Archive pour mai 2011

Les berceuses de l’écologie

30 mai 2011,

Reprint, Le Sauvage, n° 6, septembre-octobre 1973

Par Ivan Illich

Paru dans la revue Esprit (numéro de juillet-août 1973) sous le titre « Contre la production du bien-être », ce texte est extrait d’un exposé fait par Ivan Illich à l’occasion d’un colloque sur l’écologie, organisé par l’Unesco. Intitulé « Avancer avec Illich », ce numéro d’Esprit comprend également des études d’Alain Dunand, Hermann Schwember, Boaventura de Sousa Santos et surtout un court essai de Jean-Marie Domenach et Paul Thibaud, respectivement directeur et rédacteur en chef de la revue, absolument essentiel pour tous ceux qu’intéresse la pensée d’Ivan Illich.

Au Moyen Âge, les alchimistes croyaient aux vertus de la pierre philosophale qui, appliquée aux éléments de la terre, pouvait en libérer les esprits. Comme eux, nous prétendons conduire les gens à travers une série de degrés et d’initiations jusqu’à l’illumination parfaite qui les introduira dans la cage dorée. Pour les insérer dans la logique d’un système industriel en perpétuelle expansion, il nous faut des éducateurs.

Nous sommes bien les descendants de ce Comenius dont la Grande Didactique se voulait « l’art suprême (suite…)

De la nécessité d’être heureux

25 mai 2011,

Et si vivre dans la joie était plus salutaire, pour nous-mêmes comme pour la planète, que de dénoncer tout ce qui met cette dernière en péril

Par Michka

L’hiver 1969 – celui où je découvris Silent Spring, le livre de Rachel Carson qui mit le feu aux poudres écologiques – a laissé en moi un souvenir lumineux.

Quittant nos postes de prof dans le sud de l’Angleterre, nous étions partis à l’aventure, mon compagnon et moi, sur un petit voilier conçu pour « la croisière en estuaire ». Après avoir traversé la Manche et caboté le long de la côte Atlantique, nous avions emprunté le canal du Midi puis navigué jusqu’à Alicante, où nous hivernions. (suite…)

The tree of life

24 mai 2011,

Qui veut faire l’ange fait la bête.
CC.

Un salut tardif à Arthur

23 mai 2011,

par Laurent Samuel

Henri Montant, alias Arthur, est mort l’été dernier, emporté par un cancer, comme il avait vécu : avec discrétion et élégance.

Arthur fut pourtant l’un des meilleurs journalistes de sa génération, et l’un des premiers, dès le début des années 1970, à parler d’écologie. Cet ancien du « Dauphiné Libéré », qui avait claqué la porte de ce quotidien après Mai 68, fut l’un des fondateurs, aux côtés de Pierre Fournier, de « La Gueule Ouverte », qui était, avec « Le Sauvage », l’autre titre écologiste diffusé à l’époque dans les kiosques. (suite…)

Érotisme et environnement

23 mai 2011,


Reprint N° 2, mai-juin 1973

par Herbert Marcuse

Le capitalisme veut institutionnaliser la contre-révolution. Sclérosés ou complices (involontaires), les partis d’opposition sont impuissants. Reste donc la révolte. Telle Contre-révoltion et révolte (Éditions du Seuil),  dont nous publions ce passage. Nourrie par l’art et l’amour, la révolte doit aboutir à la libération de l’homme — qui ne fait qu’un avec la libération de la nature. D’où la mission politique que Marcuse assigne à l’écologie.

Marcuse était venu à Paris invité par le Nouvel Observateur et le Sauvage. Le vieil homme posait comme un héros de la contre culture mais nous eûmes l’impression que son discours manquait de fraicheur. Il est intéressant d’en apprécier la qualité quarante ans plus tard.

La transformation radicale de la nature devient partie intégrante de la transformation radicale de la société. (suite…)

Philosophie Magazine

23 mai 2011,

Quel plaisir, quel bonheur de découvrir un magazine intitulé Philosophie magazine parfaitement lisible d’un bout à l’autre.

La philosophie en général soit par maladresse, soit par prétention, se dissimule derrière un discours jargonneux.

Il y a différents types de jargon soit kantien, soit deleuzien, soit derridien, soit… Il y a des jargonneux vivants qui continuent de sévir…
Nous avons des jargonneux écolos mais cessons de nous faire des ennemis…

Les différents jargons dissimulent en général une faiblesse de pensée et visent une adhésion de type religieux. Il n’est pas de bon ton de dénoncer les jargonneux. Tant pis.

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Pourquoi le Sauvage ?

21 mai 2011,

D’abord pour le plaisir.

Et pour participer à une entreprise de réflexion, d’écriture, de lecture qui relie un groupe d’individus sauvages.

Sauvage ? Un habitant de la planète qui vit d’une certaine manière, original. Se préoccupe davantage de réussir sa vie, que de réussir dans la vie.

Avez-vous le courage de vos désirs ?

Envisagez-vous de changer de profession ?

De déménager ?

