21 septembre 2011,

“Culture et écologie”, car les écologistes ne sont pas des obscurantistes.

LE SAUVAGE N0 9 JANVIER 1974

LE SAUVAGE N0 9
JANVIER 1974

Voilà maintenant treize ans que le Sauvage reparaît sur Internet. Près de deux mille articles sont désormais disponibles, dans lesquels vous trouverez une réflexion écologique fondamentale commencée en 1973 . 50 ans après la création du journal, et au moment où le bouleversement climatique que nous avons créé nous amène au bord du gouffre, il nous apparait nécessaire de montrer une vision radicale de l’écologie, basée sur une transformation urgente et profonde de la société.

Comment les robots vont dévorer le monde

28 février 2026,

Si les ressources énergétiques et matérielles le permettent, si l’effondrement climatique et démocratique en cours ne coupe pas des chaines industrielles mondialisées, si un crash financier profond ne paralyse pas durablement les circuits monétaires du capitalisme, nous allons assister à une évolution anthropologique sans précédent: une arrivée massive de robots humanoïdes dans nos sociétés.

Il y a à peine une vingtaine d’années, on se moquait des prototypes de robots humanoïdes: lourdauds, faibles et énergivores, mais surtout, totalement inadaptés à des situations non programmées. On a vu de prétendus fleurons technologiques, tomber d’un escalier, ne pas savoir se relever, en pleine démonstration devant la presse mondiale.

Chute de robot devant la presse, 2004.

Ce temps est révolu. Les robots dansent, font des sauts périlleux, savent peler un œuf dur, recharger ou changer leur propres batteries. Il savent communiquer, ils savent observer, ils savent apprendre, il savent prendre des décisions. Du moins, ils essayent, car nous assistons aux débuts de cette nouvelle génération dite « intelligente », et de nombreux progrès restent encore à faire.

Il est encore difficile de croire que la robotisation ubiquitaire du monde, portée par de nombreux écrivains de science-fiction du XXème siècle, est en train de se réaliser. Et pourtant, en cette année 2026, de premiers robots humanoïdes grand public sont disponibles à la vente. Les ténors de la tech et les GAFAM annoncent leurs modèles pour 2027 et les années suivantes. Les Chinois sont en avance, produisent déjà la majorité des composants, et pourraient rafler la mise par des coûts très bas et des performances supérieures. C’est une course effrénée pour proposer les premiers exemplaires commerciaux, et prendre les devants sur un marché complètement vierge. Coût inférieur ou équivalent à celui d’une voiture de bas de gamme.

Deux événements récents donnent une idée du chemin technologique parcouru en trois décennies de robotique et d’informatique dopées au Web. Tout d’abord, le Consumer Electronic Show à Las vegas, en janvier dernier, où étaient présentés, entre autres, une cinquantaine de modèles de robots humanoïdes différents, puis la cérémonie de Nouvel An Chinois 2026, à la télévision d’état Chinoise, dans laquelle des acrobates humains se confrontent à des robots acrobates.

 

Reportage par un youtubeur français au CES 2026:

On constate que beaucoup de ces robots sont encore inexploitables au delà des conditions de démonstration, mais la somme des innovations exposées montre que les machines de demain dépasseront les capacités physiques humaines, à poids égal.

Vidéo choisie parmi une des centaines de vidéos Youtube  filmées en français au CES 2026. Je ne suis pas responsable du contenu. Si vous ne voulez voir qu’une seule vidéo, regardez seulement la deuxième vidéo du Nouvel An Chinois. On rappelle à cette occasion que les extensions pour navigateurs, comme Ublock Origin par exemple, permettent de ne pas voir les publicités de Youtube.

 

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Édifiante démonstration au Grand Gala du Nouvel an chinois 2026.

PS: ces images sont des images réelles, pas de l’IA.

Cette démonstration est non seulement une démonstration technologique, mais également une démonstration politique et militaire.

