L’Ecologie à gauche

30 novembre 2011,

par Ghislain Nicaise

Sous le titre l’Écologie à coeur, Alain Hervé évoque la question de l’accord entre les écologistes et la gauche en ces termes :

« Ce n’est que très accessoirement un accord politique avec la gauche. Pourquoi ? Parce qu’on espère que la gauche est éventuellement plus perméable aux idées neuves, plus généreuse, plus innovatrice… plus intelligente. Cela reste à prouver. »

En toute amitié, je vais essayer de formuler mes désaccords avec ce paragraphe. Pour moi l’accord des écologistes avec la gauche n’est pas accessoire mais incontournable, et mes raisons d’approuver cet accord sont différentes. En quoi ?

D’abord, je n’espère pas que la gauche prise dans son ensemble soit plus perméable aux idées neuves, ni qu’elle soit plus innovatrice. Il fut un temps où les objectifs de la gauche se distinguaient par leur côté novateur et utopique (dans le bon sens de ce terme). La droite avait le monopole du réalisme et du conservatisme. L’innovation, le dogmatisme et avec eux le mot de réforme ont été capturés par la droite ultra-libérale. La droite sacralise le marché, seul porteur de lendemains qui chanteraient avec « la concurrence libre et non faussée ». Son discours fortement idéologique ne semble pas affecté par le démantèlement du capitalisme productif au profit de la spéculation bancaire. Pendant ce temps la social-démocratie essaye de gérer l’outil productif et de préserver l’industrie. Je sais, ce survol est terriblement schématique mais vous voyez le sens de mon propos.

Je n’espère pas non plus que la gauche soit généreuse. J’ai trouvé en vieillissant (que mes amis de gauche me pardonnent !) que la générosité est plutôt une qualité de droite. La gauche demande la justice sociale pour ceux qui créent la richesse par leur travail, la droite fait la charité aux démunis.

Enfin la gauche est-elle plus intelligente ? Effectivement cela reste à prouver, je ne m’aventurerai pas sur ce terrain glissant.

Alors pourquoi la gauche ?

Il y a d’abord un aspect tactique : la Constitution de la Ve République et le scrutin uninominal contraignent les minorités à passer des alliances et à se positionner par rapport aux deux blocs prévus par les institutions. Cela a été souvent évoqué mais il faut le garder en mémoire. Les écologistes font leur meilleur score aux élections européennes (en 2009, le même que le PS), en grande partie parce que c’est un scrutin proportionnel à un seul tour.

Je crois profondément qu’en dehors de l’aspect tactique et pour certains comme moi de l’aspect sentimental, il y a une sérieuse raison de faire alliance avec la gauche : elle est exposée dans un article sur le site du Sauvage. L’inéluctable diminution des revenus, la décroissance, qu’elle soit subie brutalement ou accompagnée lucidement, ne sera supportable que dans un contexte de forte diminution des inégalités : c’est je pense une partie essentielle du message des « indignés ».

Pour la diminution des inégalités, la gauche est meilleure : elle ne le fait pas bien mais c’est ce qu’elle sait faire mieux que la droite.

Ghislain Nicaise