Aventures en permaculture – 12, LES OLIVIERS

18 septembre 2012,

par Ghislain Nicaise

12- Les oliviers (La Gazette des Jardins n° 93, Septembre-Octobre 2010)

Pouvons nous risquer l’olivier ?

Le terrain sur lequel je plante des arbres est situé à 750 m, une altitude supérieure à la limite de l’olivier selon la tradition locale. Les gens du pays m’ont rapporté que les plus proches cultures d’oliviers étaient à Sigale, à 620 m d’altitude, et qu’il n’y en n’avait probablement pas plus haut. La brochure de 4 pages de la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt des Alpes Maritimes (DDAF 06) signale que la zone d’acclimatation de l’olivier va de 0 à 700 m d’altitude (1). Mes voisins permaculteurs de la ferme du Collet m’ont dit avoir essayé de planter des oliviers sans succès. La sagesse commanderait de renoncer à cet arbre mais une observation conforte mon désir d’olivier : un des commandements de la permaculture est d’observer !

J’observe que le précédent propriétaire avait planté 3 petits oliviers au pied du talus qui est derrière la maison, il n’en connait malheureusement pas la variété mais ils semblent avoir survécu au moins cinq ou six hivers. Ils sont chétifs. Leur faible développement peut être dû à de multiples causes. Au fond de moi sommeille l’arboriculteur entreprenant et fier qui pense pouvoir mieux faire que les autres, je leur ai mis au pied de la cendre de bois, du broyat de broussailles et en quelques mois ils ont démarré, sauf celui qui a souvent le pied dans l’eau. Quelque temps après notre installation, je découvre que notre voisin immédiat a planté un olivier de jardinerie dans un but ornemental et que cet arbre a rapidement acquis une belle taille. Il me signale néanmoins qu’un hiver rigoureux a entamé le feuillage côté nord mais cet arbre semble moins abrité de la bise que mes trois oliviers rabougris. Le problème n’est pas tant de faire survivre les arbres d’ailleurs que de leur faire produire des fruits.

Le choix des variétés

Je n’ai aucune expérience de l’olivier sinon d’en avoir fait mourir deux dans mon petit jardin de Nice : un qui avait un tronc de 3 cm de diamètre, planté par le précédent propriétaire et un plus petit donné par un ami. Des noyaux d’olive jetés au compost ont néanmoins permis par la suite l’apparition non planifiée de deux ou trois olivastres, je mets le plus présentable en pot avec l’idée de le greffer. Pour choisir une variété d’olivier à planter, je commence par demander conseil à Michel Courboulex. Sa réponse légèrement embarrassée m’intrigue et je finis par découvrir en feuilletant la Gazette qu’il a publié un livre sur le sujet (2). Je m’empresse de l’acheter et trouve dans ce livre confirmation du choix de la variété Aglandau. Elle est traditionnelle des Alpes de Haute Provence (2, 3, 4), or nous sommes à la limite entre les Alpes Maritimes et les Alpes de Haute Provence et il semble qu’un des critères de choix essentiel pour l’olivier soit de préférer les variétés locales. Cette variété est résistante au froid et aurait supporté le terrible et tardif hiver 1956 qui a détruit  presque toute l’oliveraie de Provence. En tous cas les deux premiers Aglandau plantés, bien qu’encore graciles avec un tronc du diamètre de mon petit doigt, ont traversé l’hiver 2009-2010, particulièrement rude, avec des minima à -18° selon mon voisin, et de multiples chutes de neige, sans dommage. Je les ai aidés avec un muret de pierres sèches au pied, initialement destiné à retenir la terre mais qui a probablement aussi servi de volant thermique. De plus j’ai recyclé des pétioles de palmes de Syagrus pour leur faire une protection contre l’air froid venu du Nord et du sommet de la colline (fig. 1). Fig. 1. Un petit plant d’Aglandau protégé du vent du Nord par un écran de pétioles de Syagrus. Le « tronc » est deux fois plus mince que le tuteur.

Les oliviers de variété inconnue laissés par mon prédécesseur, peut-être parce que moins bichonnés, peut-être parce qu’ils sont d’une variété moins rustique, ou enfin qu’ils sont moins bien situés en bas de la pente, récoltant l’air froid et l’humidité, se sont notablement défoliés et ne sont repartis que progressivement. Celui qui avait trop d’eau est mort. Je me demande si les survivants pourront fleurir un jour alors que mes Aglandau ont fleuri, peut-être trop pour de si jeunes arbres (manque d’azote ?) et au début de l’été on peut voir avec satisfaction de petites olives.

