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Bernard Maris vous parle des maths

30 mai 2015,

mathsBernard Maris : Hélas, l’abus de mathématiques rend sourd. Une des causes de la fascination pour la raison raisonnante tient à l’origine des économistes : beaucoup viennent des sciences dures… Le recours à la technique, au jargon et aux mathématiques a une autre raison, beaucoup plus pernicieuse. Le langage abscons permet de clôturer le champ de l’économie et d’éliminer « ceux qui n’y comprennent rien ». Circulez, y’a rien à voir ! Laissez-nous entre nous ! Ne vous occupez pas de ces histoires d’argent, c’est trop compliqué pour vous. Attitude bien commode, non ? Parmi les savants et les universitaires, les mathématiques ont un effet dévastateur. Elles éliminent les « littéraires », les sociologues, psychologues, les penseurs un peu sceptiques, les géographes, les doux, les philosophes…Elles créent une langue noble (formalisée), supérieure, dominante, et des patois que l’on laisse aux gens de la rue, aux incultes, aux paysans. (suite…)

Pierre Samuel

16 avril 2010,

Tout nous séparait.
Il était mathématicien et je conserve encore un souvenir épouvanté de mes relations avec les profs de math.
J’étais journaliste, navigateur et pas du tout scientifique.
Il fumait et ça m’agaçait car je venais de réussir à m’arrêter.
Il prenait des notes sur ses vieux paquets de gitanes et je considérais qu’il s’agissait d’une démonstration de recyclage un peu puérile.

A part ça nous nous complétions sans doute parfaitement. A ma fantaisie désordonnée, à mes improvisations brutales, il opposait le calme, l’organisation, la continuité. A vrai dire nous avons cohabité peu de temps. J’avais quitté la direction des Amis en 1972, lorsque j’avais passé la main à Brice Lalonde. Je m’occupais surtout alors du Sauvage qui en était à ses premiers numéros. Mais à partir de 1973, nous nous rencontrions fréquemment à l’occasion des réunions des Amis quai Voltaire.

Tout nous rapprochait.

Nous étions tous les deux féministes. Je me souviens de fameux délires avec Christiane Rochefort. Je l’appréciais pour être l’auteur d’Amazones guerrières et gaillardes, une recherche suprêmement originale et documentée, qui déniaisait le simplisme bien pensant et sectaire de certaines féministes de salon. Pierre était un gaillard discret mais informé.

Je l’appréciais pour assurer avec discrétion et fermeté le pilotage des Amis au jour le jour : surveiller les comptes, désamorcer les dérapages gauchistes, développer le réseau national, assurer le lien avec ses amis scientifiques de Survivre et vivre ; soutenir Brice tout en tenant les Amis en dehors d’un engagement politique trop politicien.

Complémentarité au fil des années, qui nous valut d’être promus ensemble au titre de Présidents d’honneur des Amis de la Terre, avec une Légion d’Honneur en prime. Grâce auxquelles Brice, devenu ministre, voulait à travers nous promouvoir l’écologie en général au rang de grande préoccupation nationale.

Nous n’étions pas d’accord à propos du titre du Courrier de la Baleine, que m’avait soufflé une géniale américaine, Joan Mac Intyre ( son Mind in the waters est un des meilleurs livres écrits sur les cétacés). Il préférait par souci de concision La Baleine tout court. Qu’importe.

Pierre avait une force d’être exceptionnelle. Je me souviens qu’en 1973 au cours de la première crise de l’énergie, à l’invitation de Teddy Goldsmith, de l’Ecologist, nous participions à un congrès à Bournemouth en Angleterre. Les Anglais, se croyant revenus au temps du blitz, avaient décidé d’éclairer l’hôtel aux bougies et de supprimer le breakfast. Pierre descendit dans le lobby et se coucha par terre sur la moquette au milieu du passage et refusa de se relever tant qu’on ne lui aurait pas servi son petit déjeuner. Il l’eut.

Cet été 2009, Pierre et Teddy se sont donné le mot pour nous quitter presque le même jour. Mais ils restent avec nous parce que nous les admirons et les aimons. Ils nous ont ouvert la route.