Aventures en permaculture -9, LE JARDIN-FORÊT 2

4 septembre 2012,

par Ghislain Nicaise

9- Le jardin-forêt à Nice (La Gazette des Jardins n° 90, Mars-Avril 2010)

A la réflexion, je me suis rendu compte que le petit jardin que je veux abandonner à Nice pour mes essais de permaculture montagnarde est en fait presque un jardin-forêt (Fig. 1).

Fig. 1. Le jardin-forêt de Nice, avec des héliotropes au premier plan (odeur de compote de cerises…)

La canopée est là, avec deux avocatiers, un Hass (Fig. 2) et un Bacon, qui peuvent donner un avocat par jour pendant toute l’année, deux orangers en alternance, qui fournissent deux verres de jus tous les matins pendant près de 6 mois, un plaqueminier (Fig. 3), du cultivar qui donne ses kakis délicieux en octobre, avant la chute des feuilles.

Fig. 2. Une canopée productive : l’avocatier Hass.

Fig. 3. Une autre composante productive de la canopée, les kakis d’octobre.

Un des deux orangers est pour moitié citronnier des 4 saisons, à la suite des gelées des hivers 84-85 et 85-86 (qui avaient détruit le citronnier légué par les anciens propriétaires) et d’une greffe réussie. L’autarcie en citrons est en pratique assurée sur 10 mois.

Un Brachychiton discolor, après une dizaine d’années de patience, fleurit régulièrement pour le plaisir des yeux (Fig. 4).

Je ne sais pas si je dois inclure dans la forêt les palmiers, plantés par sympathie pour mon ami Alain. Il y en a deux qui dépassent tout le reste, un Syagrus qui n’a comme fonction que de faire de l’ombre et ravir l’oeil (je n’ai pas encore trouvé le moyen d’en broyer les noyaux pour faire de l’huile) et un Washingtonia dont on peut au moins manger les bourgeons floraux (1).

Fig. 5. Le panache du bananier qui porte les fruits est au dessus du cadre de la photo, on ne voit que les rejets, et des courges qui ont poussé spontanément au pied grâce aux graines contenues dans le compost.

Un bananier très grand (Fig. 5) a donné son premier régime en 2009, fort appréciable pour un locavore qui aime les bananes, mais l’hiver qui a suivi et qui dure encore au moment où j’écris ces lignes a tellement éprouvé les rejets que l’aventure bananière risque de tourner court, au moins pour cette année (2). J’ai le même souci pour un tamarillo (Cyphomandra betacea) qui m’avait été donné par les permaculteurs de La Penne mais ils l’entretiennent, eux, en serre. L’ombre de la canopée devenue trop dense a progressivement réduit puis pratiquement supprimé la floraison du grenadier (niveau 2 de Hart), le kumquat s’en sort mieux bien qu’encore petit (3). Le bibacier maintenu en volume réduit par une taille bisannuelle, donne régulièrement plus de fruits que nous ne pouvons en consommer ou offrir;  le parfum de ses fleurs en automne (Fig. 6) est un vrai régal.

Fig. 6. Les fleurs du bibacier (néflier du Japon) sont aussi gratifiantes par leur odeur que les fruits par leur saveur sucrée-acide (à ne pas cueillir trop mûrs, dans l’ombre de mon jardin, au lieu de sécher et de s’enrichir en sucre, ils pourrissent).

Le même traitement est infligé à un figuier Dalmatie, avec la différence que ce dernier s’étale en surface, par ses marcottes spontanées. Il est à la limite de ses besoins en soleil et il faut un temps sec en juillet-août pour que mûrissent correctement ses très grosses figues vertes. Pour le moment situé aussi au niveau 2 de Hart, parce que sa croissance est lente, un Butia capitata (renommé depuis peu odorata) donne depuis trois ans ses fruits excellents dont je fais des confitures. Dans l’étage des petits arbres et buissons, on peut ignorer quelques petits palmiers dont la valeur n’est que décorative, un Pittosporum et un Brugmansia qui n’apportent que leur parfum, mais on peut retenir le laurier sauce, qui a d’ailleurs tendance au semis spontané, un prunier du Cap (Carissa grandiflora), plus intéressant pour ses fleurs odorantes que pour ses fruits,  qu’il faut déguster un peu trop mûrs, et les framboisiers. Dans la catégorie espoirs, un Sapindus mukorossi qui, s’il fleurit un jour, devrait donner les noix de lavage vendues assez cher et venues de fort loin que l’on trouve dans les magasins « bio » (4).