Aglandau est assez peu auto-fertile et Michel Courboulex me recommande de profiter des oliviers en place ou d’apporter mes oléastres pour la fertilisation. Je trouve dans la brochure de la DDAF 06 (1) qu’Aglandau était souvent associé à une autre variété, la Petite Noire de Puget. Une recherche sur les quelques catalogues dont je dispose et sur internet suggère qu’elle est inconnue des pépiniéristes. Dans le courant de l’hiver, avant une projection publique de mon diaporama sur l’empreinte écologique, j’ai une intéressante discussion pratique avec une partie de l’auditoire : le président du syndicat agricole de Puget-Théniers me rapporte que des émissaires de la pépinière Jean Rey sont venu récolter des boutures de Petite Noire à Puget depuis deux ans. J’obtiens au téléphone le nom du responsable des oliviers, Jean-François Burgevin, et réserve 3 jeunes plants en pot de 3 litres à mettre en place au printemps 2010. Lors de cette conversation je me suis laissé dire que la variété un peu mythique Moufla ou Mouflal, « variété presque disparue, très résistante au froid (certains parlent de -20°C et parfois plus) » (4) ne serait autre que la Grossanne, une classique de l’oléiculture.

Je marne pour mes oliviers

Entre temps je découvre que le pH optimal du sol pour Aglandau est très alcalin, entre 8 et 8,5 (4). Mon terrain est plutôt acide, très pauvre en calcium, ce qui m’a permis la plantation de châtaigniers. J’ai certes alcalinisé le sol avec de la cendre de bois au pied des oliviers, c’est peut-être cela qui les a aidé à passer l’hiver mais cela risque de ne pas suffire et relève un peu trop de la fertilisation chimique. La potasse apportée par les cendres est rapidement dissoute et entrainée par l’eau. La lecture (passionnante) du livre des Bourguignon (5) m’aide à prendre la décision d’aller chercher un amendement calcaire, un bon moyen d’élever durablement le pH. Sur la route avant l’arrivée au village, les excavatrices ont dénudé un bel affleurement de marnes pulvérisées, grises. Il parait que les anciens marnaient leurs champs, et que l’expression « marner » pour évoquer un travail pénible vient de là. Si j’ai bien compris la chimie de cette opération, le calcaire, avec ses deux petit bras chargés positivement, se lie d’un côté aux acides humiques, de l’autre aux argiles, qui sont tous deux porteurs de charges électronégatives. Le tout permet le merveilleux complexe argilo-humique qui fait la terre en grumeaux, perméable et nourricière (5).

Je commence à avoir pas mal de grands pots en plastique noir, résultant de mes plantations ; je les remplis de marne et j’en charge la voiture. Mes souvenirs de géologie étant assez flous, je vérifie la présence de calcium avec un peu de vinaigre. La mousse qui se forme immédiatement me rassure, elle indique en fait la présence de carbonates mais je sais qu’il s’agit de carbonate de calcium. Par souci d’expérimentation, je récolte aussi, deux kilomètres plus loin, de l’argile rouge de décalcification. Je me souviens avoir vu pousser de très beaux oliviers dans ce type de sol. Un des petits Aglandau bénéficie de l’amendement rouge, l’autre du gris. Pour les résultats il faudra attendre …au moins l’an prochain.

Un troisième Aglandau a passé l’hiver en pot à Nice, ce qui lui a permis de doubler sa taille de départ alors que ceux qui ont vécu l’hiver de la montagne ont à peine grandi. Il aura droit à un trou plus grand creusé à la pelleteuse à la lisière du bois.

Un plant de Petite noire de Puget tient maintenant compagnie aux deux premiers Aglandau. Il a bénéficié de marne dès le fond du trou, mélangée au compost de la plate-forme de compostage de la ville (voir 6). Nous sommes fin juillet : j’hésite à planter les deux autres plants de Petite noire que j’ai en pot, surtout que je n’arrive pas à décider de leur emplacement et que de plus les trous sont durs à creuser dans un sol sec sous le soleil. Ils passeront l’hiver sur la côte d’Azur (7).

(à suivre)

(1) L’olivier, un arbre millénaire pour une production d’avenir. Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt des Alpes Maritimes, ISBN : 2 11 091202 2, téléchargeable.

(2) Les oliviers par Michel Courboulex, Ed. Rustica 2005.

(3) http://www.afidoltek.org/index.php/Aglandau

(4) http://www.pommiers.com/olive/olivier.htm

(5) Le sol, la terre et les champs par Claude et Lydia Bourguignon. Editions Sang de la Terre, Paris, 2009.

(6) La plantation. Aventures en permaculture n°3. La Gazette des Jardins n°85.

(7) Depuis que ces lignes ont été écrites, il y a eu le froid destructeur de février 2012. Un seul des cultivars inconnus laissés par mon prédécesseur a survécu et encore uniquement par des rejets tardifs issus des racines, toutes les parties aériennes sont mortes. Les Aglandau bien que plus frêles, ont confirmé leur bonne tenue au froid, les Petites noires de Puget (maintenant au nombre de 2) ont survécu mais sont nettement moins rustiques et un Bouteillan planté en mars 2011 a montré la même résistance que les Aglandau.