Archive pour la catégorie ‘Esprit d’escalier’

Régression jaune

9 décembre 2018,

par Marjorie Jouen

Carpaccio

En ce samedi au ciel plombé légèrement humide, la place où se tient habituellement le marché est vide : la Mairie de Paris les a tous annulés. Sur les portes des magasins barricadés ou sur les rideaux métalliques baissés, de petites affichettes annoncent la fermeture exceptionnelle « par précaution » ou « en raison des manifestations ». Depuis des lustres, on n’avait pas vu si peu d’automobiles circuler, surtout dans les quartiers de Paris-villages, peu connus des habitants des « périphéries intérieures » de la France où l’on est accro au diesel volens nolens. De temps en temps, au loin, on voit passer un gilet jaune : manifestant égaré ou cycliste soucieux de sa sécurité ?

La journée se passe cahin-caha en slalomant entre les lignes de métro qui ne marquent pas l’arrêt dans les stations de la zone rouge et en renonçant à prendre le bus car la plupart ont vu leur tracé amputé. Alors on marche … et l’on se dit que si faute d’achats de Noël, le PIB n’enregistrera pas de hausse spectaculaire ce jour, on aura aussi fait pas mal d’économies d’énergie avec tous ces magasins à l’arrêt.

Et puis, on apprend le lendemain qu’il y a quand même eu des violences. Les casseurs ont à nouveau détruit des magasins à proximité des Grands Boulevards ; ils ont dévalisé un magasin de lunettes et pillé tous les stocks d’un bottier de luxe mais, après avoir fracassé la vitrine d’une librairie, ils n’ont rien touché à l’intérieur. Par respect ? Vous voulez rire !

Gilets jaunes suite et…

25 novembre 2018,

par Christophe Chelten

Grand corps sans tête, les gilets n’ont de capacité de s’exprimer que par leur nombre. S’ils maigrissent, quelques agitateurs casseurs peuvent les parasiter. Ce fut le cas hier sur les Champs Elysées lorsque des nostalgiques de mai 68 arrachèrent trois pavés à titre symbolique et saccagèrent un chantier et des terrasses de restaurant pour jouer à faire une barricade. De quoi donner à manger aux centaines de caméras affamées d’images pittoresques ou dramatiques.

Les frais de remise en état après le spectacle seront réglés par le contribuable. C’est à dire les gilets jaunes.

Où l’on découvre la situation paradoxale de ce mouvement de protestation légitime. Menace colossale par le nombre mais impuissant s’il rencontre un pouvoir déterminé.

En l’occurrence, ledit pouvoir, plutôt que de réprimer la poignée de casseurs,  a laissé pourrir la situation pour que le discrédit atteigne tous les gilets jaunes. Journée de dupes.

Femen, Trump, 11 novembre

12 novembre 2018,

par Christophe Chelten

Ces jeunes femmes qui malgré le froid,  se précipitent torse nu dans le cortège Trumpien du 11 novembre sur les Champs Elysées brisent la célébration absurde du centenaire d’une  “victoire” résultant de millions de morts.

A la litanie pompeuse glacée des éloges militaires, elles ajoutent enfin une dimension sensible de corps vivants chauds. Quel que soit leur propos.

On les accuse de provocation “sexuelle”. Mais le bazar officiel sous l’Arc de Triomphe est une provocation capitale. Une célébration de la paix sans avouer le meurtre de millions de femmes et d’hommes pendant quatre ans.

La justice peut consacrer plusieurs années au procès d’un seul assassin, d’une femme battue qui tue son mari. Mais il n’y a pas de procès pour ceux  qui en ont tué des millions.

 

Le keke Mélanchon et le Vénézuela

11 septembre 2018,

Carpaccio
Le petit griffon.
Accademia, Venise

par Christophe Chelten

Comme il est discret sur ce qu’il se passe au Vénézuela notre Mélenchon.

On attend de vertueuses protestations: rien, silence. Il préfère insulter les gens du Nord qui l’ont renvoyé à ses études. Curieuse destinée que celle de cet homme de talent qui devient un autre batteur d’estrade du genre de Cohn-Bendit.

Ils sont intelligents, beaux parleurs, enivrés de leur succès devant un petit auditoire mais incapables de convaincre un électorat national. Dommage.

D’autres très beaux parleurs tels Hubert Védrine savent garder la distance et attendre que l’on fasse appel à leur savoir faire. La politique française nous distrait faute de savoir traiter les vrais problèmes de notre avenir.

De Rugy or not to be

6 septembre 2018,

Pucinella de Gian Domenico Tiepolo au plarond de la Ca Rezzonico à Venise

par Alain Hervé

Macron ne pouvait pas dans sa logique jupitérienne laisser place vide derrière Hulot. Il lui fallait un bouche trou plausible. Son choix est le moins pire de ceux proposés. Certes on le sait le ministère de l’écologie sert à ne pas aborder le fond du problème, le retournement de la politique de croissance. C’est un paravent de papier crépon devant ce que devra être un programme  écologique décisif.

