Archive pour la catégorie ‘Nous avons vu’

Comédiens ! Théâtre de la Huchette à Paris

5 avril 2018,

Par Michèle Valmont

Bon anniversaire au Théâtre de la Huchette qui fête ses 70 ans avec la comédie musicale « Comédiens ! » dont l’action se situe en 1948, sur la scène-même du nouveau théâtre.

Trois comédiens s’efforcent d’adapter sur le minuscule plateau un vaudeville musical qu’ils ont créé en province. Nous assistons à l’ultime répétition : le décor est inadapté, les comédiens oublient leur texte, la musique enregistrée peu convaincante. Pierre, mari de Coco dans la pièce et dans la vie, est cocufié par Guy, professeur de piano de la belle. Nous sommes dans la légèreté conventionnelle absolue. La leçon de piano érotique est hilarante, les comédiens chantent et dansent sur un rythme endiablé. Ils parlent aussi ; et au fil du dialogue, Guy révèle ingénument à Pierre un pan du passé de Coco. Tout bascule peu à peu. Lors de la représentation, la vie réelle s’immisce dans la pièce par un coup de théâtre inattendu.

Samuel Sené, le metteur en scène, s’est inspiré de « Paillasse », l’opéra de Leoncavallo, lui-même tiré d’une histoire vraie. Son excellente formation musicale et (suite…)

Wonder wheel, Woody Allen, chef d’oeuvre

1 février 2018,

par Alain Hervé

N’en déplaise à nos censeurs, le dernier Woody Allen est un chef d’oeuvre. Cette mise en scène de la malchance associée à la sottise des protagonistes n’en fait pas un film délectable d’humour comme on les attend de Woody. Non c’est un exposé affligeant d’un morceau de vie contemporaine dans lequel les victimes fabriquent elles-mêmes leur châtiment. Seul sourire: ce gamin en traitement chez un psy pour névrose incendiaire qui met le feu dans la corbeille à papier de la salle d’attente.

Mais quelle science de la mise en scène: de la direction des acteurs à la perfection de la prise de vues, de l’évocation du Coney island des années cinquante au choix de la partition musicale.

Allen et Polansky sont assignés au pilori de la bigoterie bien pensante.

Je ne pense pas que ce soient des irréprochables mais qu’en sais-je? Je sais que ce sont de très grands créateurs. Allez voir Wonder wheel, montez dans la Grande roue.

 

 

L’Iliade au Lucernaire

25 janvier 2018,

Par Michèle Valmont

N’en doutez plus : la guerre de Troie a bien eu lieu, et même elle se déroule presque tous les soirs au Lucernaire, à travers une adaptation de l’Iliade… en une heure et quart !

Dans une traduction de Jean-Louis Backès, qui respecte au mieux la langue présumée d’Homère, deux comédiens, Damien Roussineau et Alexis Perret, mettent en scène et incarnent à eux seuls les dizaines de protagonistes de cette confuse épopée qui berça notre adolescence.

Retrouvant dans un grenier des ustensiles hétéroclites, deux frères décident de reprendre leurs jeux d’enfants : balais, brosses, rideaux, poubelles, pots pour bébés, chaussettes ou cageots deviennent armures, lances, péplums, boucliers ou murailles. On se divertit beaucoup de l’utilisation hautement imaginative de tous ces objets mais attention il ne s’agit pas ici d’une parodie burlesque : les thèmes essentiels de l’Iliade sont repris dans les dialogues serrés et le rythme trépidant de l’action : courage, amitié, amour, trahison, de l’enlèvement d’Hélène à la mort d’Hector, sous l’égide des dieux de l’Olympe, la guerre de Troie se déroule, passionnante malgré une légère monotonie due à la succession des épisodes répétitifs des combats.

Roussineau et Perret sont époustouflants. Comédiens acrobates, ils se battent, cascadent, chevauchent, se trucident à qui mieux mieux. Passant en un clin d’œil d’Apollon à Achille, d’Agamemnon à Thétis, d’Athéna à Patrocle, de Poseïdon à Jupiter, en revêtant un simple élément de costume, ils arrivent par leur ardeur et leur enthousiasme à subjuguer le public.

Bel exploit d’acteurs qu’il ne vous faut manquer sous aucun prétexte.

M.V.

Lucernaire : 01 45 44 57 34

 

Avons nous vraiment besoin d’eau en bouteilles ?

17 décembre 2017,

photo prise sur l’Océan Pacifique (2004)

Poser la question c’est déjà donner la réponse, voir ici.

IA vs AFCIA

3 décembre 2017,

objetconnecte.com (d.r.)

Par Ghislain Nicaise
Hier soir tard sur Arte une émission mettait en scène un dialogue sur l’intelligence artificielle (IA) entre un pro et un contre. Le pro, branché et séduisant, Oscar Sharp, cinéaste, fait appel à l’IA pour aider sa création artistique. Le contre, plus guindé, Cédric Sauviat, est un cadre animateur de l’Association Française Contre l’Intelligence Artificielle (AFCIA). Malgré la différence de charisme, le dialogue était équilibré donc le choix des protagonistes était bon. Vous pouvez revoir l’émission en différé. Pour moi, et je ne vais pas reprendre ce que j’ai déjà publié sur le site du Sauvage, c’est l’AFCIA qui gagne. Une visite sur leur site bien documenté m’a confirmé dans ce parti-pris. Il me semble tout à fait crédible que l’IA puisse dépasser dans un avenir rapproché l’intelligence humaine et franchir l’étape de la conscience d’elle-même. On est en plein mythe de Frankenstein, la créature qui échappe à son créateur, mais cela ne devrait pas nous empêcher de prendre la menace au sérieux. Ce qui manquerait aux algorithmes sauvages et puissants, c’est la capacité de rassembler l’énergie et les matériaux pour s’assurer une existence indépendante des humains mais ce ne sera un problème pour eux que lorsque l’humanité se sera suicidée en détruisant l’écosystème qui lui permet de vivre. D’ici là il leur suffit de mettre les humains à leur service, ce qu’ils ont clairement commencé à faire, avant même d’en avoir conscience. Encore une fois, le succès évolutif d’une espèce, son contrôle sur une autre, ne dépendent pas de son niveau de conscience. Pour illustrer ce propos avec un exemple concret, les bactéries, qui n’ont pas de système nerveux, sont capables de moduler notre comportement à leur avantage.
G.N.