Même si les robots sont pour quelques temps très onéreux, et encore très imparfaits, on estime que leur coût chutera rapidement, et que leur performances seront plus que suffisantes pour assister ou mener toute mission.

Penchons-nous maintenant sur le fonctionnement de ces robots. Cette connaissance est indispensable pour comprendre les enjeux politiques et sociétaux de leur massification.

Pour ce qui est du matériel, les robots humanoïdes ne cessent de s’améliorer vers la force, la légèreté, le contrôle des mobilités, la qualité des capteurs et des moteurs, la consommation d’énergie, la fiabilité, et bien sûr, le coût.

Rien de spécial, donc, sinon une consommation monstrueuse de ressources toujours plus rares, et toujours plus destructrices en matière d’environnement: métaux rares pour les parties électroniques embarquées, et l’informatique distante associée, métaux et plastiques high tech pour les parties mécaniques. Eau et énergie pour tout le monde.

Pour ce qui est de la partie logicielle, les robots actuels et en devenir sont basés sur des principes d’interaction similaires à ceux des véhicules autonomes qui sont déjà sur nos routes: caméras et capteurs pour percevoir leur environnement à tout instant, ordinateurs embarqués pour prendre des décisions, et pilotage du matériel jusqu’à l’accomplissement de la mission.

Voiture autonome à Los Angeles. Modèle qui sera à Londres en 2026.

Mais l’ensemble des signes à détecter et identifier, pour un robot domestique, industriel ou militaire, est immensément plus important qu’un univers routier pour une voiture autonome. Les interactions avec les humains, leurs matériels et leurs milieux sont extrêmement diverses et complexes. Les missions sont infiniment plus variées, et par conséquence, les décisions sont bien plus difficiles à prendre.

C’est là qu’intervient l’IA. Pour qu’un robot devienne généraliste ou spécialisé sur un environnement ou une typologie de taches, il faut qu’il ait accès à des banques de données très importantes, à des outils d’IA capables de gérer simultanément les données d’une multitude de capteurs. Il faut qu’il ait accès à tout ce qui compose notre vie domestique, notre vie au travail, notre vie sociale, notre vie culturelle ou militaire.

Si ces données ne sont pas déjà accessibles, ou bien sont partielles, il faut que le robot apprenne, ce qui est une autre fonctionnalité des IA. Chaque robot devra apprendre à reconnaitre et cartographier précisément ce qui l’entoure, y compris les interactions avec les humains familiers ou distants. Ce sont des techniques similaires à celles utilisées par les réseaux sociaux pour analyser vos comportements par les données de capteurs, les photos et les vidéos que vous leur envoyez, ou par les agents conversationnels, pour converser avec vous.

Une partie des outils de l’IA peut être embarquée dans le robot lui-même, notamment ce qui concerne sa mobilité, la gestion globale des milieux, et les outils d’apprentissage. Alphabet (Google, Android, etc.) travaille précisément en ce sens, préfigurant que la réactivité est un facteur clé de l’efficacité. Mais la gestion des interactions plus complexes se fait en se connectant au réseau, et aux équipements proches. Comme le font déjà les assistants personnels dans les maisons ou sur les smartphones.

Il est plus que probable qu’un grand nombre de données servant à entrainer les IA à destination des robots domestiques, industriels et militaires, seront en grande partie issues des plus grands collecteurs de données de la planète. Nous les connaissons bien, et ils nous connaissent encore mieux que nous-mêmes. Ce sont les moteurs de recherche, et, bien sûr, ceux qui récoltent des données sur notre vie intime depuis 20 ans, et que nous identifions comme GAFAM en occident et BATX en Chine.

La naissance des Robot Studies

A l’aube de la commercialisation de cette première génération de robots domestiques, il est plus que temps de réfléchir aux implications écologiques, politiques et sociétales de la robotisation du monde.

