Archive pour la catégorie ‘– Sages réflexions et sobres moments’

Comment les réseaux sociaux détruisent la société

27 mai 2021,

Les réseaux sociaux utilisés par la majorité de la population ne sont pas des entreprises philanthropiques. Leur modèle économique est uniquement basé sur la publicité. Ce sont des régies publicitaires au sens strict: ils fournissent et gèrent des espaces publicitaires ciblés, à destination des annonceurs. Leur fonctionnement est très simple: le “réseau social”, autrement dit, dans le jargon, “la plateforme”, fournit des services et contenus gratuits vers des milliards d’utilisateurs. Ces services et ces contenus sont accompagnés de publicités, et tous peuvent également être diffusés par d’autres vecteurs, moyennant divers accords de rétribution. En échange, la plateforme s’empare gratuitement des données personnelles et intimes pour mieux cibler individuellement chaque utilisateur.

Vous avez beau penser, lecteurs avertis du Sauvage, que vous n’êtes pas sensibles à la publicité, les chiffres d’affaire des deux principales régies publicitaires montrent qu’il n’en est pas de même pour l’ensemble de la société: Facebook et ses filiales (Instagram, Messenger, Whatsapp), Alphabet et sa filiale Google (Google services, Gmail, Youtube, Blogger, Chrome, Android, etc), ont reçu à elles deux, dans la dernière année, près de 300 milliards de dollars des annonceurs publicitaires. Ces derniers ne dépenseraient pas de telles sommes si la publicité ne fonctionnait pas. Les réseaux sociaux sont devenus les principaux supports du capitalisme, en diffusant des milliards de messages publicitaires destinés à augmenter la consommation.

Chaque plateforme a sa propre stratégie de monétisation, mais les principes sont, au final, identiques. Si vous cliquez pour visiter une publicité, un montant sera incrémenté sur les sommes versées au réseau social par l’annonceur. Si vous réalisez l’achat, un deuxième montant sera éventuellement versé en fonction du modèle de monétisation de la plateforme. Les milliards de dollars de bénéfice des réseaux sociaux sont issus de petites actions de l’utilisateur.

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Vaccins

20 mars 2021,

Tiens ! On peut maintenant discuter rationnellement de la vaccination ?, par Alain Lipietz

La décision du Président de la République de suspendre la vaccination AstraZeneca eut au moins un mérite : la vaccination ça se discute, ça s’argumente, ce n’est pas un totem, un impératif catégorique. Les anti-vax peuvent avoir, dans certains cas, raison. Vieux débat français alimenté par les meilleurs esprits depuis les Lumières, et non par des timbrés complotistes vaguement Gilet Jaune.
   Première étape, donc : le Siècle des Lumières. Des éleveurs de l’empire ottoman et du Dorset remarquent que la vaccine, maladie de la vache généralement bénigne pour l’homme, immunise contre la variole, terrible maladie. Le mathématicien suisse Daniel Bernouilli, premier théoricien de la « mesure du risque », rassemble assez de statistiques allemandes pour mesurer les risques relatifs de ces deux maladies et en conclure qu’il est rationnel de s’inoculer la vaccine, résultat publié en 1766.
 Il est aussitôt contré par le grand philosophe et mathématicien des Lumières françaises, Nicolas de Condorcet. Qui réfute d’abord Bernouilli sur un point technique : il a oublié de prendre en compte l’espérance de vie en bonne santé. Mais surtout, il invoque l’objection libérale : chacun doit rester libre des risques qu’il prend. Eh oui, le démocrate, féministe, anti-esclavagite et rationaliste Condorcet, célébré par l’égérie du républicanisme le plus classique, Élisabeth Badinter, est le père des anti-vax. Louis XVI entend le débat et, au nom du principe du « double corps du Roi », se vaccine en public, car incarnant la Nation dans ses espérances statistiques. (suite…)

Blague française

1 novembre 2020,

On laisse bien ouverts les Brico, nous devions aussi laisser ouverts les bricos de la culture et du cerveau », commente l’un des membres du gouvernement. Et la Belgique n’allait pas faire à nouveau un énorme cadeau à Amazon. Ce samedi matin, après ultime arbitrage, le gouvernement d’Alexander De Croo s’est donc accordé sur l’autorisation donnée aux librairies de demeurer ouvertes durant le confinement. Le Soir, 31 oct 2020

