Archive pour la catégorie ‘Some Like It Hot’

Et à propos de Giacometti

24 août 2010, Alain Hervé

Pour avoir vu récemment un de ses « Homme qui marche ». C’était je crois au musée d’art moderne Peggy Guggenheim à Venise. J’ai eu un reflexe d’agacement.
Vous, vous voyez cette quintessence de la silhouette du bipède humain en route pour nulle part et partout ?
Exprimant surtout selon ce qu’on y projette : le désespoir, l’affliction, l’accablement, l’indifférence, la régression, l’absence, la néantisation imminente.
Cette quintessence de l’expression artistique constituée d’une agglutination légère de touches de bronze. Comme un tartinage puéril ou légèrement débile ou scatologique.
Ces statuettes sentent ou bien la merde, ou bien l’absolu insignifiant dans leur maigreur ascétique.
Elles annoncent la pusillanimité de l’homme, sa qualité dramatique, la fin de sa matérialité, sa disparition imminente.
On peut considérer Giacometti comme un génie de son temps qui a su exprimer le moins que rien avec une touche de snobisme puritain. Un anti Leonard de Vinci avec sa silhouette d’homme solaire vitruvien.
Les salons ont frémi. Les intellectuels se sont pâmés, les snobs ont ovationné, les marchands se sont précipités, les escapistes de l’impôt ont acheté et fait monter la cote.
On vient de vendre chez Sotheby’s je crois, un de ces petits machins soixante quinze millions de dollars.
Laquelle somme ne signifie pas la valeur prodigieuse de l’objet d’art mais la valeur du support spéculatif. La « petite merde » aux yeux du public populaire devient un porte pognon disproportionné.
Les critiques d’art laissent entendre que la valeur de l’artiste et de son œuvre augmente en proportion de sa valeur marchande. Ils cautionnent ainsi la minable fuite devant l’impôt et le dévoiement de l’appréciation de l’œuvre d’art.
Giacometti devient un super man de l’expression artistique. L’égal d’un Enguerrand Quarton et son micro marcheur comparable au Couronnement de la Vierge de Villeneuve-lès-Avignon.
On peut ne pas suivre ce délire.
Et saluer cette exemplaire imposture.

On peut aussi avoir une autre appréciation de l’évènement et l’exprimer…

Alain HERVE

Projet d’un film sur la forêt tropicale humide

3 juillet 2010, Alain Hervé

Nous vous invitons  à participer à votre manière au projet de Francis Hallé qui lance l’idée de réaliser un film sur les forêts primaires des tropiques avec le cinéaste Luc Jacquet.

On nous rabâche depuis des années que l’on dévaste les forêts primaires pour élever du bétail, pour planter du soja ou des palmiers à huile ou fabriquer du contreplaqué. Et c’est vrai.

Ces monuments vivants de la biodiversité, plus anciens que l’histoire de l’humanité, n’existeront bientôt plus. Francis Hallé qui célèbre avec passion depuis des années dans son enseignement et ses livres les arbres et les tropiques (voir son dernier titre : « La Condition tropicale ») qui fut l’inventeur de l’exploration de la canopée avec un dirigeable est le président de l’association « Forêts tropicales humides, le film ».

Allez les rencontrer sur leur site : « foretstropicaleslefilm.org ».

Pour la parité, inventons le scrutin duonominal

9 mai 2010, redaction

La parité homme-femme est désormais inscrite dans la Constitution de notre pays, et tout le monde s’en félicite.

Les élections régionales récentes ont confirmé de ce point de vue la pertinence et l’efficacité des listes mixtes alternant les candidats de chaque sexe, listes dites chabadabada, qui garantissent l’égale représentation des hommes et des femmes dans les conseils régionaux.

Le projet de loi sur la réforme territoriale actuellement en discussion au Parlement prévoit parmi nombre de propositions discutables (suppression de la clause de compétence générale, encadrement budgétaire des collectivités, recentralisation perlée,…), la création d’un nouveau conseiller territorial appelé à remplacer les conseillers régionaux et généraux  en siégeant dans les deux assemblées.

Pour maintenir la parité, le bon sens aurait voulu que le mode de scrutin retenu pour l’élection de ces nouveaux conseillers territoriaux s’inspire du mode de scrutin des régionales, en renforçant éventuellement le poids et la lisibilité des sections départementales; malheureusement, le mode de scrutin proposé par le gouvernement est, sur la base de simples calculs politiciens, le scrutin uninominal à deux tours secs, agrémenté d’une dose homéopathique de proportionnelle.

