Archive pour la catégorie ‘Nous avons vu’

Feydeau(x) au Lucernaire

24 novembre 2017,


par Michèle Valmont

Le Lucernaire propose en ce moment une curiosité théâtrale en montant trois pièces en un acte du jeune Georges Feydeau.
Rarement données, Amour et piano, Par la fenêtre et Fiancés en herbe n’en sont pas moins de délicieux moments d’humour et de drôlerie, narrant trois histoires de couples disparates.
De la jeune fille de bonne famille prenant pour son professeur de piano un jeune godelureau en goguette à l’exubérante brésilienne exigeant d’attiser la jalousie de son mari avec son paisible voisin, pour finir avec les prémisses amoureux de deux enfants, on ne sait où donner de la tête.
Dans un décor unique, les jeunes comédiens sont entraînés par le rythme effréné de la mise en scène de Thierry Harcourt. Ils sont tous parfaits: Laurence Facelina exquise, subtile et excellente chanteuse; Mathilde Hancisse hilarante brésilienne; Nina Poulsen, parfaite d’ingénuité juvénile; Louis Victor Turpin, époustouflant de justesse; Sébastien Baulain, drôlissime de niaiserie; Basile Alaimalais fantastique de candeur enfantine.
Le final chanté à capella est extrêmement réussi.
Ce spectacle est une bouffée de légèreté et de plaisir en ces premières journées de morosité hivernale.
M.V.
Le Lucernaire: OI44455734

Les bases arrière de la Grèce

5 novembre 2017,

par Jean-Claude Villain

En 2012 j’écrivais, contre certains désespérés tel Dimitri Dimitriadis, que « Non, la Grèce n’est pas morte » [1]. Y retournant cinq années plus tard, j’étais préoccupé de savoir si mon optimisme critique d’alors qui avait valorisé les capacités de résistance et les valeurs de solidarité du peuple grec, pouvait encore se trouver justifié. J’en étais venu à craindre que « la crise », résultat conjugué de la gestion coupable des finances publiques par les gouvernements successifs, de la prédation des fonds vautours de l’ogre capitaliste et de l’inflexibilité des instances autoritaires du libéralisme européen, n’ait finalement conduit le pays à une durable dépression physique, psychique, économique et sociale, pour tout dire à la ruine. Ma crainte était amplifiée par un facteur nouveau : l’explosion de la pression migratoire (plus contraignante ici qu’en Italie et en Espagne) venue non seulement des Balkans et d’Europe centrale comme depuis le début des années 1990, mais désormais des Proche et Moyen-Orients et de l’Afrique subsaharienne.

Regardée sous l’angle des comptes publics, des considérations budgétaires et monétaires, des taux de chômage et d’endettement, la situation de la Grèce stagne, sinon se dégrade, et le peuple continue de souffrir sans apercevoir la moindre sortie du tunnel. Il n’est qu’à voir à Athènes et dans les villes en général, les rues entières couvertes de graffitis aux commerces clos, les rideaux métalliques baissés et tagués, (suite…)

La putain du dessus, à la Huchette

6 octobre 2017,

Par Michèle Valmont

Oui, le théâtre grec existe toujours ! Le Théâtre de la Huchette en donne une preuve éclatante en montant « La putain du dessus » de Antonis Tsipianitis -auteur contemporain qui se joue depuis des années à Athènes-, dans la traduction de Haris Kanatsoulis.

Hiératique dans son élégante robe noire, Erato revient des funérailles de son mari dans son appartement athénien en (suite…)

Sympathique et enfantin Hockney

25 septembre 2017,

par Alain Hervé

Je l’ai déjà observé, les expressions artistiques d’une époque sont le miroir de cette époque. Hockney tel qu’exposé à Beaubourg,  y participe à sa manière. Il peint une vision privilégiée du monde dans le-quel il vit. Aucun drame en vue . Une fascination récurrente pour les postérieurs blancs d’adolescents dans des piscines parfaitement chlorées. Ce qui donne ces moments de grâce que l’on retrouve animés dans son film : A bigger splash.

Pourquoi pas? Cette peinture gaie, colorée, ensoleillée raconte un monde enfantin peuplé de jeunes garçons et de vieux mécènes joliment portraiturés. La nature tropicalisante vue du balcon rappelle les jungles du douanier Rousseau en moins onirique.

Mais on ne va pas reprocher à Hockney de ne pas se joindre au choeur des pleureuses et des coupables qui tartinent les toiles et les écrans de leurs sanglots et de leurs névroses. Il est le peintre d’une joie de vivre et de jouir. C’est reposant même si c’est irresponsable aux yeux de certains. Ses animations lentes d’un chemin de forêt  vu par neuf caméras aux quatre saisons méritent une médaille en chocolat.

Boris Vian à la Huchette

17 mars 2017,

14890500214221_photo_hd_32809par Michèle Valmont

« L’écume des jours » à La Huchette…ou comment adapter brillamment au théâtre un roman qui n’avait à priori pas besoin de cela. Paul Emond a conçu un spectacle respectueux de l’esprit de Boris Vian, de son langage si particulier, de sa poésie décalée parfois cynique, en y ajoutant des interventions musicales en hommage au trompettiste passionné de jazz qu’était l’écrivain.

Les trois comédiens s’emparent des divers personnages, y compris les animaux, avec un enthousiasme communicatif, mais incarnent avant tout Chloé et Colin, les jeunes amoureux, et Chick, leur (suite…)