Articles avec le tag ‘permaculture’

Aventures en permaculture-30, Lettre à Alain Baraton

1 décembre 2018,

Les principes de base

par Ghislain Nicaise

Cher Alain,

Depuis quinze ans que vous assurez une chronique sur France-Inter, chaque fois que je me lève assez tôt en fin de semaine, je vous écoute avec plaisir. J’ai souvent eu envie de réagir à ce que j’estimais être des erreurs, bien plus fréquentes à vos débuts, mais ma paresse et mon respect pour vos positions fermes contre les biocides m’en ont toujours dissuadé. Aujourd’hui (1er décembre 2018) vous sortez une série d’erreurs, bienvenue car elle me permet de faire à mon tour une chronique, le trentième épisode de mes « aventures en permaculture ». (suite…)

Aventures en permaculture-29, Goumi, chalef, argousiers : les éléagnacées

24 juin 2018,

par Ghislain Nicaise

Les éléagnacées font partie des plantes favorites des permaculteurs en climat tempéré. Elles sont résistantes au froid, peu ou pas du tout sujettes aux maladies, peu exigeantes sur le sol, en partie parce qu’elles utilisent l’azote de l’air. Leurs racines sont associées en symbiose avec des microorganismes fixateurs d’azote atmosphérique, mais au lieu des Rhizobium connus chez les Fabacées, il s’agit de bactéries filamenteuses du groupe des Actinomycètes nommées Frankia (1). On peut donc planter ces buissons à proximité d’un fruitier par exemple, pour enrichir le sol en azote. On m’a parfois fait l’objection que la fixation d’azote n’était pas nécessairement altruiste. Je n’ai pas de certitude sur ce point mais si le buisson d’éléagnacée a vocation de garder pour lui l’azote atmosphérique qu’il a fixé jusqu’à la mort de ses racines, je peux toujours récupérer largement cet azote en me servant des tailles en vert pour faire du broyat, ou simplement mettre à décomposer les rameaux taillés au pied des arbres que je veux nourrir.

Le goumi (Elaeagnus multiflora, Fig. 1)
Le goumi, originaire d’Extrême orient, est un arbuste à usages multiples, peu exigeant sur la nature du sol ou le climat : il tolère -25°C l’hiver et résiste bien à la sécheresse l’été. Il est réputé résistant au pourridié (Armillaria mellea)(2). Au printemps les fleurs sont très abondantes comme l’indique le nom d’espèce multiflora, nectarifères et appréciées des abeilles, les fruits (en juin) sont comestibles. J’ai planté successivement deux cultivars sélectionnés pour leurs fruits, Sweet Scarlet en 2009 et Red Gem en 2010. (suite…)

Aventures en permaculture n° 27- ANNUS HORRIBILIS

6 septembre 2017,

par Ghislain Nicaise

L’année 2017 n’est pas finie au moment où j’écris ces lignes mais à fin août le bilan est déjà si exceptionnellement désastreux que j’ai senti le besoin de me lamenter. L’intérêt si je puis dire de ce désastre est qu’il préfigure peut-être le bouleversement climatique à venir.
Sangliers et pommiers
Les dégâts sérieux ont commencé il y a un an avec le deuxième massacre de mes pommiers par les sangliers. Une première attaque avait pris place en 2013 : les animaux friands de pommes avaient cassé les branches de plusieurs arbres en s’appuyant dessus ou en les tirant. En particulier le Melrose (1), un de mes favoris pour ses gros fruits savoureux, peu sensible (suite…)

L’étude du Bec Hellouin

1 octobre 2015,

Bec.Pancarte.Fig.1par François Léger (1)

Je me permets d’intervenir, gagné par une certaine lassitude sur l’interprétation de ce qui passe au Bec Hellouin, un lieu sur lequel mon équipe de recherche travaille depuis maintenant 5 ans. Je dois avouer que je suis souvent surpris par le décalage qui existe entre les études que nous avons conduites et les commentaires qui en sont fait.

Il aurait fallu être tout à fait stupide pour faire du Bec une référence en matière d’installation agricole ou un modèle de « ferme alternative ». En revanche, il était intéressant d’étudier quelle pouvait être la production accessible sur une surface de 1000 m², avec quel investissement de travail, quels flux de charges opérationnelles et d’investissement… (suite…)

Aventures en permaculture – 22, Échaudure et gourmands

5 septembre 2015,

150901.Port naturel pommier franc.fig 1par Ghislain Nicaise

Le jardinier aime le propre

Quand on achète un jeune arbre de deux ans ou plus en jardinerie, il a un tronc bien dégagé (voir la photo qui commence l’épisode sur les pommiers). Quand on le plante, au bout de quelques semaines ou de quelques mois, on voit le tronc pousser de petites ramifications ou, plus souvent, des jets assez vigoureux qui partent de la base. On qualifie généralement ces rameaux de gourmands (1); comme la gourmandise est un vilain défaut, on sanctionne en les sectionnant, d’un bon coup de sécateur. L’idée, derrière ce geste, est que les gourmands concurrencent le bon développement du greffon, surtout s’ils partent du porte-greffe, et que l’on souhaite canaliser la sève pour que l’arbre se développe en hauteur et en largeur. J’ai toujours procédé ainsi jusqu’à ce qu’à la faveur de lectures je découvre qu’il fallait peut-être adapter ce comportement. Notons dès à présent la différence de silhouette entre le pommier franc de la figure 1, ci-joint et les pommiers de deux ou trois ans achetés en pépinière.

Fig. 1. Pommier franc d’environ 5m de haut, issu de semis spontané, qui n’a jamais été taillé. Le tronc n’est clairement visible que si l’on se place du côté Nord. Face au soleil il est protégé par le feuillage des rejets « gourmands ». (suite…)