Si vous ne renoncez pas à ce que notre gouvernement prenne exemple sur celui de nos voisins belges
vous pouvez comme moi (et plus de 140 000 personnes au moment où j’écris) signer la pétition du syndicat de la librairie française :
Monsieur le Président de la République,
A l’heure où les salles de spectacles, les musées, les centres d’art et les cinémas sont malheureusement contraints de nouveau à la fermeture, l’ouverture des librairies maintiendrait un accès à la lecture et à la culture dans des conditions sanitaires sécurisées.
En mars dernier, l’absence de masques, de gel, de protocole sanitaire face à ce virus ne permettait pas d’accueillir le public en librairie en toute sécurité. Depuis, les libraires se sont équipés et les gestes barrières sont parfaitement respectés dans leurs magasins. La librairie est un lieu sûr. (suite…)

UN SI JOLI PRINTEMPS !

29 juin 2020,

par Pascal Bourgois

Attends toi à l’inattendu [Edgar Morin]

Que nous arrive t-il ?

Le battement d’aile d’une chauve souris en Chine a déclenché un effondrement économique et financier qui balaye le village mondial. Les pays et les activités économiques les plus touchées ont été des pays fers de lance du productivisme néo-libéral (Chine, États-Unis, Espagne, Italie, Grande Bretagne, France, Belgique…) et des activités liés à l’hyper mobilité : automobiles, aéronautique, tourisme, culture; loisirs de masse, hôtellerie…

Aucune leçon n’avait été tirée de 2008. Les bulles financières gonflaient. Chacun savait qu’une nouvelle crise économique mondiale allait éclater. Les inconnues étaient : à quelle date, avec quel déclencheur et de quelle ampleur ? Aujourd’hui nous savons : décembre 2019, la covid 19, et colossale.

Ce coronavirus a été le déclencheur d’une « crise » attendue, mais il en a aussi été l’amplificateur et un révélateur. L’amplificateur, en faisant converger crise sanitaire et crise économique, ce qui a provoqué une baisse simultanée de l’offre et de la demande et a mis au chômage la moitié des travailleurs de la planète. Cette convergence imprévisible et démultiplicatrice en terme de conséquences n’est pas sans rappeler celle entre le tremblement de terre et le tsunami qui ont provoqué la catastrophe nucléaire de Fukushima. Attends toi à l’inattendu. Ce coronavirus a aussi été le révélateur de la fragilité de notre modèle économique et sanitaire, ainsi que la lourdeur de notre modèle politique pyramidal.

Depuis 60 ans et les écrits de Charbonneau, Ellul, Illich, puis le rapport du Club de Rome, jusqu’aux travaux les plus récents, les études scientifiques sont autant d’alertes sur l’impasse de notre modèle économique. Les lois de la physique démontrent l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini. (suite…)

Revenu universel inconditionnel

21 avril 2020,

La crise du Covid-19 remet au premier plan de l’actualité la question du revenu universel inconditionnel. Vous trouverez sur internet une abondante documentation et pour vous mettre le pied à l’étrier, nous reproduisons ci-dessous l’article de notre excellent confrère (consoeur ?) “The Conversation”. Le Sauvage

Pourcentage de la population favorable ou fortement favorable à l’existence d’un régime du revenu de base dans son pays en 2016. Shanahan, Smith and Srinivasan (2020)

Le revenu universel inconditionnel plébiscité en Europe

20 avril 2020, 19:27  par Mark Smith Dean of Faculty & Professor of Human Resource Management, Grenoble École de Management (GEM), et Genevieve Shanahan Etudiante PhD, Grenoble École de Management (GEM) 

Alors que les implications de la pandémie de coronavirus deviennent évidentes, de nouveaux appels ont été lancés en faveur d’un revenu de base universel : par des politiciens de droite comme de gauche, des académiques, le pape et même le comité de rédaction du Financial Times. Cette politique garantirait aux individus des paiements réguliers de la part de l’État, quelle que soit leur activité économique. (suite…)

Jean-Marc Jancovici, le thermodynamique pragmatique

18 février 2020,

Jean-Marc Jancovici , dessiné par Manon Riera, extrait.

