Permaculture, plus que jamais

20 octobre 2014,

Livre Perrine et Charlespar Ghislain Nicaise

Le mot de permaculture revient assez souvent sur le site du Sauvage et pour celles et ceux qui voudraient une clarification de ce terme, je peux renvoyer à cet article paru en 2010.

L’excellence de la permaculture en France, ainsi que l’ont décidé les médiums (je précise cela pour ne pas froisser d’autres permaculteurs et permacultrices également estimables), est en Normandie à la ferme du Bec-Hellouin. Nous avons eu l’occasion de publier un résumé des points forts de cette expérience sous le titre « Voyage dans le futur en Normandie » et même d’annoncer le programme de leurs formations pour 2014.

Si ce préambule vous a mis en appétit, vous pouvez déjà visiter leur site fort bien documenté. Le propos du présent article est d’attirer votre attention sur le premier livre détaillant l’aventure du Bec Hellouin. Le premier car un autre est annoncé qui rentrera dans les détails du savoir-faire, celui-ci est une présentation et un historique à la fois. Pour qui est sensible à la langue française, je crois pouvoir affirmer que c’est bien écrit et que la lecture en est agréable.

En général, chaque fois que j’ai feuilleté un livre sur la permaculture, à commencer par Permaculture One de Mollison et Holmgren, j’ai consulté directement l’inventaire de ce que les auteurs ont planté, quels arbres ou plus généralement quelles plantes pérennes, quelles associations de végétaux. C’est ce qui n’est pas dans ce premier livre et qui devrait figurer dans le second à venir. Compte tenu de ce qui vient d’être dit, en lisant ce livre je n’attendais pas des révélations, ni sur la permaculture ni sur le maraîchage mais j’ai été décoiffé, enthousiasmé par les perspectives politiques d’application de leur expérience à un futur proche, celui de la descente énergétique dans notre pays.

Leur mérite, ce qui leur donne la légitimité pour proposer des solutions ambitieuses, c’est d’avoir expérimenté la viabilité économique d’une microferme, cultivée à la main, sans mécanisation, sur une très petite surface (un ha ou même moins); c’est l’exact contrepied de l’orthodoxie en agriculture industrielle contemporaine, si vigoureusement défendue par la FNSEA. A noter que 90 % des fermes dans le monde font moins de 2 ha (1). Le Bec Hellouin produit, sur 1000 m2, 60 à 80 paniers de légumes hebdomadaires. Selon la FAO, les fermes comprises entre 0,5 et 6 ha sont en moyenne 4 fois plus productives que les fermes de plus de 15 ha, et parfois 12 fois plus productives (1). Aux USA en 2002, les fermes de moins de 1 ha dégageaient des revenus de 10 à 50 fois plus élevés par unité de surface que les fermes américaines les plus grandes. Ces microfermes intensives en main d’oeuvre ne sont pas nécessairement limitées au maraîchage, leur secret est dans la pluriactivité et dans la transformation à la ferme. Arboriculture, petits fruits, petit élevage (volailles, brebis, chèvres, porcs, lapins…), apiculture, plantes aromatiques et médicinales, champignons, fleurs, pépinière, production de semences, paysan boulanger, aquaculture, ferme pédagogique, auberge… Un terrain de 5 à 15 hectares suffirait pour que différentes spécialisations s’associent en un écosystème de microfermes, réalisant ce que les agronomes appellent un système agraire solidaire. Les auteurs partent de l’exemple d’une ferme céréalière de 100 ha qu’ils découperaient, laissant une place à l’élevage bovin, aux cultures céréalières, à la forêt comestible, aux microfermes et même à une part de nature sauvage (la zone 5 de la permaculture). On passerait sur ces 100 ha d’un seul agriculteur à une bonne trentaine.

Quelques bons passages :

Combien de paysans en 2060 ?

Notre intuition nous laisse entrevoir que 3 à 4 millions de microfermes devraient permettre de couvrir la totalité des besoins alimentaires d’une population de 70 millions de personnes…pour atteindre cet objectif…entre 3 et 5 millions d’actifs agricoles seraient nécessaires (ils étaient 750 000 en 2010)…depuis 1955, 5,4 millions d’emplois agricoles ont été perdus en France, alors que notre pays totalise actuellement 5,5 millions de chômeurs.

Il s’agit simplement de se rapprocher du nombre d’agriculteurs qui nourrissaient la France il y a une soixantaine d’années. Avec toutefois une nuance de taille : les microfermes permaculturelles de demain ne fonctionneront pas du tout comme les fermes d’hier et d’aujourd’hui…

Redessiner les paysages…

…Si les microfermes, les écosystèmes de microfermes, les systèmes agraires solidaires se généralisaient, nous pourrions…libérer de l’espace !…12 millions d’ha seulement (au lieu de 27 actuellement) seraient nécessaires pour couvrir les besoins alimentaires de notre pays… Et les arbres couvriraient plus de 7 des 12 millions d’ha cultivés…La surface boisée s’élèverait alors à 23,6 millions d’ha (au lieu de 16,4 actuellement).

Je reviendrai probablement dans un autre article sur l’importance de l’arbre, mais la lecture de ces lignes fut une joyeuse surprise pour moi qui me disais, en plus, que la surface agricole de notre pays pourrait, en l’absence de pétrole, à peine nourrir 40 millions d’habitants.

Qui plus est …nous serions donc probablement enfin en mesure d’atteindre collectivement un bilan carbone positif, ce qui semble inenvisageable avec les divers scénarios actuels, y compris les plus audacieux.

Ces extraits trop brefs caricaturent certainement une vision d’ensemble qui me semble cohérente et que vous pourrez découvrir par vous-même en lisant ce livre.

Ghislain Nicaise

(1) Les phrases en italiques sont recopiées du livre de Perrine et Charles Hervé-Gruyer.