De l’avis général, un tel mode de scrutin aura pour conséquence inéluctable de faire régresser de manière considérable la parité dans les assemblées territoriales ; ce qui risque d’ailleurs de frapper d’inconstitutionnalité cette réforme, puisque la Constitution prévoit explicitement que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ».

Aussi, pour maintenir la parité, à défaut de l’équité, pour ces nouvelles élections territoriales, la solution pourrait être d’inventer dans  notre pays le scrutin « duonominal », scrutin dans lequel les candidatures doivent être obligatoirement présentées par paires, un homme- une femme, tous deux étant élu(e)s en cas de succès. La parité serait ainsi garantie dans chacune des assemblées.

Pour réaliser cette réforme, sans augmenter le nombre d’élus, il suffit de regrouper les cantons par deux, trois ou quatre, et d’élire deux conseillers par circonscription ainsi créée, à charge pour eux de s’organiser comme ils l’entendent à l’intérieur de leur circonscription (répartition par compétences ou par territoire).

La question de savoir si cette élection doit être à un tour,  deux tours secs (où seules les deux paires arrivées en tête au premier tour peuvent se présenter au deuxième tour), ou  deux tours ouverts (où les paires ayant obtenu 10% au premier tour peuvent se maintenir au deuxième) méritera d’être posée. Cependant, pour éviter les triangulaires ou quadrangulaires qui risqueraient de conduire à une paralysie par fragmentation des assemblées, il paraitrait  judicieux de s’orienter vers un scrutin à deux tours secs, mais avec faculté de recomposer les paires entre les deux tours sur la base d’accords politiques, tout en maintenant bien entendu la parité homme-femme; cette option permettant d’ailleurs de favoriser une meilleure représentation proportionnelle.

En cas de réussite, cette formule de scrutin duonominal pourrait être élargie au scrutin législatif, garantissant enfin une juste représentation des femmes à l’Assemblée Nationale !

Christian DESPLATS, Conseiller régional Provence Côte d’Azur

Elizabeth Badinter et la maternité

25 avril 2010, Ghislain Nicaise

La sortie en février 2010 du livre d’Elisabeth Badinter « Le conflit, la femme et la mère » a suscité de nombreuses réactions, en particulier de femmes de la mouvance écologiste, hostiles à la vision de l’auteure.
Cet essai suggère que le modèle actuel de la maternité, influencé en particulier par une « offensive du naturalisme » serait un obstacle à l’égalité homme-femme. La réaction des « naturalistes » a été rapide et à mon avis très pertinente, une recherche rapide sur internet avec les mots clefs « vertes de rage » permet d’en juger.
Il apparait qu’E. Badinter ne s’est pas posé la question de savoir pourquoi les mouvements écologistes semblaient permettre une meilleure émergence de cadres femmes et elle dénonce sans plus d’hésitation ces femmes comme des obstacles à la cause du féminisme.
Qu’il soit permis à un homme, féministe par son éducation et par choix assumé, d’apporter son grain de sel dans cette controverse.

Le drame des couches culottes

Une partie du débat porte sur les couches culottes jetables. Elisabeth Badinter en veut aux écologistes de critiquer cet accessoire d’une maternité moderne. Ayant eu le privilège de prendre ma part aux changes de deux enfants, je m’autorise une incursion technique sur ce sujet. Il peut être utile de rappeler que les couches jetables d’aujourd’hui sont généralement formées d’une partie externe imperméable en plastique doublée d’une partie interne absorbante. Lorsque la couche a rempli son office, ou pour le formuler autrement lorsque le bébé a rempli sa couche, on enlève la couche saturée et on replie le tout en un paquet, fermé par les parties adhésives qui maintenaient la taille. Le déchet ainsi produit est déplorable, difficilement recyclable et, si l’on en est resté aux incinérateurs, mauvais combustible. Lorsque notre ainée était bébé, à la fin des années 1960, les couches jetables composées d’une partie absorbante étroitement solidaire d’une enveloppe plastique n’étaient pas encore sur le marché. Les couches en tissu, lavables, qui à cette époque étaient la solution habituelle, ne me semblent pas une solution écologique satisfaisante, trop dispendieuses en eau et en main d’oeuvre. La manipulation est en outre désagréable. Sept ans après, à la naissance de notre cadet, nous avons pu tester une plus grande variété de systèmes. Celui qui me semble devoir être retenu est l’association entre une partie absorbante cellulosique et une enveloppe imperméable indépendante. La partie absorbante souillée, biodégradable, se composte remarquablement vite et donne un compost inodore d’excellente qualité, et la partie imperméable se rince et sèche facilement. Je me souviens avoir récupéré dans le compost mûr de fines enveloppes en mailles synthétiques non biodégradables qui dans certaines marques avaient enveloppé la partie absorbante. Ce tri ultime n’était pas contraignant. Cette histoire de couches me semble exemplaire des solutions techniques que peuvent choisir les écologistes qui sont rarement le retour au passé, comme l’a dit récemment en substance Cécile Duflot « nous ne somme pas pour le retour à la lampe à huile, cette solution est trop polluante ».