Si les évolutions politiques, économiques et environnementales évoquées en préambule le permettent, la robotique humanoïde va envahir tous les milieux parce que le coût d’un robot, pouvant travailler 24/365 sans maladie, sans religion et sans syndicat, pouvant se recharger tout seul, est sans aucune mesure immensément inférieur à celui d’un employé humain.

La somme des bouleversements anthropologiques que la robotique humanoïde domestique, industrielle et militaire, laisse entrevoir, donne le vertige.

Quelles seront les conséquences de l’arrivée de machines humanoïdes intelligentes, au sens anglo-saxon, corvéables à merci, dans nos foyers, dans nos écoles, dans nos usines, dans nos rues, dans nos champs, nos hôpitaux et nos maisons de retraite ? quels gouffres entre richesse et pauvreté vont-ils encore s’agrandir ? quelles conséquences psychologiques, économiques, politiques, éducationnelles ? quelles conséquences géo-politiques lorsque les technologies et les données appartiennent à des blocs totalitaires ? qui contrôlera et exploitera les flux de données entrants et sortants des robots ?

Les Robot Studies n’en sont hélas qu’à leur balbutiements. La science-fiction donne une idée de certains domaines à explorer, et l’addiction aux smartphones donne également une idée des problèmes auxquels nous serons confrontés.

Pour la planète, c’est un désastre annoncé.

Entre l’extraction et l’industrialisation de matériaux pour la fabrication de millions ou de milliards de robots, leur exploitation liée à des data-centers de plus en plus grands, assoiffés d’énergie, d’eau et de ressources, nous rentrons dans une nouvelle phase d’accélération de la consommation de ressources et de libération de gaz à effet de serre. C’est-à-dire vers une accélération de l’entrée vers un monde paralysé par des désastres climatiques permanents.

Peut-on échapper à cette fuite en avant ? Il est possible que la somme des bouleversements provoqués par la robotisation de la société enclenche des crises encore plus profondes qui paralysent au final son usage ubiquitaire, et signent, à l’image du robot du « Roi et l’Oiseau »(1946-1980) de Prévert et Grimault, la fin de la numérisation du monde. La planète serait bien néo-luddiste…

Nos voeux pour 2026

16 janvier 2026,

Que cette illustration de Daniel Maja vous apporte les vœux du Sauvage pour une meilleure humanité sur une meilleure planète en 2026

Il y a ICE et ICE

12 janvier 2026,

 

Il y a la mauvaise ICE, celle de D…d T…p et la bonne, l’Initiative Citoyenne Européenne intitulée

L’alimentation, un droit humain pour toutes et tous ! Garantir des systèmes alimentaires sains, justes et durables

Nous signons la pétition, pas vous ?

 

Francis Hallé

5 janvier 2026,

Francis Hallé aimait particulièrement les Zingibéracées. Ici une fleur d’Alpinia, une espèce que l’on peut acclimater dans le sud de la France.

Mon collègue montpellierain Hallé, de trois ans mon ainé, décédé depuis trois jours au moment où j’écris ces lignes, était connu en dehors des milieux botanistes pour son invention du radeau des cimes, un formidable outil pour l’étude de la canopée. Chercheur de haut niveau il était aussi un vulgarisateur, et un dessinateur de talent dont la plupart des dessins, bien que scientifiquement fidèles aux originaux, portaient la marque de sa patte. Il est peut être moins connu comme penseur du phénomène tropical sous tous ses aspects, naturaliste, mais aussi ethnographique, historique, géographique, économique, politique. Cette réflexion est parue dans un premier livre paru au Seuil en 1993 : Un monde sans hiver: les tropiques : nature et sociétés. Une version révisée plus volumineuse est parue en 2010 chez Actes Sud sous le titre: La condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes. Nous avons eu des échanges lors de l’écriture de cette deuxième version et il m’a fait beaucoup d’honneur en me citant comme “son guide en la matière” sur la question de la couleur de la peau humaine. Alain Hervé avait voulu qu’il fasse partie du comité scientifique de son association palmiphile. J’ai essayé de suivre Francis Hallé dans sa dernière aventure en adhérant à l’association qu’il a lancée en 2021 pour recréer une forêt primaire en Europe de l’Ouest sur 70 000 ha. C’est un projet fou qui doit durer huit à dix siècles, aussi incertain que l’avenir de l’espèce humaine. La méthode est simple : ne rien faire sur cette surface, suffisante pour accueillir deux meutes de loups. Ce projet est diamétralement opposé à celui de jardins-forêts nourriciers qui me tient à cœur mais je pense que les deux entreprises sont complémentaires et tout aussi bénéfiques pour notre descendance. Il m’est arrivé de rencontrer des naturalistes qui n’aimaient pas les arbres. C’est ignorer le rôle crucial des forêts dans l’écosystème planétaire, en particulier pour la gestion de l’eau. Si vous êtes d’accord avec Francis Hallé sur l’importance des arbres, vous pouvez rejoindre son association, elle a besoin de vous :  https://www.foretprimaire-francishalle.org/.

