Tout le monde sait que les serveurs informatiques qui carburent dans nos data-center sont de vrai gouffres énérgétiques, pour les alimenter, d’énormes consommateurs d’eau, pour les rafraichir, d’énormes consommateurs de ressources rares et polluantes, pour les construire, en plus de créer des ilots de chaleur autour de leur locaux. Partout dans le monde, ces serveurs sont actifs 24/365 et sont responsables d’une partie croissante des gaz à effet de serre et du réchauffement. Regardons comment réduire notre empreinte numérique, en sollicitant ces serveurs au minimum.
Le Courriel (email/mail/mèl)
Le courriel existe depuis les années 80, bien avant la navigation sur Internet apparue en 1992. Depuis ces années là, il existe des serveurs de courriel, dont le rôle est d’envoyer ou de recevoir votre courriel. Nous allons voir qu’il est possible de moins solliciter ces serveurs de façon très importante. Ces serveurs sont gérés par votre fournisseur de courriel, qui peut être de toute origine:
-votre prestataire de connexion à Internet (par exemple Free, Orange, Bouygues, Nordnet, etc.)
-un aspirateur de données, qui lit et analyse tous vos courriels pour exploiter commercialement le contenu (par exemple Gmail, Yahoo, Hotmail, etc)
-un serveur de mail associatif ou autogéré (autistici, disroot, ouvaton, chatons.org, etc)
Pour lire son courriel, il y a deux solutions:
-celle qui existe depuis les années 80, qui consiste à rappatrier ses nouveaux courriels sur son ordinateur, avec un logiciel de courriel. Logiciel libre et universel (par exemple Thunderbird) ou propriétaire (Mail, Outlook, etc). Il faut pour cela régler ce logiciel pour qu’il utilise le protocole POP. Quand ce courriel est sur votre ordi, il n’est plus sur les serveurs de votre fournisseur de courriel et ne consomme plus aucune ressource. C’est l’idéal. A vous de sauvegarder votre disque dur, sur un disque externe par exemple, comme tout le monde le fait pour ne pas perdre de données.
-En revanche, si vous utilisez le protocole IMAP, dans votre logiciel de courriel, ou bien quand vous lisez votre courriel avec un navigateur Internet, c’est à dire en webmail, vous laissez vos courriels 24/365 sur les serveurs de votre prestataire (Free, Orange, Gmail, Yahoo, etc), ce qui signifie qu’il n’y a pas seulement un seul serveur qui tourne 24/365, mais plusieurs serveurs, car votre prestataire doit également sauvegarder votre courriel sur plusieurs autres serveurs en cas de panne du serveur principal.
Pire, il faut savoir aussi que si vous utilisez un service gratuit basé sur l’aspiration de données à visées commerciales (Gmail, Yahoo, Hotmail, etc) chaque courriel reçu ou envoyé est analysé par des dizaines d’autres serveurs 24/365, puis les données extraites sont gardées ou vendues à d’autres prestataires du Marketing Technology Landscape qui les conservent également 24/365. Dans vos courriels, les textes ne pèsent pas grand chose, mais les documents attachés (notamment photos ou vidéos) peuvent représenter au final des volumes de données très importants à conserver 24/365, d’autant plus si ils sont dispersés sur des dizaines d’autres serveurs.

Cliquez sur l’image pour voir la densité des acteurs (2019), puis choisissez-en un au hasard pour l’explorer éventuellement par un moteur de recherche.
Si vous utilisez plusieurs ordis, tablettes et smartphones, et voulez consulter vos courriels sur toutes vos machines, il est possible d’utiliser le mode POP, avec un réglage qui permet de garder chez votre prestataire vos nouveaux courriels envoyés ou reçus, mais un temps défini, le temps que vous les téléchargiez sur vos machines. Par exemple, une semaine, ou bien 15 jours ou un mois, avant que le serveur de courriel de votre prestataire l’efface automatiquement. Une anecdote personnelle: la totalité de mes courriels envoyés et reçus sur ma plus ancienne adresse active, avec une moyenne d’une dizaine de courriels par jour, depuis 1996, est de 6 gigas. Ce qui fait que j’ai tous mes courriels depuis 30 ans avec moi, aussi bien sur mon ordi de bureau que sur mon ordi nomade.