Elisabeth Badinter s’en prend aussi à l’allaitement, alors que le taux d’allaitement à la naissance est en France de 50 % et que les pays scandinaves en sont à plus de 90 %. En Europe seule l’Irlande a un taux plus bas que la France. Il peut être utile de rappeler qu’en Suède il y a 46 % de femmes au parlement contre 10 % en France. La corrélation entre allaitement et parité ne semble pas aller dans le sens des thèses d’Elizabeth Badinter.

Le rejet par Elisabeth Badinter de toute notion d’instinct de reproduction est respectable philosophiquement, mais ne me semble pas réaliste. Elle constate que de nombreuses femmes n’ont aucune envie d’enfant et elle en déduit qu’il n’y a donc pas d’instinct. Cette thèse a fait l’objet d’une controverse intéressante entre Elizabeth Badinter et une anthopologue membre de l’Académie des Sciences américaine, Sarah Blaffer Hrdy.
La partie de la population qui se reproduit ne le ferait-elle que par conformisme social ou culturel ? Pour avoir eu moi-même, particulièrement pendant toute ma jeunesse, envie d’enfants, j’ai peine à croire que cette envie m’ait été inculquée par mon éducation. On peut se risquer à affirmer que les personnes qui ont envie d’enfants laissent plus de descendance que les personnes qui n’en ont pas envie : cela ne relèverait-il que de la culture et pas un peu de la biologie ? On touche là au vieux débat de l’inné et de l’acquis. L’hypertrophie du cerveau humain a sans doute perturbé bien des fonctions biologiques mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles aient disparu.

Le « plafond de verre » qui empêche les femmes d’occuper des positions dominantes dans notre société résulte peut-être en partie de la maternité mais certainement aussi d’autres facteurs, qu’ils soient innés, acquis ou un peu des deux comme souvent dans notre espèce. En tant qu’universitaire j’ai à plusieurs reprises participé à des concours de recrutement qui opposaient un homme et une femme, émergeant au dessus du lot des candidat-e-s. J’ai en mémoire deux cas où la femme l’a emporté alors que dans ces deux cas (selon mon jugement) l’homme était un meilleur chercheur et même potentiellement meilleur enseignant mais manquait de confiance en soi. La femme par contre était dans les deux cas une battante, plus extravertie, avec une agressivité joyeuse qui a emporté l’adhésion du jury dont je peux dire sans risquer de le calomnier qu’il n’était pas composé principalement de féministes. A noter que ces deux femmes sont mères de famille. Ces cas remarquables sont confortés pour moi par les cas plus fréquents où un homme médiocre mais content de lui l’emportait sur des concurrents, hommes ou femmes, plus capables mais plus modestes. Je vous laisse le soin de décider si ces concours de recrutements d’universitaires sont ou non à l’image de ce qui se passe ailleurs.

Ghislain Nicaise

Cohn-Bendit : mais pourquoi tant de haine ?

15 avril 2010, Laurent Samuel

Mais pourquoi tant de haine ? C’est la question que l’on pose en lisant Cohn-Bendit, l’Imposture (éditions Max Milo). Ce pamphlet enlevé est l’oeuvre de Paul Ariès, théoricien reconnu de la décroissance et directeur du journal Le Sarkophage, et Florence Leray, philosophe et journaliste spécialisée en environnement. Les auteurs partent en guerre contre Daniel Cohn-Bendit, coupable à leurs yeux de complaisance envers le capitalisme, l’Europe (dans sa conception habituelle) et le « développement durable ». Et, pire sans doute encore, de fréquenter la Coupole, que nos deux pamphlétaires prennent à tort pour un établissement de luxe. !

