Archive pour la catégorie ‘Esprit d’escalier’

Mai 68 au Quai Claude Bernard

18 mai 2018,

La statue de Claude Bernard au 16-18 du quai qui porte son nom. d.r.

Par Ghislain Nicaise

En 1968, la Faculté des Sciences de Lyon était logée dans des bâtiments du XIXe siècle qui s’ouvraient sur les quais du Rhône. Le même bloc d’immeubles aux toits d’ardoise abritait la Faculté des Lettres, l’endroit chaud occupé en permanence par des étudiants et de jeunes chômeurs qui s’étaient baptisés « les trimards » (l’équivalent de ceux que l’on nommait à Paris les katangais). L’amphi de lettres qui permettait la tenue des assemblées générales quotidiennes avait été rebaptisé « Amphi Cohn-Bendit », il était desservi par les « chiottes Waldeck-Rochet ».
J’avais 26 ans et j’étais assistant au Laboratoire de Zoologie Générale, 16 quai Claude Bernard. Plutôt que de rester chez nous, nous occupions les locaux, comme un reflet atténué des ouvriers occupant leurs usines. Il y avait parmi les occupants un certain nombre de professeurs, ceux qui redoutaient le pillage des locaux et aussi qui avaient assez d’indépendance d’esprit pour dormir tout habillés sur un lit de camp. Nous nous disions que si des manifestants s’emparaient des bouteilles de réactifs dangereux, un simple litre d’acide sulfurique pouvait devenir une arme létale. (suite…)

Macrontransition

18 avril 2018,

par Alain Hervé

BFM TV dimanche soir. Stupéfiant. Deux heures et demie de furieux bavardage sur l’économie, l’économie, l’économie et le social. Un Président de la République interpellé comme un copain de classe par deux loustics sans savoir vivre. Le “coupage” de parole est la règle. Triste journalisme. Triste spectacle. Imperturbable, le surdoué dévide son crédo technocratique.

Et la vie? Et la transition écologique? Et la naissance d’une nouvelle société de sobriété, d’ajustement avec les mécanismes de la nature? Hulot doit se ronger les ongles en entendant cet échange passéiste. Du moins on peut l’espérer.

Est-ce la France qui a promu l’accord de Paris? Qui veut convaincre Trump d’y impliquer  à nouveau les Etats-Unis? Le dérèglement climatique dont on observe les effets chaque jour sur les saisons, sur des peuples affamés et assoiffés, contraints à migrer, on prétend l’ignorer? Les insectes meurent, les oiseaux meurent, les pesticides ravagent la santé publique, ça ne mérite pas que l’on en dise deux mots?

Il est tentant de ne pas s’en préoccuper, de partir plutôt faire un tour en mer ou en forêt. La macrontransition est en marche.

J’adôôôôôre !

11 avril 2018,

par André-Michel Besse

Le mot est très compliqué mais j’adore !! : Apophtegmes
> Un apophtegme est un précepte, une sentence, une parole mémorable
> ayant valeur de maxime … ex…En bref, ce sont des pensées profondes !

> L’homme descend du songe (Georges Moustaki)

>  Elle était belle comme la femme d’un autre (Paul Morand)

> L’enfant est un fruit qu’on fit (Léo Campion) (suite…)

Vedettes djihadistes

27 mars 2018,

par Christophe Chelten

Mais pourquoi répéter sans cesse le nom des auteurs des attentats?

Et le répéter encore jusqu’à leur créer une notoriété. Du jour au lendemain après leur acte, ils deviennent des  vedettes médiatiques. Leur nom apparaît aussi souvent que celui de Johnny (dont on commence à être saturé.) Ne pourrait-on leur attribuer un simple numéro d’identification? Et encore c’est trop.

A quelle nécessité ou projet correspond cette publicité répétitive? Y a t il une volonté de stigmatisation  généralisée des noms à consonance arabe? L’initiative en revient- elle aux pouvoirs publics, police et procureurs, dans leurs communiqués ? Ou bien à la presse qui s’en gargarise? Tandis que le nom des victimes est à peine mentionné. Sauf dans le cas d’une mort héroïque.

