La décroissance n’est pas une option

11 novembre 2011,

par Ghislain Nicaise

Un débat « croissance contre décroissance » anime à intervalles réguliers les listes de discussion d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Par exemple on a pu lire récemment que le mot même de décroissance était « mortifère ». D’autres militant-e-s prônent de bannir toute référence au produit intérieur brut (PIB) ce qui a certainement au moins en partie motivé les commentaires ci-dessous. Ce débat mérite de sortir du microcosme des militants écologistes et s’il vous intéresse, vous pouvez lire la suite qui n’engage que l’auteur :

– comme il a été souligné : toute croissance ou tout développement (en fait toute activité) consomme de l’énergie. Pour celles et ceux qui ne voient pas bien ce que cela veut dire, il faut effectivement visiter le site de J.M. Jancovici et en particulier ce texte.

– l’essentiel de l’énergie que nous (les humains) consommons tire son origine de sources fossiles. Environ 20 % pour le charbon, 20 % pour le gaz naturel, 5 % pour le nucléaire et 40 % pour le pétrole. L’essentiel du reste vient de la combustion du bois, ressource renouvelable mais limitée, et dans une moindre mesure de l’hydroélectricité (5 %). L’éolien, le photovoltaïque, bien qu’en forte croissance, apportent une contribution presque négligeable. Le pétrole est donc la principale source d’énergie du monde. De plus il représente la quasi-totalité de l’énergie utilisée pour les transports.

– Depuis 2005 l’humanité n’a pas été capable d’extraire plus de 85 millions de barils de pétrole par jour malgré la demande accrue de l’Inde et de la Chine, il est raisonnable de conclure que nous avons passé le pic pétrolier : la quantité qu’il sera possible d’extraire ne fera que décroitre.

– Il n’y aura pas de relai assez rapide des énergies renouvelables pour éviter une diminution importante de notre consommation d’énergie pendant plusieurs décennies

– l’activité économique va donc diminuer : le produit intérieur brut (PIB) européen mais aussi à moyen terme le PIB mondial vont décroître, même si comme je l’espère nous évitons l’effondrement de civilisation.

– bien entendu le PIB est un mauvais indicateur parce que l’utilisation des ressources naturelles n’est pas prise en compte, parce que des contributions positives essentielles au bien-être sont ignorées : bénévolat, travail domestique, progression du temps libre choisi… et enfin parce que des dépenses « négatives » comme les accidents contribuent à l’augmenter

– le PIB n’est donc pas un bon indicateur de prospérité MAIS lorsque l’on parle de croissance sans préciser, il s’agit de la croissance du PIB. Le « on » de cette proposition ce ne sont pas seulement quelques économistes à la solde du grand capital, c’est le gouvernement, les partis politiques, les journaux, la télévision etc…

Si un mouvement comme EELV veut communiquer avec les électeurs peut-il se contenter de leur dire « nous sommes aussi pour la croissance mais ce n’est pas la même » pour moi cela frise la duperie électoraliste.

– le PIB a quand même un sens, sauf erreur 60 % du PIB dans   notre pays correspondent aux dépenses des ménages. La diminution du PIB, ce sera aussi une diminution de ces dépenses, des dépenses des non-riches comme on dit  maintenant. Cette diminution des revenus ne sera supportable que dans un contexte de forte diminution des inégalités mais toute formation politique qui n’anticiperait pas cette décroissance s’expose au verdict de l’électorat qui à juste titre constatera qu’il a été berné. Suffit-il de dire « le PIB nous n’en voulons plus » si c’est pour fuir la réalité de l’appauvrissement consumériste à venir ?  Qu’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas de clamer que les temps de la repentance sont venus mais de se retrousser les manches pour bâtir une prospérité différente.

Ghislain Nicaise