Par ailleurs, ce livre passe sous silence l’ancienneté de l’engagement écologiste de Daniel Cohn-Bendit, qui avait été interviewé par Charlotte Vinsonneau dans le Sauvage en 1978 (si ma mémoire est bonne), sous le titre (souvent repris par la suite) Dany le Vert. Mais l’erreur des auteurs est surtout de considérer « DCB » comme un penseur, alors qu’il est avant tout un empêcheur de tourner (et de penser) en rond, et un passeur d’idées. D’où ses contradictions et ses vérités successives, que Paul Ariès et Florence Leray, persuadés d’incarner la « ligne juste », prennent un malin plaisir à décortiquer. Au-delà du « cas » Cohn-Bendit, ce livre est symptomatique d’une certaine dérive de la pensée écologiste qui dénonce tout écart par rapport à la doctrine comme une trahison et un ralliement à l’« ennemi ». Bref, une conception intolérante de l’écologie, dont je me sens personnellement très éloigné.

Arrêtez les bébés

9 avril 2010, Sophie Chauveau

« Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique, c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains. Si nous ne soignons que les symptômes du cancer, le malade peut en être soulagé quelque temps : mais tôt ou tard il mourra, souvent après d’atroces souffrances. Tel sera le destin d’un monde atteint d’explosion démographique si les symptômes seuls sont traités. Nous devons reconvertir nos efforts et tenter l’ablation du cancer. Cette opération demandera de nombreuses décisions qui sembleront brutales et sans pitié. La douleur pourra être intense. Mais la maladie a fait de tels progrès que seule la chirurgie la plus énergique pourra désormais sauver le malade. »

Paul Ehrlich. La bombe P. publié en 1968 aux USA, en 1972 en France.

Le plus souvent sans réfléchir.
Par automatisme pour faire comme leurs parents.
Par conformisme, tout le monde en fait, non ?
Parce que « c’est une loi de nature ».
Par négligence. Ils ne l’ont pas fait exprès. N’ont pas fait attention.
Pour avoir quelqu’un de plus faible à dominer et sur qui se passer les nerfs.
Par peur du vide, pour avoir un but dans la vie : gagner de quoi nourrir ses mômes.
Pour avoir quelqu’un à aimer. Et surtout qui les aime.
Pour les alloc’, la sécu et la retraite. Dans la majeure partie du monde, seules les générations suivantes assurent les vieux jours de ceux qui ne peuvent plus travailler.
Ou parce que vraiment ils n’aiment pas les chiens.

Y pensent-ils seulement avant de se retrouver devant le fait accompli ?
Personne ne peut ignorer que 18 000 enfants meurent CHAQUE JOUR de faim; sans parler de ceux qui meurent de soif, de maladie, de maltraitance, de guerres accompagnées ou non de génocides ou autres petites tueries …

Il est impensable que la peur de les voir mourir n’arrête jamais les futurs parents.
On ne donne pas la vie impunément. Ça dure longtemps un enfant. En moyenne le temps d’une vie. Enfin normalement. Et ça demande bien davantage que des soins, une attention unique, des projets extravagants, des rêves inouïs, un luxe de temps, d’amour…

L’Occident qui prétend attacher tant de prix à l’enfant devrait se doter d’outils d’apprentissage à la parentalité afin d’éviter que se commettent toutes les horreurs que chaque jour débite la presse, ou dont témoigne le sadisme ordinaire des scènes de rues… Partout dans l’espace public, l’on entend des parents mal parler à leurs enfants sous prétexte que ce sont les leurs, et qu’ils sont trop petits pour les planter là, leur crier dessus, les insulter, les humilier voire les frapper. De la banalité du dressage.

Se retrouver enceinte n’a rien d’inéluctable. Je parle pour l’Occident, en espérant que l’Orient l’imite au plus vite. Mais partout dans le monde, et même en Orient, personne n’est obligé de pratiquer le coït, encore moins le coït non protégé, non interrompu. Qui ne préférerait l’abstinence à voir mourir son enfant ?

En prime, aujourd’hui, personne ne peut ignorer les nombreux moyens contraceptifs, et si tous ont échoué, les moyens abortifs.

