Cocteau monte en grade à Menton

4 janvier 2012,

Menton 2012. Entre la mer et la vieille ville se dresse depuis deux mois un grand triangle de ciment moulé blanc de 4,50 mètres de hauteur, reposant sur des colonnes irrégulières évoquant, selon l’imagination du promeneur, des flammes ou des dents.

Il s’agit du nouveau musée Jean Cocteau, dont l’architecte est Rudy Ricciotti, construit pour abriter la collection de l’Américain Severin Wunderman léguée à la ville de Menton. Le généreux donateur ne

l’aura pas vu puisqu’il est mort depuis trois ans.

Un large parvis précède l’édifice, orné d’une calade  représentant un lézard dessiné par Cocteau. A la belle saison un restaurant en plein air servira des repas entre mer et vieille ville.

L’intérieur est vaste, aéré. Par les baies vitrées, protégées par des rideaux évoquant les corridors du château de « La Belle et la Bête », on voit entre les colonnes d’un côté la mer et le Cap Martin, de l’autre le vieux marché 1900 au seuil de la vieille ville, couronnée par le clocher baroque de la basilique Saint Michel. Malgré la circulation environnante, aucun bruit ne pénètre dans l’immense salle d’exposition du rez de chaussée, divisée en plusieurs espaces thématiques.

La muséographie est on ne peut plus sobre. Quelques panneaux et vitrines abritent dessins, lettres, journaux, photos. Des écrans diffusent en boucle des extraits  de films. Au sous-sol, d’autres dessins et affiches et une petite partie des photos de Lucien Clergue consacrées au tournage du « Testament d’Orphée ».

Les documents sont de qualité, ils couvrent toutes les périodes de la vie de Cocteau…mais ils sont rares: la collection comprend 1800 oeuvres, on en expose 200 à peine! L’idée de la conservatrice est d’établir un roulement. Il va en falloir des visites pour voir l’intégralité des pièces, heureusement regroupées dans le beau catalogue, qui accroit l’impression de frustration.

Cette politique minimaliste est à mon avis une grave erreur. Bien sûr, pour l’instant, nouveauté oblige, le musée enregistre de nombreuses entrées. Mais le temps passant, chercher à intéresser les touristes (Menton n’est pas une capitale artistique) par un accrochage si restreint risque de se révéler dangereux.

Saluons malgré cela cette belle réalisation qui s’intègre bien dans le paysage et qui ne peut que constituer un attrait supplémentaire sur la Côte d’Azur si chère au coeur de Cocteau. L’ampleur du projet va promouvoir Cocteau à un rang supérieur à sa réputation antérieure. De touche à tout talentueux il va devenir un artiste majeur du XXème siécle. On profitera d’une visite à ce nouveau musée pour aller à la charmante villa Santo Sospir au cap Ferrat dont il a fresqué toutes les pièces.

Cocteau mérite cette promotion car il a exercé son talent dans un registre classique. Son trait très pur reste dans la tradition des grands maîtres du dessin. Il n’a pas cherché à révolutionner la peinture ou le cinéma, ou la poésie (car ce fut un excellent poète) Il n’a pas cherché la provocation comme certains de ses contemporains qui n’avaient pas d’autre talent que de prétendre choquer.

S’il a commis quelques débordements sensuels, les amateurs devront pour les admirer aller consulter le livre d’or de l’hôtel Welcome à Villefranche. Cocteau y séjournait volontiers lorsque le Sixième Flotte américaine était mouillée dans la rade et que les jeunes marins venaient se distraire dans le petit port.

Michèle Valmont