Les plantes grimpantes s’accrochent sur des tonnelles : vigne (2 sortes de raisins sans pépins), kiwi,  kiwaï (Actinidia arbuta, qui n’a encore pas fleuri-5), mûrier sans épines, qui a remplacé un tayberry de trop courte durée. Le Monstera deliciosa fructifie abondamment mais l’excès d’ombre ou le manque de chaleur ne permettent pas une maturation satisfaisante, alors que la bouture dont je suis parti provenait d’un plant qui, dans les conditions d’une serre/véranda, fournissait des fruits excellents. Un peu partout les chayotes, que j’aime mieux appeler christophines, glissent leurs vrilles : à l’automne tombent les fruits, dans les endroits les plus inattendus du jardin. On peut y ajouter la glycine, dont nous pourrions manger les fleurs, le galant de nuit (Cestrum nocturnum, plus arbustif que grimpant), un chèvrefeuille grimpant, un Mandevilla suaveolens et 4 espèces de jasmins qui comme le galant de nuit sont carrément non comestibles mais le plaisir olfactif est une retombée jardinière non négligeable.

Les étages inférieurs sont surtout des fleurs, pérennes, car je suis trop paresseux pour semer des annuelles, à l’exception des tomates, qui, elles, sont par force dans l’unique clairière. Parmi les fleurs pérennes qui ont un usage culinaire, la sauge officinale, la sauge ananas (Salvia rutilans), une verveine à tisane, et un romarin rampant. Ce romarin végète, mais au moins il survit, alors que le thym meurt régulièrement tous les deux ans. J’encourage la croissance d’orties, aux multiples usages, apparues récemment, mais avec un succès mitigé jusqu’à présent. Je ne me suis pas encore décidé à manger les raquettes du figuier de barbarie (trop à l’ombre pour fleurir), les nopales des mexicains, mais je le ferai un jour…

Au ras du sol, j’ai essayé différentes sortes de graminées qui restent vertes sans arrosage l’été. L’enherbement ne concerne que le chemin de passage des voitures. Sous la canopée épaisse, l’herbe a disparu et il faut garder les feuilles mortes pour couvrir le sol. La seule herbe qui demeure présentable en hiver (à la différence de Pennisetum clandestinum) est Stenotaphrum secundatum, je ne comprends pas pourquoi les pelouses de la ville n’en sont pas couvertes.

Pour la rhizosphère je n’ai que des topinambours car je n’ose pas manger les rhizomes des zingibéracées (Alpinia, Hedychiums, Cardamome). Mes essais de gingembre comestible ont toujours tourné court.

Finalement, pour avoir un jardin-forêt méditerranéen complet, il faudrait une canopée moins opaque, par exemple un pin pignon bien éclairci ou un acacia de Constantinople (Albizia julibrissin, fixateur d’azote) et surtout un étage de buissons à petits fruits. Il faut dire qu’au début j’avais planté groseilles et cassis et que j’ai renoncé au bout de 3 ans tant la récolte était dérisoire, sans parler de mes essais décevants de myrtilles en pots (voir l’épisode précédent).

(à suivre)

(1)  voir l’article « Manger du palmier » dans La Gazette n° 85.

(2) Avec le recul on peut dire que le bananier donne une année sur deux. Ce qui m’a le plus surpris : les fleurs attirent de nombreux frelons, que je n’ai jamais vus autrement.

(3) A côté du kumquat, un citronnier vert (lime) a commencé à fructifier, ce qui me confirme l’information reçue que les agrumes peuvent produire en mi-ombre.

(4) L’année suivant la publication ce cet article, le Sapindus a donné des noix, que j’ai distribué pour semis, et la floraison de cette année est très prometteuse.

(5) Le kiwaï femelle est mort au cours de la sécheresse de l’été 2012, alors que les kiwis non loin ont résisté.