Depuis la nuit des temps, des femmes moins informées, moins instruites que celles de notre époque, ont su toutes seules éviter d’avoir des enfants non voulus. Et vous, vous ne sauriez pas !
Etaient-elles moins soumises aux hommes que vous le seriez aujourd’hui ? Étaient-ils moins violeurs ? Moins terrorisants ? Que diantre, ne vous êtes-vous pas libérées ? La pulsion érotique n’impose pas la maternité, au contraire. L’éros est aux antipodes de la reproduction. Le plaisir n’est pas synonyme de surpopulation, il préfère le silence et les chemins de traverse.
L’enfant ne donne pas de droit. Et ne saurait être un argument pour ne rien faire de sa vie.

Au XXI siècle, il ne devrait plus être loisible de donner la vie sans l’avoir mûrement réfléchi. Se reproduire n’est pas un droit de l’homme, ni de la femme. En tout cas il faudrait le compter loin, très loin, derrière les droits de l’enfant. S’opposent trop souvent le droit de mal faire des enfants, voire d’en abuser, de ne pas les protéger contre qui les instrumentalise… aux vrais Droits des enfants .

On ne peut pas à la fois essuyer une larme devant le moindre enfant mort, blessé ou abandonné, comme ces bébés d’Haïti que l’Europe entière après le dernier cataclysme se précipite pour adopter, ou ceux réifiés, torturés, assassinés par des Dutroux et autres pédophiles meurtriers qui défient la raison, et dans le même mouvement, si mal les élever à coup de correction, de roustes, branlées, dérouillées…, histoire de leur apprendre la vie ! Le tout assorti de phrases plus sadiques les unes que les autres, « non mais qu’est-ce que tu crois ? t’es pas là pour t’amuser ? C’est pas la vie, ça ! », et sans fléchir ni réfléchir plus avant, les enfermer des l’aurore de la crèche à l’école, en passant par l’armée, l’usine, le bureau, pour finir au mouroir…
Pour arriver à ces vies-là, c’était pas la peine.

Donner la vie ?
Quelle vie ?

Nos sociétés d’abondance, de liberté, de consommations excessives et de plaisir érigé en loi, démontrent à l’envi que le bonheur n’est pas inclus dans l’emballage. La preuve, il leur en faut toujours plus et ça ne marche pas. Ça transforme juste la planète en égout.
Alors que franchement, n’était ce goût pour la joie, le plaisir, le partage de minutes heureuses, l’odeur des freesias, la beauté du chat qui passe, la naissance du printemps et quelques singuliers émois, il n’y aurait plus personne à embrasser.

Le plus petit commun dénominateur de l’espèce n’est-il pas encore ce goût immodéré pour le bonheur ? Celui-là, qu’on s’entête à le sauvegarder et à le transmettre, je comprends. C’est d’ailleurs pour lui, pour le simple bonheur de jouir de la beauté, que je m’insurge contre cette affolante, affolée démographie.

J’ai souvent une pensée souriante et même envieuse pour les enfants qui n’ont pas vu le jour et ne connaîtront donc pas les misères qui affligent, torturent, assassinent…les vivants. Qui n’ont pas eu la chance d’avoir été avortés, empêchés, ou n’ont pas su s’escamoter d’eux-mêmes à des âges non-viables.

C’est au nom du bonheur que je réclame un moratoire sur les bébés.
C’est par amour pour les enfants désirés et heureux que je voudrais qu’on arrête d’en produire à la chaîne, sans conscience ni contrôle.
Arrêtez de vous reproduire, toutes, tous. Arrêtez deux ans.
Cinq ans ce serait mieux.
Arrêtez de faire naître des enfants sans y avoir réfléchi.
Deux ans, cinq ans de réflexion, et les trois quarts des problèmes d’environnement, de ressources, d’écologie, d’économie… seraient sinon réglés, du moins notablement diminués, atténués.

Alors… Non je ne vais pas énumérer ce que chacun pourrait faire durant ces années sans bébé. Chacun ses rêves, et les vôtres sitôt que vous vous serez libérés du prétendu diktat de la Nature, seront aussi riches que nombreux.
Ôtez les bébés de vos perspectives immédiates, et reprenez vos rêves là où les a plombés le conformisme, là où les a fait dévier le mimétisme du courant dominant…

Ceux qui naîtront ensuite seront plus heureux. Et vous aussi.
Je n’irai pas jusqu’à dire le monde sera sauvé, mais je pense qu’il sera plus beau, plus léger et se portera mieux.

Sophocle ne disait-il pas déjà en son temps où nous étions légèrement moins nombreux « Ne pas être né est peut-être un grand bienfait ».