Bref on découvre en remontant l’histoire de l’élu de Rugy des prises de position intelligentes et assez radicales, (voir son wikipédia). Ses convictions écologiques sont certaines. Il les a exprimées dans son attitude à Nantes.  Avec lui la” transition écologique”peut éventuellement prendre un sens. Reste à savoir quelle sera sa détermination pour la mettre en oeuvre. Sera-t-il aussi habile et opportuniste que pour la poursuite de son plan de carrière menée avec maestria?

Quelle force de caractère dissimule cet homme? Nous le saurons rapidement.

Dis moi qui tu fréquentes…

26 juillet 2018,

par Christophe Chelten

A ce point du développement de la pantalonnade à laquelle la France est invitée  à assister, il nous manque des informations sur la personnalité des protagonistes. En l’occurrence messieurs Benalla et Macron.

Beaucoup de questions restent sans réponse.

D’où sort monsieur Benalla: origines sociales, culturelles, histoire familiale?

Comment et pourquoi Emmanuel Macron choisit ses hommes de confiance, responsables de sa sécurité? (suite…)

La roche tarpeienne

21 juillet 2018,

par Christophe Chelten

(D.R)

Je me souviens lorsque j’ai habité Rome, d’avoir un matin voulu reconnaître la courte distance qui sépare le Capitole de la roche tarpeienne. Effectivement quelques pas de la statue de Constantin à ce surplomb  rocheux, dans l’air encore frais à cette heure. La distance est courte entre le pouvoir et la disgrâce.  Ce qui pour un adepte de la marche est un parcours qui laisse peu de temps pour penser. La locution latine est tout aussi brève: arx tarpeia Capitoli proxima. Autrement dit, il fallait y penser avant.

La pratique du pouvoir nécessite de s’en souvenir. Et d’autant plus grand le pouvoir d’autant plus court le trajet. Notre marcheur présidentiel doit y penser en ce moment et mesurer son imprudence. Nous allons apprécier son habileté à se tirer de ce faux pas. Mais le canard va nécessairement y laisser des plumes. C’est un autre régal de voir les chiens affamés aboyer à ses trousses. La France se donne en spectacle.

Deux styles

13 juillet 2018,

Par Charles Ribaut
Ce qui nous est ressorti de la visite d’Emmanuel Macron au Vatican est une assez longue déclaration de notre président et une courte apostrophe de Jorge Bergoglio plus connu sous le nom de pape François.
Emmanuel Macron commence par exprimer sa préoccupation que le mondial du foot ne lui dispute la vedette dans les media, puis son embarras à concilier laïcité, concept rendu sensible par l’histoire récente, et les liens anciens de la France avec l’église catholique.
Et c’est pourquoi, je crois très profondément que ce lien particulier qu’a la France avec l’Eglise catholique est compatible, y compris la cérémonie que nous venons de vivre, avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Cela va certainement mieux en le disant mais j’ai abrégé car il lui a fallu 1076 mots pour en tirer toute la substance.
Bon, il n’y a pas de honte à marcher dans les pas d’Henri IV (suite…)

C’est mieux que rien?

6 juillet 2018,

par Alain Hervé

Au fil des jours on observe la succession des évènements et l’on tente de les confronter à nos convictions les plus profondes.

Nicolas Hulot ne démissionne pas. Il travaille selon la règle du “c’est mieux que rien”. La question qui suit : est-ce suffisant?

Son patron Emmanuel Macron s’affirme de plus en plus comme un obsédé d’une société humaine économique. Sa visée métaphysique ultime est une parousie de l’accès à une abondance matérielle absolue. Dont les bienfaits devraient retomber sur tous. Les dégâts collatéraux  inévitables d’une telle course ne l’intéressent pas. Qu’ils soient sociaux ou climatiques.

Hulot sert il de paratonnerre “écologique” à cette politique démente?

Il est bien évident pour nous que les rôles sont mal distribués. Hulot devrait être le Président de la République, dont il a les capacités, et Macron son grouillot économiste chargé de gérer le retournement d’une politique pluricentenaire qui s’emballe.

Entreprendre ce retournement radical dans une seule nation semble devoir être impossible. Il ne pourrait qu’être mondial. Ce qui le rend très peu probable. Ce ne sont pas les COP successives qui peuvent y parvenir.

Alors?

On comprend l’attitude du “mieux que rien” de Hulot. On pourrait y ajouter un “sait on jamais”.

La société humaine dépend d’un déterminisme universel qui gère l’aventure de la matière vivante. L’homme n’étant pas le “deus ex machina” qu’il croit être, il subit ce déterminisme. Cela risque de lui coûter sa simple disparition.

Hulot doit y penser, comme tous ceux qui y pensent mais veulent rester “positifs”.

A.H.