Sobriété numérique: Courriel et Navigation moins gourmands sur Internet

5 janvier 2026,

Tout le monde sait que les serveurs informatiques qui carburent dans nos data-center sont de vrai gouffres énérgétiques, pour les alimenter, d’énormes consommateurs d’eau, pour les rafraichir, d’énormes consommateurs de ressources rares et polluantes, pour les construire, en plus de créer des ilots de chaleur autour de leur locaux. Partout dans le monde, ces serveurs sont actifs 24/365 et sont responsables d’une partie croissante des gaz à effet de serre et du réchauffement. Regardons comment réduire notre empreinte numérique, en sollicitant ces serveurs au minimum.

Dans un data center, des milliers de serveurs, chacun consommant entre 200W et 500W.


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COP 30: ne plus se tromper de cible

13 novembre 2025,

Pour la trente et unième fois depuis 1995, des représentants de la majorité des pays vont se réunir devant la presse mondiale pour déplorer le changement climatique, ses désastres, et leur coût croissant. Deux semaines de visibilité, de combat et d’espoir pour les activistes, deux semaines de discrétion et de pressions sans limite pour les lobbyistes, deux semaines d’affichage, de pragmatisme et de greenwashing pour les décideurs politiques.

Au final, quelques petites avancées bien médiatisées vont alimenter l’espoir d’aller un jour vers la réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES). En attendant, les émissions augmentent, le désastre s’amplifie, les perspectives s’assombrissent. Il y a un contraste saisissant entre trentre ans d’efforts pour rassembler ces décideurs sur ce sujet, et le peu de résultats pour la planète. Les émissions de GES n’ont baissé qu’au moment du COVID.

Les COP sont-elles encore utiles ?


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Climat, Justice, Libertés

24 septembre 2025,

Le 28 septembre, de jeunes étourdis voudraient manifester leur préoccupation de protéger le climat sans pour autant porter atteinte aux libertés et à la justice. Cela peut apparaitre à certains comme ultra-punitif, ce n’est pas vraiment dans l’air du temps mais nous vous invitons néanmoins à les rejoindre.

La Rédaction

Le dimanche 28 septembre, 47 Marches des Résistances sont déjà prévues sur le territoire, à Paris, Nantes, Rouen, Marseille, Strasbourg, Montpellier, Quimper, Nice et bien d’autres.

Trouvez la plus proche de chez vous maintenant !

Parution: Comment partager l’eau en France ?