De prendre une année sabbatique à vos propres frais ?

Quand avez-vous planté un arbre pour la dernière fois ?

Quand avez-vous l’intention de planter des arbres ?

Bientôt ?

Sacrifiez-vous votre vie pour vos enfants ?

Pour votre vie éternelle ?

Pour la science ?

Etes –vous amoureux en ce moment ?

Faites la liste de ce qui vous fait battre le cœur.

Faites la liste de tout ce qui n’a vraiment aucune importance.

Faites une liste d’objets à jeter ou à donner vite.

Faites une liste de rêves à rêver d’urgence.

Restez-vous immobile devant la fenêtre à regarder le monde ?

Voilà à peu près ce qu’un  Sauvage est.

Un homme, une femme dans la jungle de notre époque (les villes ?) qui cherche son souffle, le perd parfois, a besoin d’en parler avec d’autres.

Qui préfère le plaisir de vivre.

Quelles sont les raisons de désespérer ?

Je n’ai pas l’intention de pleurer en attendant la fin du monde. On peut essayer de l’éviter.

Les preuves d’amour valent mieux que les déclarations d’amour. Restons terre à terre : la cuisine, la passion, les enfants, la peinture à l’huile ou à l’eau, l’informatique, les voyages à la voile, à pied dans la forêt, la botanique, la contrebasse, le goût du risque, de l’exploration, les boîtes à outils…

Sauver les peuples naturels de la forêt…Comment ? Quels gestes faire ?

Qui, en dehors d’eux, a pensé à vivre d’une manière civilisée ?

Vivre au jour le jour, les lendemains des idéologies, des révolutions, des espoirs déçus, des nouvelles promesses. Ne plus attendre.

Etre acteur. Agir.

Mettre en scène sa vie avec violence, pas en spectateur. Est-ce un luxe ?

Décréter dans sa vie le luxe des sentiments, du rire, des plaisirs, de la pensée et j’en passe.

Voilà un peu ce que les Sauvages sont.

LE SAUVAGE pour laisser à nos enfants une immense planète heureuse où l’on puisse marcher, respirer, rencontrer des animaux, des arbres, des tribus de la forêt, où l’on puisse manger à sa faim.

LE SAUVAGE pour laisser à nos enfants une humanité solidaire qui produise autre chose que des automobiles, des décharges, des autoroutes, des centrales nucléaires, des hamburgers, des champs de tournesols…

LE SAUVAGE pour que les hommes habitent la terre en harmonie avec les autres hommes et les autres espèces vivantes.

Les Sauvages associés

En attendant Hitler

20 mai 2011,

Reprint Le Sauvage, n° 2 –  mai-juin 1973

Un entretien avec Arnold Toynbee

par Elizabeth Antebi

Deux ans avant sa mort, l’un des plus grands historiens contemporains livrait son diagnostic : demain, l’homme sera un esclave ou ne sera plus ; à moins que…

En tant qu’historien, pensez-vous que le passé puisse aujourd’hui nous aider dans la compréhension des problèmes apparemment nouveaux, posés par la science, la technologie, etc ?

— Ce qui n’est pas nouveau, c’est la nature humaine qui reste la même depuis les temps immémoriaux. On retrouve toujours les archétypes, les images primordiales dont parle Jung, par exemple. Je crois donc que l’étude du passé peut avoir une grande importance pour éviter les erreurs, les crimes, les désastres d’hier.

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Hulot et l’Alimentation Générale

19 mai 2011,

par Alain Hervé

Nous avons assisté à la première rencontre des membres parisiens et coopérateurs de EE/LV avec Nicolas Hulot dans le décor d’un bistrot à l’enseigne prometteuse de « L’Alimentation Générale » le vendredi 13 mai 2011, 64 rue Jean-Pierre Timbaud dans le onzième arrondissement de Paris

La séance commence avec une demie heure de retard. Une formule à ne pas retenir pour les prochaines fois.

Hulot apparaît très détendu. La mèche frontale en ordre. Il est habillé sans style ou bien son style neutre, bottines et chaussettes de coton gris pâle. On lui a préparé en guise de piédestal un tabouret de bar. Notre mauvaise photo sur téléphone donne une idée du décor décroissant.

Hulot en chair et en os ressemble au Hulot de la télé. Il se ressemble. C’est à dire qu’il a un visage stable, animé d’un léger tic sur l’œil droit. Adolescent rattrapé par l’âge.

Il a un visage de candidat plausible et durable qui ne va pas fondre à la première averse, qui va supporter l’invective de la tribu politicienne et de la meute journalistique lorsque commencera la vraie curée, je voulais dire campagne. Pour le moment nous en sommes aux préliminaires. On le présente. Il se présente avec les mêmes termes que ceux de sa déclaration de candidature à Sevran il y a un mois.

Il apprécie la situation. Ce que signifie sa notoriété antérieure dans le registre médiatique. Des avantages et des inconvénients qui en résultent. Il parle de sa vision de l’écologie. Il sait de quoi il parle. (suite…)