Archives d’un auteur

Feydeau(x) au Lucernaire

24 novembre 2017,


par Michèle Valmont

Le Lucernaire propose en ce moment une curiosité théâtrale en montant trois pièces en un acte du jeune Georges Feydeau.
Rarement données, Amour et piano, Par la fenêtre et Fiancés en herbe n’en sont pas moins de délicieux moments d’humour et de drôlerie, narrant trois histoires de couples disparates.
De la jeune fille de bonne famille prenant pour son professeur de piano un jeune godelureau en goguette à l’exubérante brésilienne exigeant d’attiser la jalousie de son mari avec son paisible voisin, pour finir avec les prémisses amoureux de deux enfants, on ne sait où donner de la tête.
Dans un décor unique, les jeunes comédiens sont entraînés par le rythme effréné de la mise en scène de Thierry Harcourt. Ils sont tous parfaits: Laurence Facelina exquise, subtile et excellente chanteuse; Mathilde Hancisse hilarante brésilienne; Nina Poulsen, parfaite d’ingénuité juvénile; Louis Victor Turpin, époustouflant de justesse; Sébastien Baulain, drôlissime de niaiserie; Basile Alaimalais fantastique de candeur enfantine.
Le final chanté à capella est extrêmement réussi.
Ce spectacle est une bouffée de légèreté et de plaisir en ces premières journées de morosité hivernale.
M.V.
Le Lucernaire: OI44455734

Collapsologie

24 novembre 2017,

par Ghislain Nicaise

Sur l’excellent site The Conversation, on peut lire une mise au point de Jacques Igalens, professeur à l’Institut d’Administration des Entreprises de Toulouse, intitulé La collapsologie est-elle une science ?
Cet article est intéressant, bien que fidèle à la ligne éditoriale de The Conversation, qui essaye de ne pas prendre parti, sans jamais y parvenir complètement (peut-être parce que c’est tout simplement impossible). J’ai cependant relevé une bourde, à moins que ce ne soit une maladresse d’écriture, je cite :
il s’agit, avec le Club de Rome, de véritables prédictions sur la base de modèles dont les fondements se présentent comme scientifiques… Force est de constater que ces prédictions n’ont – heureusement – pas été vérifiées – encore que l’effondrement soit prévu pour 2030 –, donnant ainsi raison à tous ceux qui avaient, dès la parution du rapport, critiqué à la fois les hypothèses et la méthode de J.W. Forrester, la dynamique des systèmes.
Or les prédictions du rapport Meadows (commandé par le Club de Rome au début des années 1970) ont été réévaluées pour la période de 30 ans qui a suivi, avec de meilleurs ordinateurs et probablement de meilleures bases de données par l’équipe de l’australien Graham Turner. Contrairement à ce qu’écrit Jacques Igalens et que j’ai relevé sous la plume d’autres auteurs les prédictions ont jusqu’à présent été largement vérifiées (voir ici). Si le modèle qui était fonctionnel (rétroactivement) de 1900 à 1970, puis de manière prédictive pour le reste du XXe siècle continue à tenir la route, on doit donc effectivement s’attendre à l’effondrement de notre civilisation industrielle autour de 2030, avec la réserve d’une marge d’erreur (d’au moins cinq ans selon Dmitry Orlov) et surtout l’hypothèse que l’humanité continue à ne pas prendre les mesures qui s’imposent (en particulier renoncer à la croissance du PIB comme moteur de l’économie)1.

G.N.

(1) Le rapport Meadows prévoyait d’ailleurs plusieurs possibilités et plusieurs échéances selon les choix technologiques et politiques.

