Francis Hallé

5 janvier 2026,

Francis Hallé aimait particulièrement les Zingibéracées. Ici une fleur d’Alpinia, une espèce que l’on peut acclimater dans le sud de la France.

Mon collègue montpellierain Hallé, de trois ans mon ainé, décédé depuis trois jours au moment où j’écris ces lignes, était connu en dehors des milieux botanistes pour son invention du radeau des cimes, un formidable outil pour l’étude de la canopée. Chercheur de haut niveau il était aussi un vulgarisateur, et un dessinateur de talent dont la plupart des dessins, bien que scientifiquement fidèles aux originaux, portaient la marque de sa patte. Il est peut être moins connu comme penseur du phénomène tropical sous tous ses aspects, naturaliste, mais aussi ethnographique, historique, géographique, économique, politique. Cette réflexion est parue dans un premier livre paru au Seuil en 1993 : Un monde sans hiver: les tropiques : nature et sociétés. Une version révisée plus volumineuse est parue en 2010 chez Actes Sud sous le titre: La condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes. Nous avons eu des échanges lors de l’écriture de cette deuxième version et il m’a fait beaucoup d’honneur en me citant comme “son guide en la matière” sur la question de la couleur de la peau humaine. Alain Hervé avait voulu qu’il fasse partie du comité scientifique de son association palmiphile. J’ai essayé de suivre Francis Hallé dans sa dernière aventure en adhérant à l’association qu’il a lancée en 2021 pour recréer une forêt primaire en Europe de l’Ouest sur 70 000 ha. C’est un projet fou qui doit durer huit à dix siècles, aussi incertain que l’avenir de l’espèce humaine. La méthode est simple : ne rien faire sur cette surface, suffisante pour accueillir deux meutes de loups. Ce projet est diamétralement opposé à celui de jardins-forêts nourriciers qui me tient à cœur mais je pense que les deux entreprises sont complémentaires et tout aussi bénéfiques pour notre descendance. Il m’est arrivé de rencontrer des naturalistes qui n’aimaient pas les arbres. C’est ignorer le rôle crucial des forêts dans l’écosystème planétaire, en particulier pour la gestion de l’eau. Si vous êtes d’accord avec Francis Hallé sur l’importance des arbres, vous pouvez rejoindre son association, elle a besoin de vous :  https://www.foretprimaire-francishalle.org/.