12 septembre 2025,

 

Nous attirons votre attention sur cet ouvrage faisant le point sur nos usages de l’eau, dans le cadre des perspectives d’un bouleversement climatique qui s’amplifie. Nous sommes encore dans une période où l’eau est relativement abondante en France, mais nous n’échapperons pas à des pénuries graves et leurs troubles associés. Il est nécessaire de débattre des modifications importantes à mener dans nos politiques territoriales, non seulement pour limiter les impacts des pénuries, mais surtout pour limiter la consommation globale, supprimer le gaspillage, dédier l’eau aux usages vertueux dans le cadre de la transition de société que nous promouvons depuis des décennies.  Le Sauvage

Depuis de nombreuses années, la France a instauré des politiques de gestion de l’eau visant à concilier le partage équilibré de cette ressource et la préservation de sa qualité.
Cependant, face au changement climatique — qui menace de plus en plus cet équilibre — et à la dégradation sans précédent de la biodiversité aquatique, les enjeux liés à la gestion et au partage de l’eau prennent une ampleur nouvelle. Cette ressource vitale doit, plus que jamais, être considérée comme un bien commun. Sa répartition équitable est devenue un véritable enjeu sociétal et politique. Issu d’un travail collectif réunissant scientifiques et spécialistes de la gestion de l’eau, cet ouvrage dresse un état des lieux des connaissances en France. Il étudie les stratégies existantes pour protéger ce patrimoine naturel et propose une analyse critique des pistes d’action envisagées par les parties prenantes pour répondre aux défis actuels. Il s’adresse aux professionnels engagés dans les politiques publiques de l’eau, ainsi qu’à toute personne souhaitant mieux comprendre les enjeux de la gestion de cette ressource.

Auteurs:

Sami Bouarfa est chef adjoint du département AQUA d’INRAE et chercheur au sein de l’UMR G-EAU. Il travaille depuis plus de 25 ans sur les questions liées à l’eau et à l’agriculture.

Marielle Montginoul est directrice de recherche en économie à INRAE (UMR G-EAU). Ses travaux ont pour vocation d’appuyer les politiques publiques dans le domaine de l’eau.

Thomas Pelte est ingénieur agronome au sein de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse. Il anime un service en charge de piloter les aides accordées pour la gestion équilibrée de la ressource en eau et la restauration des milieux aquatiques et humides.

Éric Sauquet est directeur de recherche en hydrologie à INRAE. Il étudie l’impact du changement climatique sur le cycle de l’eau et ses conséquences sur la gestion de l’eau. Il a coordonné le volet scientifique du projet Explore2.


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Appel à réellement informer les populations

5 septembre 2025,

Tout le monde a entendu que la crise climatique s’amplifie. Quel que soit le média, personne ne peut échapper aux mots « record de chaleur », « record de pluie », « record de sècheresse ». Même ceux qui nient que le réchauffement est issu de nos activités. Mais cela ne suffit pas pour que le public prenne conscience que la crise climatique va encore s’amplifier jusqu’à des points de non-retour, c’est-à-dire jusqu’à des effondrements tragiques, si le monde continue dans la trajectoire actuelle.

L’annonce de « l’année la plus chaude jamais enregistrée » ne suffit pas à faire changer les consciences.

Le bon message n’est pas là.

Le grand public ne comprend pas, ou n’intègre pas, à quel point le réchauffement et la fin des ressources nous mène vers un effondrement tragique des équilibres qui nous permettent de vivre. Que nous allons d’ici une à deux générations passer du mode « Vie » au mode « Survie ». On peut noter que certaines zones géographiques dans le monde sont déjà dans cette situation presque toute l’année.

Seules les jeunes générations scolarisées dans les pays avec un système éducatif de qualité sont à peu près informées des enjeux climatiques et des conséquences sur la société. Mais ce sont bien les seules. Et cela est encore bien timide. Climat, ressources et biodiversité devraient être des matières à part entière dans les programmes éducatifs à tout âge.

Pourquoi le message d’un effondrement amorcé, inévitable dans le comportement actuel, n’arrive pas à émerger auprès du grand public ?

