Archive pour la catégorie ‘Nous avons vu’

Wonder wheel, Woody Allen, chef d’oeuvre

1 février 2018,

par Alain Hervé

N’en déplaise à nos censeurs, le dernier Woody Allen est un chef d’oeuvre. Cette mise en scène de la malchance associée à la sottise des protagonistes n’en fait pas un film délectable d’humour comme on les attend de Woody. Non c’est un exposé affligeant d’un morceau de vie contemporaine dans lequel les victimes fabriquent elles-mêmes leur châtiment. Seul sourire: ce gamin en traitement chez un psy pour névrose incendiaire qui met le feu dans la corbeille à papier de la salle d’attente.

Mais quelle science de la mise en scène: de la direction des acteurs à la perfection de la prise de vues, de l’évocation du Coney island des années cinquante au choix de la partition musicale.

Allen et Polansky sont assignés au pilori de la bigoterie bien pensante.

Je ne pense pas que ce soient des irréprochables mais qu’en sais-je? Je sais que ce sont de très grands créateurs. Allez voir Wonder wheel, montez dans la Grande roue.

 

 

L’Iliade au Lucernaire

25 janvier 2018,

Par Michèle Valmont

N’en doutez plus : la guerre de Troie a bien eu lieu, et même elle se déroule presque tous les soirs au Lucernaire, à travers une adaptation de l’Iliade… en une heure et quart !

Dans une traduction de Jean-Louis Backès, qui respecte au mieux la langue présumée d’Homère, deux comédiens, Damien Roussineau et Alexis Perret, mettent en scène et incarnent à eux seuls les dizaines de protagonistes de cette confuse épopée qui berça notre adolescence.

Retrouvant dans un grenier des ustensiles hétéroclites, deux frères décident de reprendre leurs jeux d’enfants : balais, brosses, rideaux, poubelles, pots pour bébés, chaussettes ou cageots deviennent armures, lances, péplums, boucliers ou murailles. On se divertit beaucoup de l’utilisation hautement imaginative de tous ces objets mais attention il ne s’agit pas ici d’une parodie burlesque : les thèmes essentiels de l’Iliade sont repris dans les dialogues serrés et le rythme trépidant de l’action : courage, amitié, amour, trahison, de l’enlèvement d’Hélène à la mort d’Hector, sous l’égide des dieux de l’Olympe, la guerre de Troie se déroule, passionnante malgré une légère monotonie due à la succession des épisodes répétitifs des combats.

Roussineau et Perret sont époustouflants. Comédiens acrobates, ils se battent, cascadent, chevauchent, se trucident à qui mieux mieux. Passant en un clin d’œil d’Apollon à Achille, d’Agamemnon à Thétis, d’Athéna à Patrocle, de Poseïdon à Jupiter, en revêtant un simple élément de costume, ils arrivent par leur ardeur et leur enthousiasme à subjuguer le public.

Bel exploit d’acteurs qu’il ne vous faut manquer sous aucun prétexte.

M.V.

Lucernaire : 01 45 44 57 34

 

Avons nous vraiment besoin d’eau en bouteilles ?

17 décembre 2017,

photo prise sur l’Océan Pacifique (2004)

Poser la question c’est déjà donner la réponse, voir ici.

IA vs AFCIA

3 décembre 2017,

objetconnecte.com (d.r.)

Par Ghislain Nicaise
Hier soir tard sur Arte une émission mettait en scène un dialogue sur l’intelligence artificielle (IA) entre un pro et un contre. Le pro, branché et séduisant, Oscar Sharp, cinéaste, fait appel à l’IA pour aider sa création artistique. Le contre, plus guindé, Cédric Sauviat, est un cadre animateur de l’Association Française Contre l’Intelligence Artificielle (AFCIA). Malgré la différence de charisme, le dialogue était équilibré donc le choix des protagonistes était bon. Vous pouvez revoir l’émission en différé. Pour moi, et je ne vais pas reprendre ce que j’ai déjà publié sur le site du Sauvage, c’est l’AFCIA qui gagne. Une visite sur leur site bien documenté m’a confirmé dans ce parti-pris. Il me semble tout à fait crédible que l’IA puisse dépasser dans un avenir rapproché l’intelligence humaine et franchir l’étape de la conscience d’elle-même. On est en plein mythe de Frankenstein, la créature qui échappe à son créateur, mais cela ne devrait pas nous empêcher de prendre la menace au sérieux. Ce qui manquerait aux algorithmes sauvages et puissants, c’est la capacité de rassembler l’énergie et les matériaux pour s’assurer une existence indépendante des humains mais ce ne sera un problème pour eux que lorsque l’humanité se sera suicidée en détruisant l’écosystème qui lui permet de vivre. D’ici là il leur suffit de mettre les humains à leur service, ce qu’ils ont clairement commencé à faire, avant même d’en avoir conscience. Encore une fois, le succès évolutif d’une espèce, son contrôle sur une autre, ne dépendent pas de son niveau de conscience. Pour illustrer ce propos avec un exemple concret, les bactéries, qui n’ont pas de système nerveux, sont capables de moduler notre comportement à leur avantage.
G.N.

Feydeau(x) au Lucernaire

24 novembre 2017,


par Michèle Valmont

Le Lucernaire propose en ce moment une curiosité théâtrale en montant trois pièces en un acte du jeune Georges Feydeau.
Rarement données, Amour et piano, Par la fenêtre et Fiancés en herbe n’en sont pas moins de délicieux moments d’humour et de drôlerie, narrant trois histoires de couples disparates.
De la jeune fille de bonne famille prenant pour son professeur de piano un jeune godelureau en goguette à l’exubérante brésilienne exigeant d’attiser la jalousie de son mari avec son paisible voisin, pour finir avec les prémices amoureux de deux enfants, on ne sait où donner de la tête.
Dans un décor unique, les jeunes comédiens sont entraînés par le rythme effréné de la mise en scène de Thierry Harcourt. Ils sont tous parfaits: Laurence Facelina exquise, subtile et excellente chanteuse; Mathilde Hancisse hilarante brésilienne à la folle présence; Nina Poulsen, parfaite d’ingénuité juvénile; Louis Victor Turpin, époustouflant de justesse; Sébastien Baulain, drôlissime de niaiserie; Basile Alaimalais fantastique de candeur enfantine.
Le final chanté a capella est extrêmement réussi.
Ce spectacle est une bouffée de légèreté et de plaisir en ces premières journées de morosité hivernale.
M.V.
Le Lucernaire: OI44455734