Archives d’un auteur

Alain

8 mai 2019,

Alain Hervé nous a quittés ce matin. Nous reproduisons en son hommage ce texte qu’il avait rédigé comme carte de voeux de l’année 2004, communion de toute une vie avec la mer.

Profitez d’être vivant pour regarder la mer.

Assis sur une falaise. Position idéale. Prenez votre temps. Améliorez votre idée de la planète. On regarde la mer distraitement. L’oeil et aussi bien l’esprit dérapent sur sa surface sans accident. Avec le ciel, elle joue le rôle du vide dans un paysage terrestre encombré. Davantage que le ciel elle occupe copieusement son espace, dont elle ne cède pas un pouce. Ceux qui croient lui avoir volé du terrain attendent toujours son retour, que ce soit en Hollande ou sur les littoraux à marée. Elle s’obstine en long, en large, ou en travers, à être. Matière cosmique, en vrac, mal spécifiée. Radicalement liquide et rien d’autre. La terre nous propose une multitude d’accidents : des villes, des estuaires, des ponts, des barrages, des autoroutes, des immeubles, des montagnes, des plantations de palmiers à huile…

La mer : rien, pour l’essentiel.

Sert à faire flotter des bateaux et pour le détail, pêcher, plonger…On ne va jamais en mer pour y rester. (suite…)

Les braves gens ne polluent pas ? (Lettre à Mathilde)

10 novembre 2018,

Chère Mathilde (1),

Je vous écris cette lettre ouverte parce que je crois que le mouvement de résistance du 17 novembre 2018 contre l’augmentation des carburants à la pompe est de fait une mise à l’épreuve des convictions écologiques défendues par le mouvement La France insoumise (LFI). Force est de constater un dérapage retentissant. Tout ce passe comme si les leaders de LFI, dont vous faites partie, n’étaient pas capables de résister aux sirènes d’un mouvement populiste de circonstance. On ne peut dissoudre le peuple certes mais il n’a pas toujours raison et votre (notre) responsabilité est parfois de lui dire ce que nous croyons être la vérité. Si vous faites déjà une entorse à la règle comment croire que vous appliquerez votre « règle verte » si vous parvenez au pouvoir ? (suite…)

Le REV des citadins

9 février 2018,

Par Ghislain Nicaise

Je vous invite à lire le manifeste du REV : un nouveau parti écologiste, au service du vivant. La version longue datée du 8 février 2018 est accessible sur ce site : http://rev-parti.fr/le-rev-un-nouveau-parti-ecologiste-au-service-du-vivant/.
Une version plus courte est parue dans le Monde du 9 février.

La formule « au service du vivant » m’a plu, un peu d’écologisme profond me paraissant salutaire face à l’inconscience de nos dirigeants. Le texte ne surprendra pas les partisans sincères d’une gouvernance écologiste, on pourrait en retrouver des passages sans peine dans l’abondante littérature qui a été produite depuis la campagne présidentielle de René Dumont en 1974, pour ne pas remonter plus avant. Il comporte cependant un passage auquel je ne peux adhérer.

Le principal défaut de ce manifeste est qu’il ignore l’écologie des écologues. (suite…)

Du bio vous dis-je !

31 juillet 2017,

Vous pouvez vous joindre aux illustres et/ou sympathiques signataires de la tribune ci-dessous en signant la pétition suivante, le plus rapidement et le plus nombreux possibles

Tribune parue hier dans Kaizen,

Transition agricole : 34 organisations dénoncent le quasi-arrêt des aides à l’agriculture biologique
Quel secteur économique peut se targuer d’une croissance continue ces dix dernières années, d’un véritable engouement des consommateurs et d’un soutien constant des citoyens ? Sous l’effet des crises systémiques frappant le milieu agricole, l’agriculture biologique connaît un succès qui ne se dément pas. Chaque jour, ce sont 21 fermes qui se sont converties à la bio en 2016. Entre 2001 et 2016, le nombre de fermes produisant une alimentation biologique a triplé, passant de 10 364 à 32 264 ! Et les dernières crises agricoles ont encore amplifié ce mouvement de fond. Les surfaces en bio ont cru de 16 % en 2016 en France.
Loin de la dépression qui frappe l’agriculture, la bio a donc le vent en poupe. Et c’est heureux car chaque nouvelle étude vient démontrer et confirmer tout l’intérêt de cette pratique agricole. Pour le bien-être des paysans eux-mêmes et de la rentabilité de leur ferme, pour la santé des consommateurs ensuite ; et surtout pour l’eau, l’air, les sols ainsi que la faune et la flore qui ne sont plus perçues comme des « nuisibles » et autres « mauvaises herbes » à éradiquer mais comme des partenaires sur lesquels construire une nouvelle relation au vivant. Plus résiliente, intensive en emplois locaux et non délocalisables, plus rentable économiquement, capable de réduire l’impact agricole sur le climat, la bio est une solution d’avenir qui fait déjà (suite…)

ICE

4 juillet 2017,

par Ghislain Nicaise

Il ne s’agit pas de glace mais d’Initiative Citoyenne Européenne. Je cite :

Une initiative citoyenne européenne est une invitation faite à la Commission européenne de présenter une proposition législative dans un domaine dans lequel l’UE est habilitée à légiférer. L’initiative doit être soutenue par au moins un million de citoyens européens issus d’au moins 7 pays sur les 28 que compte l’Union. Un nombre minimum de signataires est requis dans chacun de ces 7 États membres. Une initiative citoyenne peut porter sur n’importe quel domaine dans lequel la Commission est habilitée à présenter une proposition législative, par exemple l’environnement, l’agriculture, les transports ou la santé publique.

