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Elizabeth Badinter et la maternité

25 avril 2010,

La sortie en février 2010 du livre d’Elisabeth Badinter « Le conflit, la femme et la mère » a suscité de nombreuses réactions, en particulier de femmes de la mouvance écologiste, hostiles à la vision de l’auteure.
Cet essai suggère que le modèle actuel de la maternité, influencé en particulier par une « offensive du naturalisme » serait un obstacle à l’égalité homme-femme. La réaction des « naturalistes » a été rapide et à mon avis très pertinente, une recherche rapide sur internet avec les mots clefs « vertes de rage » permet d’en juger.
Il apparait qu’E. Badinter ne s’est pas posé la question de savoir pourquoi les mouvements écologistes semblaient permettre une meilleure émergence de cadres femmes et elle dénonce sans plus d’hésitation ces femmes comme des obstacles à la cause du féminisme.
Qu’il soit permis à un homme, féministe par son éducation et par choix assumé, d’apporter son grain de sel dans cette controverse. (suite…)

Arrêtez les bébés

9 avril 2010,

par Sophie Chauveau

« Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique, c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains. Si nous ne soignons que les symptômes du cancer, le malade peut en être soulagé quelques temps : mais tôt ou tard il mourra, souvent après d’atroces souffrances. Tel sera le destin d’un monde atteint d’explosion démographique si les symptômes seuls sont traités. Nous devons reconvertir nos efforts et tenter l’ablation du cancer. Cette opération demandera de nombreuses décisions qui sembleront brutales et sans pitié. La douleur pourra être intense. Mais la maladie a fait de tels progrès que seule la chirurgie la plus énergique pourra désormais sauver le malade. »

Paul Ehrlich. La bombe P. publié en 1968 aux USA, en 72 en France.

 

Pourquoi font-ils tant d’enfants ?

Et le plus souvent sans réfléchir.

Par automatisme pour faire comme leurs parents.

Par conformisme, tout le monde en fait, non ?

Parce que « c’est une loi de nature ».

Par négligence. Ils ne l’ont pas fait exprès. N’ont pas fait attention.

Pour avoir quelqu’un de plus faible à dominer et sur qui se passer les nerfs.

Par peur du vide, pour avoir un but dans la vie : gagner de quoi nourrir ses mômes.

Pour avoir quelqu’un à aimer. Et surtout qui les aime.

Pour les alloc’, la sécu et la retraite. Dans la majeure partie du monde encore, seules les générations suivantes assurent les vieux jours de ceux qui ne peuvent plus travailler.

Ou parce que vraiment ils n’aiment pas les chiens.

 

Y pensent-ils seulement avant de se retrouver devant le fait accompli ?

Pourtant personne ne peut ignorer que 18 000 enfants meurent CHAQUE JOUR de faim; sans parler de ceux qui meurent de soif, de maladie, de maltraitance, de guerres accompagnées ou non de génocides ou autres petites tueries …

Comment s’imaginer que la peur de les voir mourir n’arrête jamais les futurs parents?

On ne donne pas la vie impunément. Un enfant, ça dure longtemps. En moyenne le temps d’une vie. Enfin, normalement, dans de bonnes conditions. Et ça demande bien plus que des soins, une attention unique, des projets extravagants, des rêves inouïs, un luxe de temps, de l’amour jusqu’à plus soif…

L’Occident qui prétend attacher tant de prix à l’enfant ferait bien de se doter d’outils d’apprentissage à la parentalité afin d’éviter que se commettent ces horreurs que la presse débite chaque jour, dont témoigne le sadisme ordinaire des scènes de rues… Partout dans l’espace public, l’on entend des parents mal parler à leurs enfants sous prétexte que ce sont les leurs, et qu’ils sont trop petits pour les planter là, alors sans vergogne au milieu des rues ils leur crient dessus, les insultent, les humilient il arrive même qu’ils les frappent. De la banalité du dressage.

 

Argument suprême de cet autre couple qui hante nos cités, la mendiante qui tient dans ses bras un bébé ou du moins un enfant très petit, morveux et haillonneux, de préférence au sein, le plus souvent endormi, dans les bras de sa pseudo-mère, tout aussi sale et misérable que lui, avec comme seule légende « s’il vous plaît, c’est pour nourrir mes enfants, s’il vous plaît… Au lieu d’avoir honte de les traiter de la sorte, de les laisser se traîner au sol en si misérables postures, elles les exhibent! Et s’en font un sujet d’orgueil, un argument pour exiger l’aumône. Un chantage au bon cœur de mère qui sommeille en tout homme.

Et l’on retient ce cri du cœur, muré par le politiquement correct: mais enfin quand on ne peut pas nourrir ses gosses, on se dispense d’en faire autant! Ce cri-là, personne n’ose le pousser. On est déjà bien assez meurtris par ce spectacle.

D’autant que nourrir n’a jamais suffi. Mieux vaudrait commencer par ne pas les exposer dans les rues ou les métros à tous les vents du mépris et de la misère.

À la façon qu’ont certains, même pas à la rue, de brandir leur bébé, on dirait que ça n’est pas de leur faute, que ça leur est tombé du ciel.

Aujourd’hui à force de luttes féministes, se retrouver enceinte n’a rien d’inéluctable. Je parle pour l’Occident, en espérant que l’Orient l’imite au plus vite. Quoique partout dans le monde, même en Orient, aucun homme n’est contraint à pratiquer le coït, encore moins le coït non protégé, non interrompu. Comme disait Camus, « un homme ça s’empêche »! Qui ne choisirait l’abstinence plutôt que de voir mourir son enfant ?

