est de créer des écosystèmes pérennes et nourriciers pour l’espèce humaine, économiquement viables. D’agricole au départ, le concept a été généralisé à la construction de sociétés humaines durables et résilientes, ce qui englobe l’habitat et l’économie en général. Les lignes qui suivent seront consacrées au socle agricole de la permaculture, qui lui donne son crédit et son originalité. (Lire la suite…)

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Les trois racines de l’écologisme

14 juin 2010, Ghislain Nicaise

Paru sous le titre Ecologie et fascisme dans le n°12 (nov. 1991) du Sauvage nouvelle série.
Revu en Juin 2010 (1).

En février 1975, j’ai eu la chance d’assister pendant un week-end à Londres à une réunion internationale de Friends of the Earth, où se rencontraient pour la première fois des écologistes de plusieurs villes de France (2) , d’Angleterre, d’Irlande, des USA, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Suède, d’Allemagne et probablement de quelques autres pays que j’ai oubliés. J’ai gardé de cette rencontre une très forte impression, qui m’a beaucoup fait réfléchir par la suite : tous ces gens avaient la même vision du monde, partageaient les mêmes valeurs alors qu’ils n’avaient pratiquement aucune référence écrite commune. Certains avaient lu Illich, d’autres simplement Rachel Carson (Le printemps silencieux) ou le rapport du Club de Rome, ouvrages fort divers et n’offrant chacun qu’une vue partielle de la planète. Ces nouveaux croisés n’avaient pas de bible et pourtant étaient porteurs d’un même projet. Je me suis dit que leur (notre) accord devait reposer sur quelques principes, probablement peu nombreux,  pour que le consensus soit si fort. Dans le train qui me ramenait à Lyon, j’en ai trouvé trois et j’en suis resté là depuis. (Lire la suite…) cheep downloadable adobe indesign software

Le sol, la terre et les champs

23 mai 2010, Ghislain Nicaise

Il est paru fin 2009, sans promotion médiatique, un livre qui pour moi est l’un des plus importants qu’il m’ait été donné de lire dans la catégorie  »non-fiction ».

Certain-e-s auteur-e-s publient un essai par an, je ne citerai personne pour ménager les susceptibilités. Quand ils sont bons, on y trouve une ou deux idées auxquelles on n’avait jamais pensé. D’autres rassemblent toute la réflexion et l’expérience d’une vie dans un livre, offrant ainsi une mine, à exploiter par petits bouts, à reprendre pour être sûr de n’avoir rien raté. Le livre de Claude et Lydia Bourguignon ferait partie de cette deuxième catégorie à part qu’au lieu d’une vie, on en a deux pour le même prix.

Parce que l’utilisation inconsidérée du pétrole a habitué la plupart d’entre nous à vivre en citadins, nous avons tendance à oublier que pratiquement tout ce que nous mangeons est produit par des agriculteurs. Notre survie dépend des sols et nous les détruisons allègrement.

Pour que vos enfants…

Dès le début du livre, on est interpellé :  »La vie se développe dans trois milieux : l’air, l’eau et le sol. Contrairement aux deux premiers milieux qui sont purement minéraux, le sol se caractérise par le fait qu’il est organo-minéral. Cette caractéristique lui confère deux propriétés : la première est que le sol n’existe que sur la planète Terre car il faut de la matière organique, donc de la vie, pour faire un sol. Beaucoup de planètes qui nous entourent ont une atmosphère ou de l’eau mais aucune ne possède un sol. Les anciens ont donc eu raison d’appeler notre planète la Terre car elle est la seule à posséder un sol∑notre planète est recouverte à 70 % de mer, les anciens auraient donc pu l’appeler Océan. L’atmosphère fait 70 km d’épaisseur, les sols font moins d’un mètre en moyenne, ils auraient donc pu appeler notre planète Air. Et pourtant ils lui ont donné le nom du milieu le plus rare, mais le plus important, car c’est du sol que sort la vie. »

Ce livre explique dans un texte d’une remarquable clarté à peu près tout ce que vous devriez savoir sur ce qu’il faut faire pour que vos petits enfants aient encore à manger. Cela implique entre autres la plus grande révolution de civilisation depuis le néolithique, l’abandon du labour. L’agriculture de demain sera en rupture avec celle qui est pratiquée dans nos pays industrialisés ou ne sera pas. Il ne s’agit pas d’un simple retour au passé bien que certaines pratiques anciennes comme l’intégration de l’élevage ou l’utilisation des légumineuses pour enrichir le sol en azote restent nécessaires.

On trouve dans ce livre des pépites : une interprétation de l’extinction des dinosaures dont je n’avais jamais entendu parler, ou encore l’explication de la réalité du « terroir », une vision de l’humanité du futur réduite à se nourrir d’insectes, comment l’agriculture industrielle moderne a généralisé l’utilisation de plantes malades, pourquoi l’attaque de roches très diverses par les plantes donne toujours de l’argile, pourquoi le verbe « marner » évoque un dur travail. Je vous laisse le soin d’en découvrir d’autres.

Ce livre ne s’adresse pas qu’aux paysans, jardiniers ou amateurs de bonne bouffe, il nous concerne tous. Vous n’en regretterez pas l’acquisition.

Ghislain Nicaise

Le sol, la terre et les champs. Pour retrouver une agriculture saine. Claude et Lydia Bourguignon 2009. ed. Sang de la Terre (http://www.sangdelaterre.fr/)