Il y a d’autres astuces pour conserver moins de courriels chez son prestataire, par exemple bien régler les analyseurs et suppresseurs de spam, qui sont maintenant généralisés et efficaces.
En résumé:
-utiliser un logiciel de courriel, libre ou non libre, avec le réglage POP, et non pas consulter par webmail.
-utiliser un prestataire de courriel peu gourmand et éthique, et non pas un GAFAM.
La Navigation (surf) sur Internet
Pour moins solliciter les serveurs internet, qui sont des ordinateurs connectés à Internet 24/365, il faut d’abord éviter de recevoir des données inutiles, et d’envoyer des données, celles révélant votre vie privée. Pour cela, il faut d’abord éviter de charger les pubs, puis bloquer les envois de données de traquage. Nous verrons ci-après comment faire tout cela automatiquement sans que cela gène votre navigation.
On ne se rend pas compte à quel point le web de 2026 est gourmand en ressources: lorsque vous cliquez sur un lien, une page s’affiche devant vous, avec ses textes, photos, vidéos, fomulaires, animations, etc. Normal. Elle pourrait ne provenir que d’un seul serveur connecté 24/365. Une seule consommation de ressources. Certains sites sont toujours comme cela. Par exemple, le site du Sauvage que vous lisez actuellement. Impact minimal. Il y a éventuellement un serveur de sauvegarde qui tourne en parallèle pour assurer la continuité du service en cas de panne du serveur principal. Ou bien qui est éteint, et que l’on allumera que si une panne arrive sur le serveur principal.
Mais aujourd’hui, de nombreux sites, de nombreuses pages, ne sont que des assemblages de plusieurs contenus, assemblages réalisés en quelques micro-secondes au moment où vous affichez la page. Ces contenus sont servis par des quantités de serveurs connectés 24/365.
En effet, quand vous naviguez sur un site d’information, un journal d’information par exemple, ou vers un site de services, les données textuelles ou visuelles qui composent la page que vous lisez viennent de plusieurs serveurs connectés: serveurs qui font afficher des données dynamiques, serveurs qui font afficher des publicités, serveurs qui observent vos comportements, serveurs qui récoltent vos interactions, serveurs qui affichent les contenus audio-visuels, serveurs qui affichent des contenus de réseaux dits sociaux:
Exemple: si vous affichez la page d’accueil du journal Le Monde, vous recevez des données d’une vingtaine de serveurs, et, de plus, votre navigateur cafte vos données à une dizaine d’autres serveurs. Pire, selon votre navigateur, celui-ci va également envoyer vos données de navigation à la société qui a conçu ce navigateur. Au final, la consultation d’une seule page peut solliciter une centaine de serveurs, car chacun des serveurs sus-cités possède également son ou ses serveurs de sauvegarde…
Le cas des contenus audio-visuels:
Si l’affichage de texte ne coûte pratiquement rien en terme de quantité de données, il n’en est pas de même pour les contenus audio-visuels. Une vidéo consultée à haute résolution ( 1K, 2K ou 4K) consomme énormément plus de ressources, non seulement à distance, sur tout le parcours depuis les lointains serveurs, mais également sur votre appareil. Là aussi, on peut agir pour regarder ces contenus dans des définitions raisonnables, en fonction de ce que l’on regarde. Un débat peut se regarder en basse résolution (360P), alors qu’un documentaire sur un sujet artistique peut mériter une haute résolution.
Le choix du navigateur
Sur ordinateur, le navigateur le plus en vue, avec plus de 60% d’utilisateurs dans le monde, est celui de la régie publicitaire Alphabet (maison-mère de Google, Gmail, Android, etc. 400 milliards de dollars de chiffre d’affaire annuel). Navigateur nommé Chrome. Ce navigateur est le pire en terme de consommation de resssources: non seulement, il laisse passer tous les systèmes de traque et d’analyse liés aux publicités et aux dispositifs d’observation des sites que vous consultez, mais en plus, il envoie à chaque instant des données de votre navigation ou de votre comportement Alphabet, jusqu’à la position du curseur de votre souris/trakpad. Selon le site que vous consultez, ce sont une centaine de serveurs qui peuvent être connectés à votre page, pour envoyer des documents, des marqueurs, traqueurs ou aspirer de l’information.