D’autant que plus personne n’ignore les nombreux moyens contraceptifs, chaque culture, chaque civilisation a généré les siens. Et dans le cas où tous auraient échoué, le monde entier sait les secrets des sorcières, la décoction d’herbes abortives. Tant de techniques abortives ont été mises au point… Depuis la nuit des temps, des femmes moins informées, moins instruites que celles de notre époque, ont su toutes seules éviter d’avoir des enfants non voulus. Et vous mes contemporaines, vous ne sauriez pas !

Les dames du temps jadis étaient-elles moins soumises aux hommes que vous aujourd’hui ? Étaient-ils moins violeurs ? Moins terrorisants ? Que diantre, pour nombre d’entre vous, ne vous êtes-vous pas libérées ?

La pulsion érotique n’impose pas la maternité, au contraire. L’éros est aux antipodes de la reproduction. Le plaisir n’est jamais synonyme de surpopulation, il préfère le silence et les chemins de traverse.

L’enfant ne donne pas de droit. Et ne saurait être un argument pour ne rien faire de sa vie.

 

Au XXIe siècle, il ne devrait plus être loisible de donner la vie sans l’avoir mûrement réfléchi.

Se reproduire n’est pas un droit de l’homme, ni de la femme. Et si jamais notre époque infantilisante s’y abîmait, ce dont elle prend le chemin, il faudrait le compter loin, très loin, derrière les droits de l’enfant. Si tant bafoués en tant de lieux sur la planète. S’opposent trop souvent le droit de mal faire des enfants, voire d’en abuser, de ne pas les protéger contre qui les instrumentalise…, aux vrais Droits des enfants[1].

On ne peut pas à la fois essuyer une larme devant le moindre enfant mort, blessé ou abandonné, comme ces bébés d’Haïti que l’Europe entière après le dernier cataclysme se précipite pour adopter, ceux réifiés, torturés, assassinés par des Dutroux et autres pédophiles meurtriers qui défient la raison, et tous les orphelins roumains du monde, et dans le même mouvement, si mal les élever à coup de correction, de roustes, branlées, dérouillées…, histoire de leur apprendre la vie ! Le tout assorti de phrases plus sadiques les unes que les autres, « non mais qu’est-ce que tu crois ? t’es pas là pour t’amuser ? C’est pas la vie, ça ! », et sans fléchir ni réfléchir plus avant, les enfermer des l’aurore de la crèche à l’école, en passant par l’armée, l’usine, le bureau, pour finir au mouroir…

Si c’est pour en arriver à ces vies-là, c’est vraiment pas la peine.

Donner la vie ?

Quelle vie ?

Déjà nourrir les siens c’est les mettre en danger de mort, de maladie, de dégénérescence…

Nos sociétés d’abondance, de liberté, de consommations excessives et de plaisir érigé en loi, démontrent à l’envi que le bonheur n’est pas inclus dans l’emballage. La preuve, il en faut toujours plus et ça ne marche toujours pas. Ça transforme juste la planète en égout.

Alors que franchement, n’était ce goût violent pour la joie, le plaisir, le partage de minutes heureuses, l’odeur des freesias, la beauté du chat qui passe, la naissance du printemps et quelques singuliers émois, il y a longtemps qu’il n’y aurait plus personne à embrasser.

Le plus petit commun dénominateur de l’espèce n’est-il pas encore ce goût immodéré pour le bonheur? Et qu’on s’entête à le sauvegarder et à le transmettre, je comprends. Mais pourquoi ne vouloir le transmettre qu’à son sang? C’est d’ailleurs pour le simple bonheur de jouir de la beauté, que je m’insurge contre cette affolante, affolée démographie.

J’ai souvent une pensée souriante et même envieuse pour les enfants qui n’ont pas vu le jour et ne connaîtront pas les misères qui affligent, torturent, assassinent…, les vivants. Qui n’ont pas eu la chance d’avoir été avortés, empêchés, ou n’ont pas su s’escamoter d’eux-mêmes à des âges non-viables.

 

Au nom du bonheur, je réclame un moratoire sur les bébés.

Par amour pour les enfants désirés et heureux, je souhaite qu’on arrête d’en produire à la chaîne, sans conscience ni contrôle.

Arrêtez de vous reproduire, toutes, tous, comme des photocopieuses…

Arrêtez deux ans.

Cinq ans, ce serait mieux.

Arrêtez de faire naître des enfants sans y avoir réfléchi. Sans avoir envisagé la vie que vous rêveriez pour eux.

Deux ans, cinq ans de réflexion, et les trois quarts des problèmes d’environnements, de ressources, d’écologie, d’économie… seraient sinon réglés, du moins notablement diminués. Atténués. Et la planète épuisée reprendrait des forces.

Alors… Non je ne vais pas énumérer ce que chacun de vous pourrait faire durant ces années sans bébé. Chacun ses rêves, et les vôtres sitôt que vous vous serez libérés du prétendu diktat de la Nature, seront aussi riches que nombreux.

Ôtez les bébés de vos perspectives immédiates, et reprenez vos rêves là où les a plombés le conformisme, là où les a fait dévier le mimétisme du courant dominant…

 

Ceux qui naîtront ensuite seront plus heureux. Et vous aussi.

Je n’irai pas jusqu’à dire le monde sera sauvé, mais je pense qu’il sera plus beau, plus léger et se portera mieux.

Sophocle ne disait-il pas déjà en son temps où nous étions légèrement moins nombreux « Ne pas être né est peut-être un grand bienfait ».

Sophie Chauveau

 



[1] on peut le trouver dans la Convention internationale des droits de l’enfant, qui n’a que 54 articles, faciles à mémoriser