Omerta sur le futur

Il semble y avoir de nombreuses raisons, à commencer par un silence volontaire de plusieurs acteurs majeurs de l’opinion.
Le silence des décideurs économiques dont les enjeux à court terme ne reposent que sur la confiance dans le lendemain.
Le silence du champ politique, également dirigé par le court terme, mais aussi par la nécessité, pour être élu, de ne vendre que du bonheur.
Le silence des médias, qui ne peuvent pas annoncer ces mauvaises nouvelles, sous peine de perdre leur spectateurs, lecteurs ou suiveurs, tellement leur dépendance à la publicité est énorme.
Le silence des algorithmes des réseaux sociaux à base de publicité, qui doivent absolument reléguer ces nouvelles aux oubliettes, pour garder leur efficacité commerciale. Ils sont obligés d’associer les publicités à des nouvelles positives.

Ceux qui pensent s’informer par les médias grand public ou par les réseaux sociaux sont donc condamnés à subir la dissimulation, le mensonge, la manipulation. Ils sont condamnés à ne pas connaitre la réalité de l’évolution du monde. Ceci explique aussi leur réaction de surprise ou de déni, face à la réalité des faits lorsqu’ils tombent devant un vrai contenu, leur colère ou leur abattement face aux catastrophes.

Dans ces conditions, impossible d’orienter le champ électoral vers des politiques en rapport avec la réalité. Les mesures préconisées par les candidats écologistes apparaissent hors-sol alors qu’elles sont réalistes dans le cadre d’une politique d’atténuation ou d’adaptation.

L’ignorance devient la norme à suivre

La responsabilité de la presse, des médias, des plateformes, mais aussi de tout le secteur éducatif, est cruciale. Nous devons éviter à tout prix ce que l’on voit se produire aux Etats-Unis: une négation de la science, une suppression des agences de recherche, une suppression des données ou des dispositifs d’acquisition de données, une suppression des agences de prévention ou de protection, une suppression des informations anxiogènes, une remise en cause de toutes les politiques d’atténuation, d’adaptation ou de transition. Pire, une modification des programmes scolaires et des textes gouvernementaux pour effacer toute référence au changement climatique anthropique et à la fin des ressources.

La réflexion sur notre façon de nous informer, de nous éduquer est une préoccupation constante des milieux écologistes. Nous lançons des alertes sur l’évolution du monde depuis des décennies, et, en ce qui concerne Le Sauvage, depuis 52 ans, sans vraiment réussir à bouger la société. Ou si peu.

Photo Jordan Gonzalez pour Unsplash

 

Comment trouver les stratégies médiatiques permettant de lier tous les paramètres amenant à l’évolution des mentalités: les données scientifiques décrivant le réel, les modélisations permettant d’envisager les perspectives proches, les données sociologiques et leurs modélisations liées aux évolutions climatiques et aux ressources?

Mais cela ne suffit pas: il est fondamental d’évoquer les stratégies politiques locales ou globales à associer, les alternatives possibles, les alternatives déjà en oeuvre et en réussite à tel ou tel endroit du monde.

Nous ne pouvons pas compter sur le numérique

Gérer cette complexité est d’autant moins simple que les médias exigent aujourd’hui des formes d’expression lapidaires. Ceux qui croient que les vecteurs numériques sont une solution, doivent prendre en compte la censure opérée par les algorithmes, qui dévalorisent les contenus scientifiques, mais surtout, suppriment les contenus dits « anxiogènes », autrement dit, ceux qui décrivent la réalité.

Nous ne pouvons donc pas compter sur le numérique et les réseaux, d’autant plus à l’heure des IA, qui sont désormais capables de concevoir des « réalités » totalement fausses, et bien plus attrayantes que la vérité des constats.

 

Appel à repenser nos stratégies d’information et d’éducation

À l’heure où les effondrements s’amplifient, alors que les politiques d’atténuation ou de transition stagnent ou régressent, nous avons le devoir de repenser rapidement nos stratégies d’information et d’éducation.  Sans émergence d’une conscience politique commune, autour du climat et des ressources, nous ne pourrons pas éviter les régressions que nous voyons outre-atlantique et dans tous les pays autoritaires.