Pourquoi les utilisateurs ont-ils installé Chrome ? “on m’a dit que c’était mieux” est la réponse la plus courante… le navigateur de Microsoft, Edge, est à peine moins consommateur de ressources. Le navigateur d’Apple, Safari, est un peu plus propre en terme de traquage (tracking), mais, dans sa configuration d’origine, il reste, comme Edge, un gros cafteur et un gros diffuseur de ressources inutiles connectées à de trop nombreux serveurs.
L’idéal est un navigateur sous licence libre, géré par un consortium à but non lucratif. Par exemple Firefox, qui est le plus abouti de la liste des navigateurs libres pour garder un maximum de compatibilité avec les sites institutionnels (services de l’état: impots/sécurité sociale/education etc) et avec les sites de services bancaires ou de services divers.
On y rajoutera les extensions pour ne pas voir les publicités et pour ne pas envoyer de données à des tiers: les extentions que je vais vous conseiller sont valables au moment où je vous parle (janvier 2026), mais peuvent être à renouveler ou changer, au fur et à mesure que les technologies intrusives se perfectionnent. Ces extentions s’installent facilement, en un clic, au sein du navigateur lui-même, dans le menu “Extensions” que l’on trouvera (dans les Préférences/settings/paramètres du navigateur)

Supprimer le martelage publicitaire est déja un immense soulagement. Mieux, on n’envoie plus de données aux vampires du web.
Je conseille d’installer ces trois:
-Ublock Origin pour automatiquement effacer les pub, y compris dans Youtube.
-Privacy Badger pour bloquer automatiquement les traqueurs de vos données
-Ghostery pour refuser automatiquement les cookies
Ces trois extentions permettent de savoir combien de traqueurs et de pubs on a bloqué.
Si jamais un service fonctionne mal à cause des extensions, situation rare mais possible, par exemple sur un service bancaire ou une site d’achat en ligne, il vous suffit, en un clic, de pauser les actions de ces extensions, et de recharger la page.
Du petit geste à l’action politique
On peut légitimement se demander si prendre ces précautions est un petit geste inutile, ou bien une action à plus grande échelle. Du point de vue de la consommation de ressources, si chaque utilisateur prend ces précautions, il y a un gain réel, en ressources, mais aussi en repos mental face au monde publicitaire, cependant, l’impact est corrélé au nombre d’utilisateurs. Si l’on apprenait aux enfants, dans les collèges et lycées, dans les médias, dans les services publics, à utiliser des outils libres, peu gourmands et peu consommateurs de ressources, si on leur apprenait à se défendre face à la société de surveillance, il y aurait vraiment des impacts d’échelle.
En 2026, la généralisation de l’IA va multiplier le nombre de serveurs connectés 24/365 d’une façon inouie. Des serveurs extrêmement gourmands. On estime que la consommation d’internet (eau, électricité, ressources) va doubler en moins d’une décennie, en augmentant encore plus la libération de gaz à effet de serrre. Il est clair que l’IA apporte très peu de services en regard de la destruction cognitive, environnementale et sociale qu’elle opère dans les sociétés modernes. Le Sauvage s’associe aux collectifs de scientifiques et d’activistes qui refusent la généralisation dérégulée de l’IA et exigent des débats démocratiques sur l’autorisation d’implantation de ces technologies.
Un autre monde est possible
De nombreux activistes écologiques et technologiques ont réussi à améliorer l’impact énergétique et donc thermique des serveurs. Admirons ainsi le site du Journal LowTechmagazine, qui tourne sur un serveur ne consommant que moins de 5 W, refroidissement à air, ainsi qu’un routeur de 10W, le tout sur un seul petit panneau solaire de 50W, et une seule petite batterie plomb pour la nuit. La technologie Web, textuelle et image, est également ultra-optimisée pour limiter la taille informatique de chaque page. Le Sauvage espère un jour passer sur ce genre de service et de serveur.
https://solar.lowtechmagazine.com/

Serveur (haut à gauche), régulateur chargeur solaire (boitier blanc au milieu), batterie et moniteur.
Pour ce qui est des infrastructures du web et des réseaux, il y a également des solutions éthiques et plus écologiques, reportons nous à notre précédent article sur ce sujet
A suivre dans un deuxième volet: Sobriété numérique: les logiciels-système de vos ordinateurs et smartphones.