La presse qui pense, dont nous sommes bien pourvus en France, va t-elle étudier cette curieuse manifestation médiatique? Le Sauvage s’étonne d’être le seul à se poser la question.

Bizarre publicité faite à des actions en définitive très rares.

Nabokov: voir sous: réel

24 mars 2018,

par Alain Hervé

... Camus est horrible et Sartre est pire, Dostoïevski est un journaliste verbeux, un comédien de boulevard. Ezra Pound  est un crétin, Pasternak un pauvre romancier  comme Thomas Mann ou Faulkner. Gorki, Romain Rolland et Tagore sont des médiocrités formidables. Balzac et Stendhal sont plats et Joseph Conrad scintille comme une boutique de souvenirs exotiques…” “Freud est un charlatan viennois avec un parapluie râpé”

Gilles Lapouge* s’amuse à répertorier les appréciations de Vladimir Nabokov sur les littérateurs ses semblables. Un carnage. L’auteur du génial Ada ou l’ardeur vole au dessus des conventions communes. Il vit à sa propre hauteur, qu’il estime vertigineuse. Heureux homme imbu de sa personne et de sa capacité à exprimer des analyses uniques des sentiments humains.

Ce qui ne l’empêche pas de se planter douloureusement. A nouveau appâté par son titre mirobolant, je relis en ce moment Regarde, Regarde les Arlequins! Un très ambitieux ratage, qui consiste,  selon moi, à diagnostiquer les symptômes précurseurs d’un Alzheimer chez un personnage semi autobiographique. Raté pour le récit mais constamment génial par les perspectives inattendues qu’il explore chez ses personnages. Entre autres l’écrivain au centre du récit qui s’épuise dans la composition d’un ouvrage intitulé Voir sous: réel. 

Et si cette tentative désespérée d’atteindre une autre réalité n’était pas le but caché de toute l’oeuvre de Nabokov.

Aristocrate déchu par la révolution russe, l’émigré Nabokov s’est vu retirer le sol de son enfance de sous ses pieds. Il ne s’en est jamais remis. L’himalaya  de ses écrits de toute une vie, en russe puis en anglais, ne sont-ils pas une tentative désespérée de le reconstituer? Allez voir.

*Gilles Lapouge: Maupassant, le sergent Bourgogne et Marguerite Duras

A la recherche d’Edward Lear à San Remo

20 mars 2018,

par Alain Hervé

Nous avons il y a quelques années découvert ce personnage insolite qui avait fini sa vie à San Remo sur la Riviera dei fiori. On peut choisir pire endroit pour mourir en 1888. Lear était amoureux des chats, inventeur de limericks, bricoleur de non-sens, ornithologue, portraitiste d’oiseaux, aquarelliste de paysages… Le Museo Civico de San Remo lui avait consacré un hommage très réussi. Depuis le Musée a déménagé et ne possède plus qu’un seul tableau de Lear, une bonne huile représentant le village d’Eze. Son artiste vedette est désormais Antonio Rubino célèbre illustrateur du Corriere dei Piccoli.

Certes nous n’avons pas retrouvé cette improbable rencontre d’un hurluberlu britannique et d’une ville de villégiature très latine mais le petit musée dans ses nouveaux locaux  historiques, a développé un charme certain. En particulier avec ses collections archéologiques de tessons et d’ossements très bien présentés.

Une halte paisible de vacances dans une ville dédiée en particulier au shopping de luxe autour de son célèbre casino municipal.

Les Français quittent les villes

8 mars 2018,

par Christophe Chelten

photo Corentine Howe

Les vice-présidents du parti les Républicains font état de ces chiffres dans le Figaro du 6 mars 2018.
Depuis 1975, deux millions et demi de personnes ont quitté les zones urbaines pour s’établir  sur de territoires ruraux. Depuis 1999 la croissance démographique est plus forte en zone rurale… 25% de Français vivent  à la campagne… 51% des Français vivent dans une commune de moins de 10000 habitants.

