Archive pour la catégorie ‘Nous avons vu’

L’incroyable histoire du Facteur Cheval

18 février 2019,

par Alain Hervé

Pour apprécier cette « incroyable histoire », il faut déjà avoir été dans la Drôme, dans la commune d’Hauterives et avoir vu le Palais idéal. Etre tombé de saisissement. Un amoncellement de pierres maçonnées par un facteur rural. Une mise en scène fantasmagorique telle que peu d’hommes ont réussi à exprimer. En dehors de toute école, de toute mode, de toute actualité, une tentative bouleversante de dire l’indicible. Une aventure parmi les manifestations humaines les plus exigeantes. Une rêverie matérialisée.

Et savoir quel homme a pu enfanter ce délire est de peu d’importance. Son oeuvre l’a écrasé, enseveli, l’a rendu dérisoire. A ce moment commence le film de Nils Tavernier.

Pour tenter de donner un visage à l’inventeur du Palais, il a choisi Jacques Gamblin. (suite…)

Comme en 14

17 février 2019,

par Michèle Valmont

Imaginez l’infirmerie d’un hôpital de fortune, à quelques pas du front où les combats font rage la veille de Noël 1917.
C’est dans cet univers dramatique que va vous propulser pendant deux (trop courtes) heures la pièce « Comme en 14 » de Dany Laurent, reprise au théâtre La Bruyère.
On s’y croirait: dans un ingénieux décor réaliste  de Jacques Voizot, quatre femmes et un adolescent attardé vivent deux journées d’horreur banale. On entend en arrière-fond les plaintes des blessés sans jamais les voir. Marguerite, l’infirmière en chef, dirige deux jeunes bénévoles; l’une attend des nouvelles de son fiancé soldat, l’autre, militante pacifiste, est amoureuse d’un blessé soigné dans la salle d’à côté, dont la mère, la châtelaine du village, et le frère s’inquiètent. Toutes font preuve d’un courage et d’une endurance exceptionnels.

(suite…)

Venise réservoir de songes

17 novembre 2018,

Polichinelles et acrobates Giandomenico Tiepolo

par Alain Hervé

Comme si dans la quotidienneté grise de cet automne 2018 une porte s’ouvrait sur une autre vie. L’exposition intitulée « Eblouissante Venise« , qui se tient à Paris au Grand Palais jusqu’au 21 janvier 2019, témoigne d’un moment miraculeux de l’histoire humaine au XVIII ème siècle.

Car Venise, on s’en rend compte ici, est à soi seule un monde. Comment sur un socle de vases des hommes ont fait surgir la plus belle ville  que l’on puisse fantasmer. Comment ils l’ont rendue chaleureuse, brûlante, désirable, souveraine. Comment ils ont inventé des fêtes, carnavals, intrigues, joutes, régates, bals, concerts que l’Europe entière éblouie venait partager.

Non pas que la misère et la violence soient absentes à Venise (suite…)

Comédiens ! Théâtre de la Huchette à Paris

5 avril 2018,

Par Michèle Valmont

Bon anniversaire au Théâtre de la Huchette qui fête ses 70 ans avec la comédie musicale « Comédiens ! » dont l’action se situe en 1948, sur la scène-même du nouveau théâtre.

Trois comédiens s’efforcent d’adapter sur le minuscule plateau un vaudeville musical qu’ils ont créé en province. Nous assistons à l’ultime répétition : le décor est inadapté, les comédiens oublient leur texte, la musique enregistrée peu convaincante. Pierre, mari de Coco dans la pièce et dans la vie, est cocufié par Guy, professeur de piano de la belle. Nous sommes dans la légèreté conventionnelle absolue. La leçon de piano érotique est hilarante, les comédiens chantent et dansent sur un rythme endiablé. Ils parlent aussi ; et au fil du dialogue, Guy révèle ingénument à Pierre un pan du passé de Coco. Tout bascule peu à peu. Lors de la représentation, la vie réelle s’immisce dans la pièce par un coup de théâtre inattendu.

Samuel Sené, le metteur en scène, s’est inspiré de « Paillasse », l’opéra de Leoncavallo, lui-même tiré d’une histoire vraie. Son excellente formation musicale et (suite…)

Wonder wheel, Woody Allen, chef d’oeuvre

1 février 2018,

par Alain Hervé

N’en déplaise à nos censeurs, le dernier Woody Allen est un chef d’oeuvre. Cette mise en scène de la malchance associée à la sottise des protagonistes n’en fait pas un film délectable d’humour comme on les attend de Woody. Non c’est un exposé affligeant d’un morceau de vie contemporaine dans lequel les victimes fabriquent elles-mêmes leur châtiment. Seul sourire: ce gamin en traitement chez un psy pour névrose incendiaire qui met le feu dans la corbeille à papier de la salle d’attente.

Mais quelle science de la mise en scène: de la direction des acteurs à la perfection de la prise de vues, de l’évocation du Coney island des années cinquante au choix de la partition musicale.

Allen et Polansky sont assignés au pilori de la bigoterie bien pensante.

Je ne pense pas que ce soient des irréprochables mais qu’en sais-je? Je sais que ce sont de très grands créateurs. Allez voir Wonder wheel, montez dans la Grande roue.