Archive pour la catégorie ‘La Vie brève’

À Alain Hervé, mentor en plantation de jasmin et d’herbes folles…

29 mai 2019,

De Sophie Chauveau 

Inventaire de ce que j’ai retenu de toi

J’ai tant appris de toi quant aux choses de ma vie que je ne sais par où commencer pour tresser ton blason toi, qui savais les lire…

Le regard amusé, sceptique, tendre et désabusé ?

Comme tu te décris toi même « un air fiérot, vaillant, conquérant, aigu… »

L’art de maisons, des peintures aux pigments, d’une certaine retenue jusque dans la luxuriance de la végétation ?

L’art de la conversation comme celui de l’amitié à distance, des idées à reprendre comme on reprise un vieux pull, à décliner dans un sens puis un autre.

Ta belle tenue, et cette indécrottable tenue quite british ! Je suis passée ce matin devant la boutique de soldes de tes fameuses vestes en pieds de poule, ou de coq, ajoutais-tu malignement. Et j’ai eu envie de dire au tenancier qu’il ne te verrait plus. Et puis non.

Il court une anecdote sur Joan Miro, que nous nous racontions chaque fois qu’on se retrouvait après quelque absence et qui faisait notre joie. Apocryphe ou véridique, l’histoire raconte (suite…)

Evidence

25 mai 2019,
Soudain tout s’arrêta, le jet de gicler, le temps de filer, la rhubarbe de pousser, les pies de jacasser, seul un nuage flottait sans conviction.
Georges vit alors clairement Ce qui unissait les crosses de fougères à la fureur génésique des bourdons et les élections présidentielles, la mante croquant goulûment son partenaire et le cynisme des politiques, l’invasion conquérante des potirons et le Lebensraum des chevaliers teutons, le liseron étrangleur et la rapacité des mégabanques, l’acanthe et le lombric…
Evident, Docteur Watson!  Et Georges participait de cette Evidence…
Le soir,il tenta de noter tout cela dans son carnet, il s’embourba et sombra en platitude. La page chiffonnée  en boule fut balancée dans la cheminée, on avait fait du feu, les nuits étaient encore fraîches.

La dernière Chronique

12 mai 2019,

La dernière chronique d’Alain Hervé dans l »Ecologiste

Soudain, Alain Hervé nous a quitté ce 8 mai 2019

8 mai 2019,

La vie brève |

Alain Hervé L’homme sauvage (1979)

mercredi 8 mai 2019

C’est le petit matin, le 17 avril, ou à un autre moment avant ma mort. je vois un palmier dans l’encadrement de ma fenêtre.
Je m’éveille sur une planète neuve dont je perçois la rotondité à travers ce palmier. Je m’éveille avec tous mes sens.

(les premières phrases de l’homme sauvage)

Devant la fenêtre…

1 avril 2019,

 

Il pense à des riens, à la façon qu’ont les nuages de se mêler, de se dissoudre, de se métamorphoser, il constate simplement.
Puis il pense à l’herbe tiède et à la mousse humide de rosée sur lesquelles il marchait pieds nus.
Il se souvient d’une photo de Doisneau où Picasso observe une mante religieuse qui s’agrippe au bout de ses doigts.
Il pense à l’orvet enroulé qu’il vient de découvrir en soulevant une plaque d’herbe qui prestement fuit en glissant, un bref éclat vif-argent.