Archives d’un auteur

Evidence

25 mai 2019,
Soudain tout s’arrêta, le jet de gicler, le temps de filer, la rhubarbe de pousser, les pies de jacasser, seul un nuage flottait sans conviction.
Georges vit alors clairement Ce qui unissait les crosses de fougères à la fureur génésique des bourdons et les élections présidentielles, la mante croquant goulûment son partenaire et le cynisme des politiques, l’invasion conquérante des potirons et le Lebensraum des chevaliers teutons, le liseron étrangleur et la rapacité des mégabanques, l’acanthe et le lombric…
Evident, Docteur Watson!  Et Georges participait de cette Evidence…
Le soir,il tenta de noter tout cela dans son carnet, il s’embourba et sombra en platitude. La page chiffonnée  en boule fut balancée dans la cheminée, on avait fait du feu, les nuits étaient encore fraîches.

La dernière Chronique

12 mai 2019,

La dernière chronique d’Alain Hervé dans l »Ecologiste

Soudain, Alain Hervé nous a quitté ce 8 mai 2019

8 mai 2019,

La vie brève |

Alain Hervé L’homme sauvage (1979)

mercredi 8 mai 2019

C’est le petit matin, le 17 avril, ou à un autre moment avant ma mort. je vois un palmier dans l’encadrement de ma fenêtre.
Je m’éveille sur une planète neuve dont je perçois la rotondité à travers ce palmier. Je m’éveille avec tous mes sens.

(les premières phrases de l’homme sauvage)

Devant la fenêtre…

1 avril 2019,

 

Il pense à des riens, à la façon qu’ont les nuages de se mêler, de se dissoudre, de se métamorphoser, il constate simplement.
Puis il pense à l’herbe tiède et à la mousse humide de rosée sur lesquelles il marchait pieds nus.
Il se souvient d’une photo de Doisneau où Picasso observe une mante religieuse qui s’agrippe au bout de ses doigts.
Il pense à l’orvet enroulé qu’il vient de découvrir en soulevant une plaque d’herbe qui prestement fuit en glissant, un bref éclat vif-argent.

La Langue des oiseaux

18 mars 2019,

Le hasard d’un voyage d’agrément m’avait amené près de Konya. Mon Hôte d’alors me fit comprendre qu’un évènement important allait advenir. Un concert ornithologique devait avoir lieu à l’écart de la ville. C’est là que je fis la connaissance de Mehmet, il était attendu par l’assemblée, dont je sus plus tard être composée de soufis. Il apparut comme un prince, des aides portaient des cages. Puis ce fut, aux dires des initiés une « Conférence des Oiseaux », tour à tour chantèrent la Huppe fasciée, les canaris, les rossignols, des perroquets récitèrent des poèmes, un paon blanc brailla. Je ne sais si le Simurgh entendit leurs appels, peut-être même vint-il au cours de la nuit…
Le lendemain, Mehmet m’accorda une entrevue, il était descendant des Sabbatéens, ces juifs qui s’étaient convertis à l’Islam à l’instar de leur Prophète Sabbatai Tsevi au 17ème siécle, il appartenait aussi à une confrérie soufi. Sa conversation était à la fois profonde et moqueuse, alternaient des vers de Rûmî et des histoires de Nasreddin.
De l’eau fraiche, des baklavas, des tchourtchkhelas aux noix, et cet admirable ayva tatlisi aux coings, le Paradis…