Jean-Marc Jancovici* est un personnage incontournable pour la compréhension des enjeux actuels et à venir liés aux ressources et au climat. Entouré par de nombreux analystes qui dissèquent et étudient les flux d’énergie et de matière, naturels comme anthropiques, il développe une vision thermodynamique et pragmatique de la société. Ces cours et ses conférences, librement disponibles sur Internet depuis des années, vulgarisent parfaitement de nombreux mécanismes d’interdépendance entre énergie, industrie, économie et climat. Son discours est particulièrement important pour rappeler aux décideurs et au grand public qu’il existe des principes physiques incontournables qui régissent directement nos activités.

Au premier rang, le constat simple et pourtant évacué du champ décisionnel, est que la terre est composée de ressources naturelles, énergétiques et minières en quantités faibles et finies. En à peine deux siècles de consommation irraisonnée, nous arrivons à l’épuisement définitif de certaines ressources et à une décroissance inévitable des activités liées. Cette conscience de la décroissance inévitable est indispensable. (suite…)

Prédiction

9 juin 2019,

Par Ghislain Nicaise

Dans sa dernière chronique (le 7 juin) Dominique Seux déplorait sur France Inter que la ville de Paris renonce à la publicité de Total pour les jeux olympiques. Ce peut paraitre injuste : on peut comprendre qu’Anne Hidalgo n’ai pas eu envie de se faire huer ; peut-être que Total investit dans le renouvelable mais son enseigne est un étendard de la combustion de fossiles. Dominique Seux a, comme il l’assume, la tâche ingrate de défendre le productivisme néo-libéral, il ne le fait pas de manière agressive et il est sincère, très probablement. Cela ne l’empêche pas de ressortir un bobard (fake news en français) récurrent sur le prétendu échec des prédictions de l’équipe Meadows dans le rapport The limits to growth demandé par le Club de Rome. Les famines prévues ne seraient pas arrivées. Dominique Seux fait juste une erreur de date. Nous sommes en 2019 et l’effondrement de la population mondiale n’est pas prévu par le modèle World 3 avant 2030. C’est l’occasion de rappeler une fois de plus que le rapport Meadows a été réévalué 30 ans plus tard par un auteur indépendant, dans un autre laboratoire. Ce modèle qui fonctionnait de 1900 à 1970 date de sa mise en oeuvre, fonctionne assez correctement de 1970 à 2000, il a donc été prédictif, c’est ce qui est représenté (suite…)

Besoin de Toits

2 juin 2019,

lotusbleu.lifediscussion.net:t91-legende-corse

Pour que le Foyer Notre Dame d’Aiacciu garde sa vocation par Jean-François Bernardini

En annonçant l’utilisation du Foyer Notre-Dame d’Aiacciu aux fins de nouveaux bureaux, la CDC (Cullettivita di Corsica) a provoqué une indignation salutaire. Je suis convaincu qu’elle a ainsi voulu diriger nos regards sur une question qui est au coeur de nos sociétés.

La CDC doit être en cela remerciée. Personne n’en doute, elle a dû depuis imaginer une autre solution pour installer les nouveaux bureaux dont elle a besoin. Vu le champ de bataille immobilier qu’est devenue l’entrée d’Aiacciu, je ne doute pas un seul instant que l’on puisse y trouver des surfaces à usage de bureaux.

Dans mon enfance, il y avait au coeur de mon village une maison au fronton de laquelle était gravé dans la pierre : « Casa di i povari » – Maison des pauvres. (suite…)

Un problème de cadres

27 mai 2019,

Par Ghislain Nicaise

Nous avions récemment souligné les excès de l’écolo-diversité. Toutes les organisations se réclamant d’une approche politique de l’écologie n’étaient cependant (heureusement ?) pas sur la ligne de départ de ces élections européennes mais il y en avait plusieurs. En outre, des personnalités clairement représentatives de cette approche figuraient dans les listes de la majorité (Pascal Canfin, Pascal Durand), de la France Insoumise (Sergio Coronado), d’Envie d’Europe-Glucksmann (Pierre Larrouturou –1), de Génération.S-Benoit Hamon (Pierre Serne). Pour ne citer que mes préférés, Pascal Durand a été élu mais Pierre Serne n’est pas passé et aurait pourtant fait un très bon député européen comme il a été un excellent conseiller régional. Bien entendu toutes ces personnes n’ont pas les mêmes positions sur tout, bien entendu le parlement européen n’a pas les moyens de prendre toutes les mesures qui semblent nécessaires, mais je fais partie des gens qui vont voter, sans trop d’illusions, pourvu que ça aille dans le bon sens.

Comment essayer de faire des additions pour évaluer (suite…)