WARNING

14 novembre 2017,

Oliver Day, Oregon State University

L’alerte des scientifiques du monde à l’humanité: un deuxième avis

par William J. Ripple, Christopher Wolf, Mauro Galetti, Thomas M Newsome, Mohammed Alamgir, Eileen Crist, Mahmoud I. Mahmoud, William F. Laurance. Et 15 324 signataires de 184 pays (La liste complète des signataires peut être trouvée dans le fichier supplémentaire S2)
Il y a vingt-cinq ans, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1500 scientifiques indépendants, y compris la majorité des lauréats du prix Nobel dans les sciences, ont écrit l’Avertissement des scientifiques du monde à l’humanité, de 1992 (voir le Fichier Supplémentaire S1). Ces professionnels concernés ont appelé l’humanité à réduire la destruction de l’environnement et ont insisté qu’ »un changement radical dans notre intendance de la Terre et de la vie sur elle s’avère nécessaire pour éviter la misère humaine à grande échelle ». Dans leur manifeste, ils ont montré que les humains étaient sur un cours de collision avec le monde naturel. Ils se sont dits préoccupés par les dommages actuels, imminents ou potentiels sur la planète Terre impliquant l’appauvrissement de l’ozone, la disponibilité en eau douce, les effondrements de la pêche marine, les zones mortes de l’océan, la perte de forêt, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils ont proclamé (suite…)

Ecologie et Goncourt

6 novembre 2017,

par Christophe Chelten

L’écologie dérange les historiens. Elle annonce la fin éventuelle de l’Histoire. Les historiens n’aiment pas quitter les pistes, pour ne pas dire les ornières, qu’ils ont utilisées pour raconter l’histoire de l’espèce humaine. Ce sont l’histoire des nations, de leurs frontières, de leurs gouvernants, de leurs conflits, de leurs économies, de leurs idéologies, de leurs cultures… L’écologie et sa problématique planétaire les dérange.

L’écologie dérange tout le monde dans la mesure où elle ne s’intéresse  pas seulement aux humains et à leurs affaires mais à toute la biosphère dans laquelle l’homme tient une toute petite place. L’écologie dérange en particulier la politique où elle n’a jamais trouvé sa place jusqu’à maintenant.

De la même manière, on découvre avec l’attribution des prix littéraires de cette saison, que la création littéraire scrute le passé plutôt que le présent. Les lâchetés politiques des années 30 ou Mengele sont à l’ordre du jour.

Hulot reste un navigateur solitaire. Tandis que s’ouvre la Cop 23 en Allemagne, la France frileuse de fin 2017 s’émeut plus volontiers sur son passé que sur son avenir.

Et pourtant, à l’évidence, l’Histoire consistant à raconter la difficile cohabitation des nations, des cultures, des races est terminée.
Nous sommes entrés dans l’âge ultime du vivant. Sous quelle forme le vivant va-t-il poursuivre sa trajectoire? Avec ou sans l’espèce humaine? Survivre ou disparaître? L’arsenal nucléaire rend plausibles des hypothèses extrêmes.
Le désordre climatique dont nous sommes les artisans a commencé. Il  remet en question l’habitabilité de notre planète.
C.C.

Les bases arrière de la Grèce

5 novembre 2017,

par Jean-Claude Villain

En 2012 j’écrivais, contre certains désespérés tel Dimitri Dimitriadis, que « Non, la Grèce n’est pas morte » [1]. Y retournant cinq années plus tard, j’étais préoccupé de savoir si mon optimisme critique d’alors qui avait valorisé les capacités de résistance et les valeurs de solidarité du peuple grec, pouvait encore se trouver justifié. J’en étais venu à craindre que « la crise », résultat conjugué de la gestion coupable des finances publiques par les gouvernements successifs, de la prédation des fonds vautours de l’ogre capitaliste et de l’inflexibilité des instances autoritaires du libéralisme européen, n’ait finalement conduit le pays à une durable dépression physique, psychique, économique et sociale, pour tout dire à la ruine. Ma crainte était amplifiée par un facteur nouveau : l’explosion de la pression migratoire (plus contraignante ici qu’en Italie et en Espagne) venue non seulement des Balkans et d’Europe centrale comme depuis le début des années 1990, mais désormais des Proche et Moyen-Orients et de l’Afrique subsaharienne.

Regardée sous l’angle des comptes publics, des considérations budgétaires et monétaires, des taux de chômage et d’endettement, la situation de la Grèce stagne, sinon se dégrade, et le peuple continue de souffrir sans apercevoir la moindre sortie du tunnel. Il n’est qu’à voir à Athènes et dans les villes en général, les rues entières couvertes de graffitis aux commerces clos, les rideaux métalliques baissés et tagués, (suite…)