Je soutiens activement une de ces initiatives intitulée People for Soil ou l’Appel du Sol (si vous préférez mais on perd la force du logo en le traduisant) tout en me posant des questions sur l’ampleur de la tâche. Aujourd’hui est arrivée la nouvelle très encourageante que l’initiative concernant le glyphosate, sans être pour le moment certifiée officiellement comme réussie, aurait réuni 1,3 millions de signatures alors qu’elle n’avait été lancée qu’en janvier dernier. Les ICE ont un an pour recueillir leurs soutiens. L’appel du Sol n’a plus que jusqu’au 1er septembre et je ne sais pas où nous en sommes mais il faut au total  55500 signatures pour la France et je vous engage à signer. Ne vous laissez pas décourager par la vérification de votre identité, c’est la garantie de sérieux des signatures et la condition pour que vous puissiez exercer ce réel pouvoir de pétition.

Plus le score de Macron sera fort…

29 avril 2017,

Un article de Sonya Faure paru le 28 avril dans Libération sous le titre : 

La suite ici.

Sauver les ordinateurs

10 mars 2017,

solar-raspberry-pi.redpar Jean-Noël Montagné et Ghislain Nicaise

Cas d’école : si les écologistes arrivaient aux commandes pour gérer la décroissance inévitable de la consommation énergétique et avec elle du PIB, il faudrait qu’ils affichent des priorités. La réduction des inégalités, je crois, ne fait pas discussion, mais le débat est moins simple dès que l’on se pose la question : “que faut-il préserver de la technostructure industrielle ?”. On aimerait bien par exemple que quelques ressources soient préservées, comme un peu de métallurgie pour faire tourner des usines de matériel électrique, de vélos ou de grelinettes. Le présent article est un plaidoyer pour conserver les ordinateurs. C’est un plaidoyer partisan qui pose (suite…)

Revue du crieur n°5

21 octobre 2016,

revue-du-crieur-05-bandeauDeux articles qui ont attiré notre attention dans le numéro 5 de la Revue du Crieur

À la rencontre des «collapsologues»

Par Pablo Servigne

Au milieu du déni général ambiant quant à l’état du système Terre, un nombre croissant de personnes ordonnent déjà leur vie à l’horizon de la catastrophe ; parmi elles, une petite minorité extrêmement active – les «collapsologues» – consacre le plus clair de son temps à penser l’effondrement.

Pierre Rabhi, chantre d’une écologie inoffensive ?

Par Jade Lindgaard

Paysan ardéchois originaire du Sahel et pionnier de l’agroécologie, Pierre Rabhi est devenu en quelques décennies un «emblème» écolo-médiatique. Que s’est-il passé? Sa défense habile et obstinée d’une vie sobre et contemplative, son appel à vivre en harmonie avec l’écosystème et son opposition à la vacuité marchande l’ont promu au rang de penseur important et original de l’écologie française. Mais c’est surtout son habileté rhétorique et son insistance sur le rôle que chacun doit jouer, ici et maintenant, dans la transformation du monde par des gestes simples et quotidiens qui lui ont permis de devenir une sorte d’icône, auteur de best-sellers «engagés» et figure de la résistance au monde tel qu’il va. Pourtant, cet humanisme niant les conflits qui structurent nos sociétés et ignorant les inégalités existantes, et ce refus de s’agréger aux luttes en cours, dessinent un horizon profondément dépolitisé, au mieux naïf, au pire contre-productif.

Aventures en permaculture – 26, LE JARDIN D’EDO

19 juin 2016,

Edo.noisetier.fig.1.redpar Ghislain Nicaise

Un noisetier extraordinaire

En entrant dans le jardin d’Edo Malloggi, à Cagnes-sur-Mer, on commence par une allée bordée de superbes Hydrangea, ce qui m’a surpris. Des hortensias roses classiques (Hydrangea macrophylla) mais aussi des moins ordinaires avec les plus grosses fleurs à la périphérie des capitules (Hydrangea quercifolia). Ce ne sont pas mes fleurs préférées mais je sais au moins qu’elles supportent mal le calcium : notre prédécesseur dans le jardin de Nice en avait planté par ignorance et elles se sont empressées de dépérir. A Nice comme à Cagnes, le sol repose sur un sédiment riche en calcaire. Edo m’explique qu’il a composté des aiguilles de pin en surface pour acidifier le sol.

Au bout de cette allée, un grand arbre bien vert fait une ombre épaisse. Son tronc ramifié depuis la base en trois très grosses branches supporte une cabane d’enfant (fig. 1). A mon grand étonnement, c’est un noisetier : si on pouvait en douter il suffirait en s’approchant (suite…)