On peut en conclure ce que l’on veut, sinon que l’instinct peut guider des individus intoxiqués par un mode vie frénétique à aller retrouver le rapport fondamental de l’homme avec sa terre, son terroir…

Il est évident qu’en cas de chocs climatiques prévisibles ou de rupture dans les flux tendus de l’économie urbaine, les campagnes offrent des possibilités de résilience, inenvisageables dans les villes. On se souvient du soutien de la France rurale pendant l’occupation allemande.

S’agit il d’un choix plus radical? De changer de rythme de vie, d’offrir des conditions d’éducation et de santé meilleurs pour les enfants?

Une nouvelle civilisation peut elle naître de la non fatalité des villes?

Pierres taillées et météores

26 février 2018,
         par Gabriel Peynichou
Si l’on considère l’histoire de l’espèce humaine on ne peut qu’être surpris par l’extraordinaire énergie que nous consacrons, depuis l’invention des premiers outils à créer et améliorer des armes destinées à nous faire mutuellement des blessures particulièrement épouvantables.
« tiens regarde si tu ficelles un cailloux coupant au sommet de ta massue tu briseras plus facilement le crâne de tes adversaires »
Ou
« En tendant un boyau entre les deux extrémités d’un morceau de bois courbe
On peut projeter un petit bâton et ainsi le blesser sans prendre le risque de s’exposer à ses coups de massue »
« Oui mais regarde si, à la pointe du petit bâton on ajoute un morceau de fer avec des pointes dans l’autre sens on fait encore plus mal »
etc…
et cela occupe de nos jours toute une ribambelle d’ingénieurs divers. On imagine facilement les conversations à la D.G.A, (direction générale de l’armement)

(suite…)

NDDL et la démocratie

18 janvier 2018,

Sondage Elabe pour BFM TV

Par Ghislain Nicaise

Parmi les réactions hostiles à la décision gouvernementale sur le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes (NDDL) on relève souvent l’expression de déni de démocratie. Ce déni serait celui de l’opinion des élus locaux d’une part (rappelons que le président de l’Assemblée nationale, hostile au projet, en fait partie) et surtout de la consultation (parfois qualifiée de référendum) organisée le 26 juin 2016 pour les 975 000 électeurs du département de Loire-Atlantique.
La moitié de l’électorat s’était déplacé et 55 % de cette moitié avait voté oui en faveur du projet. A Notre-Dame des Landes la participation avait été massive et le non avait recueilli les trois quarts des votes. A Nantes, la principale ville concernée, dont la maire déplore aujourd’hui la pollution sonore de l’aéroport en service, le vote avait été presque 50/50 (à 100 voix près).
Nous avions dénoncé en son temps (voir Zadistes et Voltaire) cette consultation dont le périmètre avait été soigneusement choisi après enquête des services de renseignement. Les bureaux de vote environnant le projet étaient hostiles à NDDL. Il fallait noyer ces votes hostiles avec des votes favorables. En étendant la consultation au département de Loire Atlantique tout en la restreignant à ce seul département le gouvernement Valls comptait que la réponse serait positive. Ce périmètre ne comprenait pas, loin de là, toute la population directement concernée comme d’ailleurs le clament actuellement les partisans frustrés du projet, qui s’apitoient sur le sort de l’Ouest délaissé par le gouvernement parisien. Sauf erreur, aucun sondage n’a été porté à la connaissance du public sur l’opinion de cette région Ouest concernée.
Je n’ai pas non plus retrouvé de sondage national sur le sujet, il y en a probablement eu à l’époque mais un sondage Elabe pour BFM TV, fait hier après la décision d’arrêt du projet par le gouvernement, donne 74 % en faveur de cette décision. On peut difficilement reprocher à un gouvernement d’agir en conformité avec l’opinion publique, même si parfois bien entendu l’opinion peut se tromper.